La perte de poids au gym: mythe ou réalité?
août 20, 2010 dans Activité physique, Centres de conditionnement physique, Nutrition
Pour l’ensemble de la population, la perte de poids se résume à deux options et demie : 1) suivre une diète, 2) aller au gym ou bien 3) une combinaison des deux. Je me dis que ça doit être efficace étant donné qu’il y a de moins en moins de gens qui souffrent de surpoids ou d’obésité…
Eh bien non, ça ne marche pas, du moins pour la majorité de la population. Il y en aura toujours qui vous diront qu’ils ont réussi à perdre une quantité astronomique de poids grâce à la diète miracle du Dr Crickspill ou bien suite aux prodigieux conseils de leur ravissante entraîneure aux cheveux d’or bouclés… Mais, ce que la grande majorité ne dira pas, c’est qu’elle a lamentablement échoué dans sa tentative de perte de poids. Pourquoi? Si on ose leur demander, certains vont avouer que c’est par manque de volonté, qu’ils étaient trop lâches pour s’adonner à une diète excessive ou bien que les hurlements de l’entraîneur n’avaient plus tout à fait la cote avec leurs tympans meurtris.
Est-ce que quelqu’un s’est arrêté pour se poser la question pourquoi il y a plus d’échecs que de réussites dans les centres de conditionnement physique? J’entends déjà les furieux commentaires des grandes chaines de conditionnement physique qui vont clamer haut et fort que leurs membres réussissent, qu’ils ont plus de succès que partout ailleurs, etc. OK…
Alors pourquoi le taux de rétention de vos membres avoisine les 30-40 %? Ça, ça veut dire que plus de 60 % de vos membres quittent. Jamais je ne croirai que tous ces gens quittent parce qu’ils sont subjugués de bonheur suite à l’atteinte miraculeuse de leurs objectifs. Eh bien non, beaucoup de gens abandonnent, surtout ceux qui tentent de perdre du poids dans un centre de conditionnement physique. Pourquoi ça ne marche pas pour plusieurs et que ça marche pour certains? Je vais avancer une hypothèse.
Dans mon commentaire précédent, j’ai présenté une définition de l’activité physique et de ses compartiments. J’ai brièvement abordé la possibilité que l’augmentation de l’activité physique volontaire puisse engendrer une diminution des autres compartiments de l’activité physique, diminution qui pouvait parfois annuler l’effet calorique de l’entraînement. Lorsque l’on parle de perte de poids, on évoque systématiquement un déficit énergétique (quoiqu’en disent les infos pub de cristaux ancestraux qui redressent votre Yang à grand coup de Ying et vous font perdre du poids à regarder la télé) afin de réduire vos réserves d’énergie, préférablement celle autour de votre nombril (et là, je ne parle pas des petites mousses qui ont une faible valeur énergétique). Je dois avouer que la grande majorité des professionnels de l’activité physique a compris ou pense comprendre ce concept de déficit énergétique. Donc, logiquement, dès que vous franchissez l’enceinte sacrée d’un temple de l’entraînement, on tente par tous les moyens de vous faire perdre du poids (si c’est votre objectif bien sûr) en augmentant votre dépense énergétique. Burn! Baby burn!
Vous poussez donc votre machine fraîchement sortie du garage de la sédentarité à ses limites sous les commandes vocales de votre entraîneur préféré qui s’égosille à vous encourager/insulter/martyriser selon ce qui vous branche. À la fin de ce marathon de calories, vous sentez la fierté du devoir accompli, de l’exploit surhumain, bref, l’Everest, ce n’est pas vraiment pire que le mont Royal…
Après quelques semaines de ce régime de vie intense et souffrant, vous osez vous aventurer sur un terrain plus périlleux que l’Everest : les contrées marécageuses du pèse-personne. Quoi? Vous n’avez pratiquement rien perdu? Vous avez même pris du poids? Ahhhh! Sûrement du muscle en plus… Eh bien on, vous avez possiblement engraissé. Votre métabolisme? Non. Vos gènes? Non. Les damnés colorants alimentaires? Non plus. Vous avez tout simplement augmenté l’intensité de vos activités physiques, mais vous en avez diminué la quantité TOTALE. Sur 24 h, vous bougez moins, possiblement parce que vous êtes épuisé, possiblement par que vous avez volontairement compensé (pourquoi prendre les marches d’escalier pour aller au travail alors que je me suis taper 40 étages de simulateurs de marches au gym?). Pires que tout, vos efforts très intenses dignes d’un col bleu à la veille de la renégociation de la convention collective, ont diminué vos réserves d’énergie (principalement vos réserves de sucres dans le muscle) et ont stimulé votre appétit. Vous êtes fatigué, vous bougez moins et vous mangez un peu plus. Vue comme ça, la prise de poids semble inévitable.
Alors, pourquoi certains réussissent? Simplement (ça fait un peu arrogant d’y aller avec un simplement, mais, j’assume) parce qu’ils ont augmenté leur dépense énergétique totale associée à l’activité physique. Ces gens bougent plus depuis qu’ils s’entraînent, c’est-à-dire qu’ils ont trouvé un juste équilibre entre l’intensité de leur entraînement et leur rythme de vie.
Simple? Oui et non en réalité. Pour bouger plus, il faut cependant atteindre une condition physique qui nous permet d’apprécier les activités physiques du quotidien et même parfois désirer en ajouter quelques-unes. L’entraînement peut contribuer de façon significative à l’amélioration de qualités physiologiques comme votre capacité aérobie, votre force musculaire et votre flexibilité. L’utilité du gym dans la perte de poids est donc indirecte, un peu comme au billard : une bande au coin au lieu d’une ligne au coin. Pour perdre du poids, on peut supposer qu’il soit nécessaire de bénéficier d’un minimum de condition physique afin de pouvoir augmenter, dans le quotidien et à l’extérieur du gym, votre niveau d’activité physique. Le gym doit vous permettre de trouver votre quotidien facile et agréable. Si courir un marathon était facile, nous l’aurions tous fait ce matin avant le petit déjeuner. Les calories du marathon sont inaccessibles pour la plupart des gens parce qu’ils n’ont pas la condition physique pour accomplir la tâche. Donnez-moi la forme physique de Grete Waitz (http://fr.wikipedia.org/wiki/Marathon_(sport)), et je vous courrai sans problème un marathon…
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Peut-être légèrement hors sujet, mais j’ai longtemps cru qu’on ne pouvait prendre à la fois de la masse musculaire et perdre du gras en même temps. Toutefois, j’ai trouvé sur le site suivant un vétéran amoureux de la fonte qui admet le contraire :
http://www.scoobysworkshop.com/GainMuscleLoseFat.htm
En résumé, il dit qu’il est possible de le faire pour un débutant et un intermédiaire en musculation en ayant une balance énergétique négative d’environ 10% (pas plus) et en consommant beaucoup de protéines (et évidemment en faisant de la musculation). L’individu en question est un curieux et un passionné de musculation, mais pas un kinésiologue (je crois qu’il est ingénieur). Bref, j’aimerais avoir l’avis d’un expert là-dessus.
Merci!
Bonjour,
N’ayant pas de connaissances dans ce domaine, j’ai une question en lien avec le rôle de l’activité physique dans la perte de poids. En fait, mon raisonnement d’ignorant en la matière m’amène à penser qu’une augmentation de la dépense énergétique quotidienne sans toutefois changer ses habitudes alimentaires n’amènera aucune perte de poids.
Voici un exemple pour illustrer mon raisonnement.
Suite à l’intégration d’une activité physique quotidienne, j’augmente ma dépense énergétique de 400 kcal/jour. Toutefois, je garde les mêmes habitudes alimentaires, de sorte que je comble ma faim de la même façon qu’avant. Mon raisonnement (en tant qu’ignare lol) m’amène à croire que, pour compenser ce déficit énergétique quotidien, mon corps me poussera (par la sensation de faim) à consommer pour 400 kcal/jour de nourriture supplémentaire. Comme je n’ai pas changer mon alimentation ni mon rapport avec la sensation de faim, j’ai l’impression qu’aucune perte de poids ne s’en suivra. Bref, mon raisonnement me donne l’impression que la perte de poids ne passe que par l’alimentation.
Serait-ce le cas?
Merci pour le commentaire. Le raisonnement est bon: si les apports énergétiques augmentent de façon proportionnelle à la dépense, il n’y aura pas de perte de poids.
Voilà pourquoi il est important de maintenir les apports énergétiques. Par exemple, une personne dont le poids est stables démontre un équilibre énergétique (apports=dépenses). Si cette personne augmente sa dépense tout en maintenant ses apports, il y aura une perte de poids.
Cependant, la difficulté réside dans la capacité d’un individu à bien évaluer ses apports énergétiques. Beaucoup de gens en sont incapables ou refusent tout simplement d’avoir ne serait-ce qu’une idée sommaire de leurs apports. En y allant à l’aveugle, c’est plus difficile. Voilà pourquoi les approches misant sur une restriction calorique sont populaires. La logistique d’imposer un menu assurément hypocalorique facilite la perte de poids. Cependant, les aliments ne sont pas que calories et en réduisant les apports, on augmente les risques de carences nutritionnelles.
À la différence, l’augmentation de l’activité physique ne comporte pas ce risque.
Il existe bien des façons, mais l’objectif ultime est de créer un déficit énergétique tout en modifiant des comportements afin s’implanter des changements sains et durables. Plus facile à écrire qu’à faire!
Merci pour votre réponse!
En fait, il me semble que la difficulté de la perte de poids réside dans le contrôle de la faim. Est-ce que l’activité physique a un impact quelconque sur l’appétit?
Comme vous le dites dans ce billet, j’associe davantage l’activité physique à « l’amélioration de qualités physiologiques comme votre capacité aérobie, votre force musculaire et votre flexibilité » qu’à la perte de poids.
Il faut faire la distinction entre activité physique et entrainement. Le premier concept n’implique pas forcément une amélioration de la condition physique (déf.: toute action musculaire nécessitant de l’énergie) alors que le second vise précisément à améliorer la condition physique ou les performances. Donc, l’entrainement est une sous-catégorie de l’activité physique (activité physique volontaire).
Le contrôle de la faim est une partie du casse-tête. S’il n’était question que de supprimer l’appétit, la problématique de l’obésité serait réglée depuis bien longtemps. La difficulté se situe au maintient de la balance énergétique négative. Même si l’appétit est supprimé et que les gens mangent moins, la diminution des apports énergétiques entraine une baisse du niveau d’activité physique et la perte de poids cause également une diminution de la dépense énergétique ce qui a pour effet d’annuler le déficit énergétique.
Quand aux effets de l’activité physique sur l’appétit, ils peuvent être nombreux et parfois opposés. Il s’agit d’une relation fort complexer passant pas l’hypothalamus qui dépend de nombreux facteur (équilibre énergétique, dépense énergétique, apports énergétiques, substrats disponibles, réponse du système digestif, etc.).
« Même si l’appétit est supprimé et que les gens mangent moins, la diminution des apports énergétiques entraine une baisse du niveau d’activité physique et la perte de poids cause également une diminution de la dépense énergétique ce qui a pour effet d’annuler le déficit énergétique. »
Foutu sélection naturelle qui nous a rendu si sophistiquée!
À première vue, je me disais que l’appétit constitue le seul mécanisme physiologique qui amène un animal à consommer de la nourriture et qu’il est donc l’unique cause des prises/pertes de poids. Ainsi, je pensais que seul les facteurs influençant l’appétit (stress, sommeil, humeur/dépression, autres débalancement hormonaux) ou encore notre rapport/sensibilité/éducation face à l’appétit n’était que les seuls responsables d’une prise/perte de gras.
Bref, je comprends finalement que c’est plus complexe que ça lol!