Moi aussi je veux mon émission de TiVi
août 20, 2010 dans Activité physique, Opinion
La vague va à nouveau déferler sous peu, je le sens! Nous aurons bientôt un retour des émissions de perte de poids, traitées à la sauce téléréalité. Nous avons tous notre opinion sur ce type d’émission; on n’aime pas, on aime en cachette ou on est dans la catégorie groupie. Dans mon cas, je n’arrive pas à me situer dans aucune des catégories : je me perds dans l’intrigue!
D’abord, afin de mieux comprendre le phénomène, décortiquons la bête et ses entrailles. Dans un premier temps, nous avons besoins d’individus obèses présentant des caractéristiques frôlant le ridicule. Sans vouloir être méchant, la plupart des auditeurs lançaient des roches à ces personnes sur la cour d’école lorsqu’ils étaient plus jeunes. Ces personnes doivent émouvoir par leur malheur, n’oublions pas qu’à la télé, il faut susciter de l’émotion sinon pas de saison 2. Donc, nous avons monsieur et madame X avec leur pauvre fille Y, au bord du divorce, de la dépression, de la maladie et pourquoi pas, de la faillite. Tout ça, à cause de leur problème de poids. Maintenant que nous les avons en pitié et que je vous sens émus au bord des larmes, passons à l’étape suivante de notre analyse. On ne peut pas glorifier leur malheur et il faut que ces gens prennent une part du blâme pour leur situation. Donc, ils doivent expier leurs fautes dans la souffrance et même l’humiliation. Allons-y pour la désormais célèbre pesée initiale dans un accoutrement ridicule ou même pire, en bedaine devant tout le monde. Voilà, réalisez ce que vous êtes; des lâches, des paresseux bref, des gros (sic!). Devant leur désarroi le plus complet, il faut maintenant leur offrir la voie de la purification, amenez maintenant le, la ou les sauveurs.
L’étape de transformation est généralement guidée par des pseudogourous de l’entraînement et de la nutrition (oui, vous pouvez y lire une pointe de jalousie : pourquoi pas moi?) qui sont soit le reflet contemporain de Ken et Barbie, soit un/une tortionnaire qui ferait passer un sale quart d’heure à Mike Tyson ou bien l’ex-gros qui a embrassé la lumière et la voie divine de la perte de poids. Choisissez votre poison qui disait…
Maintenant commence la partie que j’affectionne tout particulièrement : la partie scientifique où l’on explique pourquoi nos participants sont dans leur état, comment nous allons remédier à la situation et leur faire découvrir LA VOIE ULTIME de la vie qui les délivrera du mal dont ils sont empreints. C’est là que je me bidonne ou que je rage (lorsque je me rappelle que les experts sont payés les gros sous pour faire ça) devant un stratagème finement manigancé. On s’assure de faire appel à un pseudo-expert (habituellement avec un stéthoscope) qui vous sort un terme incompréhensible aux 6 à 8 mots (leptine, phosphofructokinase, stress oxydatif mitochondrial, etc.) entrecoupés de phrases bonbons (nous allons vous sauver, vous n’êtes pas perdu quoique presque morts…). Quelques larmes et surtout, surtout, une lueur d’espoir qu’une solution s’offre à nos participants. Ensuite, c’est l’enchainement de moments sueurs, de ralentis, de déjeuner qui risque de voir la lumière du jour une deuxième fois, du no pain no gain pur et dur. C’est là que j’arrête de rire. Non pas parce la moitié de ce que l’expert affirme est truffée d’incohérences, d’impossibilités ou de concepts tirés de la science fiction, mais plutôt parce que l’arnaque commence vraiment ici. Toute cette mise en scène est finement ficelée pour mystifier complètement l’auditeur : VOUS. En montrant nos participants souffrir, se priver et souffrir encore un peu plus, on tente de vous prouver que si vous vomissez à l’entraînement et si vous ne manger plus de restauration rapide; vous ferez partie des élus. On vous fera croire que l’intervention va changer notre groupe de participant alors qu’en réalité, ce ne sont pas les participants qui changent, mais, bien leur environnement.
Voyez-vous, l’obésité dans la totalité des cas est le résultat d’un déséquilibre énergétique positif, on accumule les calories et on entrepose le tout sous forme de tissus adipeux. Les causes de ce déséquilibre sont multiples, mais, dans la plupart des cas, elles proviennent presque toujours de la relation de l’individu avec son environnement (mange trop, bouge pas assez, dans l’ordre ou dans le désordre). Comme il est difficile de changer un individu, pourquoi ne pas changer son environnement? On isole les participants, on les force à quitter leur milieu afin de leur fournir un environnement conçu sur mesure pour renverser la vapeur : créer un déficit énergétique obligatoire (mange pas assez, bouge trop, dans l’ordre ou le désordre). Certains vont dire que ce n’est pas vrai, que la plupart des interventions sont légitimes et ne veulent que du bien, tralalalalère… En télé, on ne veut qu’une chose, des cotes d’écoute. Et pour en avoir, il faut de l’émotion, des résultats et un miracle. Afin de s’assurer que nos participants perdent du poids, on s’assure que leur environnement ne puisse leur fournir suffisamment de calories pour maintenir leur poids et les oblige à dépenser le plus possible d’énergie (vous vous souvenez du tortionnaire qui battait Mike Tyson ? C’est son rôle…). Comme il est virtuellement impossible de ne pas perdre de poids dans ces conditions, on s’enligne vers un retentissant succès. Et comme par magie, le taux de succès des émissions de téléréalité sur la perte de poids frise le 100 %. Tous nos malheureux réussissent à perdre du poids (ou bien ils sont éliminés…). Ce n’est pas la vraie vie, il n’y a rien de réel à leur réalité. Dès que nos participants réintègrent leur milieu initial, ils se métamorphosent de nouveau en petit gros malheureux (sic!) à la Nutty Professor. On vous fait croire que l’individu a changé parce qu’il a perdu du poids alors qu’en réalité, ce n’est que le décor qui est vraiment différent. Bien sûr qu’il y en a 1 ou 2 qui réussissent, ces derniers deviennent généralement porte-paroles pour l’émission et son contraints par un succulent contrat de maintenir leur physique svelte et athlétique. La mémoire étant une faculté qui oublie et ce processus étant accéléré par la soif de nouveautés la saison suivante, on peut tenir la route plusieurs saisons sans que personne ne se questionne sur ce que sont devenus réellement les anciens participants. Et on enchaîne avec les produits dérivés : livre de recettes, livre de méthodes d’entraînement, DVD, bubblehead, etc.
C’est une recette simple qui fonctionne pour faire profiter une minorité de personnes de la crédulité des autres. Mais, dans tout ça, on perd de vue l’individu qui comme dans toute bonne téléréalité pourrait bien être nous. Qu’en est-il de ces pauvres participants qui sont humiliés et qui se nourrissent de l’espoir qu’on leur fait miroiter? Je ne pourrais jamais oser attaquer ces pauvres individus qui se font prendre dans un terrible engrenage, au pire, je sympathise avec leur désarroi et leur crédulité. Moi, je veux mon TiVi show avec les exclus, avec ceux que même la téléréalité a rejeté afin de montrer à tout le monde que oui, c’est possible d’évoluer et de progresser dans la vie en modifiant ces habitudes de vie de façon intelligente. Mais ça, ça ne génère pas d’émotion et pas de produits dérivés. À quand mon TiVi show avec mon bubblehead dans le sac du 7 jours?
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