Les tavernes des temps modernes
octobre 12, 2010 dans Activité physique, Centres de conditionnement physique, conditionnement physique, entraînement, Opinion
Vous avez sûrement remarqué l’augmentation du nombre de centre de conditionnement physique qui offrent des sections exclusivement féminine ou bien qui sont tout simplement uniquement réservés aux femmes. Certains aiment, d’autres n’aiment pas. Dans mon cas, je m’explique mal cette réalité et encore moins sa nécessité.
Oui, je sais très bien que plusieurs femmes vont justifier la nécessité de ce type de section ou d’établissements avec les arguments suivant :
- Les équipements sont adaptés pour nous
- Nous avons des besoins spécifiques auxquels les gyms mixtes ne peuvent répondent
- Nous avons la paix et nous ne nous faisons par troubler par les hommes
Et bien dans un élan pour aider la cause féministe, je vais vous expliquer pourquoi je suis outré par ces arguments.
Si je comprends bien le premier argument, les appareils de musculation ainsi que cardiovasculaires ont une vocation définie par le sexe d’un individu? Il est vrai que j’imagine mal Joe Jambon s’installer pour exécuter un développé couché à 120 kg avec des poids de couleur fuchsia, mais, je ne vois pas pourquoi ma mère n’utiliserait pas un bon vieux dumbell de couleur caoutchouc? En réalité, les différences morphologiques entre les hommes et les femmes ne justifient pas la création d’appareil spécifique. En termes de biomécanique du mouvement, on peut noter des différences sexuelles au niveau de la hanche et des genoux. Certaines femmes sont plus susceptibles de développer des douleurs aux genoux lors de mouvements d’impulsion ou de réception. Mais, ces mouvements n’ont rien à voir avec ce qui se déroule dans les centres de
conditionnement physique et n’ont aucune relation avec le type d’appareil utilisé. Habituellement, cet argument masque une crainte face à l’utilisation de poids libres dans une section où l’on retrouve généralement plus d’hommes. Pourtant, les femmes pourraient grandement bénéficier d’une utilisation plus variée en matière d’entraînement en musculation. Se résigner à employer des appareils avec des charges ridicules n’entraîne pas d’adaptations notables et encore moins de bénéfice pour la santé. Donc, pas de discrimination à caractère sexuelle pour les appareils.
Passons aux besoins spécifiques. Mesdames, je suis d’accord avec vous sur ce point, vous avez des besoins spécifiques. De ce que je peux observer, une des plus importantes différences entre les hommes et les femmes (en entraînement je parle, pas besoin de m’envoyer des dessins illustrant l’anatomie féminine et masculine) se situe au niveau de la force musculaire. En clinique, j’ai évalué des hommes et des femmes de tous niveaux de forme : trrrès sédentaire et trrrrès en forme. Alors qu’il arrive que j’observe des femmes ayant parfois des valeurs de capacité aérobie (votre cardio) de loin supérieures à celles de certains messieurs, il est excessivement rare d’observer des femmes ayant une force supérieure à celle des hommes, même les plus sédentaires. Je ne parle pas ici de gros biceps, mais plutôt de la capacité à générer de la force. Est-ce important? OUI! La force musculaire est un déterminant extrêmement important de la capacité fonctionnelle et comble de malheur, si on ne l’entretient ou on ne l’améliore pas, la force décline avec l’âge. Qu’est-ce que ça implique ? Ça implique, mesdames, que vous risquer de perdre votre autonomie rapidement et que vous allez dépendre de quelqu’un autre pour compléter votre quotidien. Donc, mesdames, vous devriez définitivement vous adonner à un entraînement en force (pas de petits poids roses s.v.p.!) afin de combler l’écart qui vous sépare des hommes. Et vive l’égalité des sexes!
Et le fameux dernier argument : Nous voulons la paix. Ça, c’est l’argument utilisé par mônoncle Gérard pour maintenir l’interdiction aux femmes d’accéder aux tavernes de l’époque. Rappelez-vous de ce discours macho et archaïque des années 70 et même 80 : « Si les femmes peuvent entrer icitte, le trouble va entrer par la même porte » et le classique : « On veut se retrouver entre nous pour faire nos affaires! ». Lorsque j’ai tenté de m’abonner à un centre de conditionnement physique pour femmes, voici ce qu’on m’a poliment dit :
- C’est un endroit exclusivement réservé aux femmes pour répondre à leurs besoins
- Les hommes vont intimider les femmes et les empêcher de s’entraîner
- De toute façon, un homme ne pourrait pas s’entraîner ici, car les poids sont trop légers.
Argh! On recule de 50 ans! Mesdames, quand vous me dites, indignées, que les hommes vous dérangent et vous empêchent de vous entraîner, vous me sortez le même discours que tous les mônoncle Gérard vous ont sèchement livré il y plusieurs dizaines d’années. Vous avez brûlé des soutiens-gorge, vous êtes sorties dans les rues pour décrier cette inégalité et maintenant, vous tentez de la justifier? Saviez-vous qu’il est aussi intimidant pour un homme d’entrer dans un gym et de se diriger vers la section des poids libres qu’il ne l’est pour une femme? La différence c’est que l’orgueil de l’homme l’empêche de le dire tout haut.
Le vrai problème, c’est que beaucoup de centres de conditionnement physique pour femmes sont en réalité une autre arnaque marketing pour attirer une clientèle vulnérable. Beaucoup de ces établissements encouragent la propagation de mythes afin de conserver leur clientèle. On vous livrera ces arguments :
- Ici, le matériel est adapté pour les femmes (souvent, ce sont les mêmes appareils que dans les gyms traditionnels, mais de couleurs plus féminines)
- Ici, l’ambiance est conçue autour des besoins des femmes (musique douce et plantes décoratives : ça vous développe le physique sans problème ça!)
- Nos entraîneures sont des femmes et elles comprennent les femmes (peut-être mais, elles ont rarement étudié plus de 3 h dans le domaine.)
- Ici, pas besoin de forcer, car on ne veut pas devenir super musclée, mais simplement tonifier (j’ai déjà parlé de ça dans un article)
Vous allez vous entraîner socialement, voilà ce que vous ferez. Vous risquez de vous faire des amies, mais sûrement pas d’améliorer de façon significative votre condition physique, et ce, en dépensant une forte somme. On exploite votre fibre féminine, mais encore plus, on exploite vos craintes et votre insécurité. Non, on ne répond pas à vos besoins, on fait de l’argent avec vos soutiens-gorge!
Mesdames, n’hésitez pas à visiter la section poids libre d’un gym. Vous y trouverez beaucoup plus de gens sympathiques que de gros gorilles mal odorants qui vont vous agresser. Au pire, vous serez plus fortes, en meilleure condition physique et vous ferez de plus belles petites vieilles dans 30 ans!
En terminant, pour celles qui s’inquiètent de devenir trop musclées, ne stressez pas trop. C’est un peu comme si moi j’évitais de faire du tapis roulant par crainte de battre le record de monde au marathon. Ça n’arrive pas par accident et il faut que votre vie dans sa totalité soit dévouée à cet objectif. Et si jamais vous gagner beaucoup de masse musculaire, contactez-moi, vous allez gagner votre vie à vous entraîner et à faire des photos dans les plus beaux coins de la planète…
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3 thoughts on “Les tavernes des temps modernes”
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Bonjour,
Laissez-moi vous expliquer mon point de vue. Je fréquente des gyms depuis longtemps et celui que je fréquente présentement a une section femme que j’apprécie. Voyez-vous, je suis une des rare qui préfère les poids libres aux appareils. Si vous êtes habitués à faire des poids libre, vous comprenez que la bonne posture pour faire un bon deadlift c’est de sortir les fesses et sortir la poitrine. Bref, je me retrouve souvent dans des positions dans lesquelles j’ai pas nécessairement envie qu’un homme me voit. Je me souviens d’un ancien programme ou j’avais à faire des squat dans un gym mixte et je ne les faisais pas, tout simplement parce que j’étais gênée.
De plus, la présence des gros bras peut être intimidante.
Bref, je comprends votre opinion sur le coup de marketing, et effectuvement le rose et le turquoise ne sont pas des gages que le matériel est adapté à la morphologie et aux besoins de la femme. Par contre, au gym ou je vais présentement je vois des femmes travailler très fort et atteindre leur résultat probablement parce qu’elles se sentent à l’aise de se dépasser sans craindre les regards concupiscents de la gent masculine.
Merci pour votre commentaire. Je suis d’accord avec vous, il est possible que certaines femmes puissent bénéficier de ce genre d’espace réservé et atteignent leur objectif. Cependant, d’un point de vue idéologique, je dois dire que l’argument du regard dérangeant des hommes a été employé à la sauce machiste et durement critiqué par le mouvement féministe. Les hommes dans les tavernes ne souhaitaient pas y voir la moindre présence féminine (peut-être à part en tenue légère sur un calendrier) car cela perturbait l’ordre des choses dans ces débits de boissons (sic!). Ces hommes étaient mal à l’aise d’y voir des femmes car ils ne pouvaient pas librement profiter de leur passe-temps (siroter une molle tablette traquillement…). Maintenant, il est illégal pour un débit de boisson d’interdire l’accès aux femmes, voilà pourquoi je m’explique mal la présence de gyms exclusivement féminins où la présence masculine est interdite. Ne vous méprenez pas, je ne souhaite pas que l’on interdise à nouveau l’accès aux tavernes à la gente féminine, je cherche plutôt à souligner l’importance d’une démarche sociale visant l’obtention de l’égalité des sexes.
Je sais qu’il n’est pas agréable de subir le regard parfois en manque de la moindre subtilité sur certaines parties de son anatomie. Cependant, l’inverse est également vrai. Certains hommes ne sont pas à l’aise de se faire regarder par des femmes lors de leur entraînement (svp, prière de ne pas tomber dans le stéréotype du genre: « les hommes aiment ça » sinon je vais relancer avec le classique: « les femmes vont au gym pour se faire regarder ».).
Je me questionne également si un gym affichait la mention « exclusivement pour hommes », est-ce que cela serait problématique ? Personnellement, je ne l’accepterait pas plus qu’un gym exclusivement pour femmes.
Il s’agit d’une question de discrimination à laquelle on appose des arguments qui ont déjà été bafoués par la cause féministe depuis les années 60.
Je crois qu’on déjà tenté un concept 30 minutes pour hommes mais que la formule n’a pas eu de succès. J’imagine qu’il y aurait des femmes qui crieraient au scandale si des gyms exclusivement pour hommes prenaient pignon sur rue, par contre, il existe de nombreuses ligues de hockey, de soccer, de rugby ou les gars peuvent encore se retrouver entre eux.
Je comprends votre point de vue et votre volonté égalitaire. Honnêtement, je préférerais de beaucoup être à l’aise ne pas me poser de questions et faire mes exercices dans la section mixte qui est plus grande et plus éclairée. D’ailleurs je fais mon cardio dans la section mixte qui est beaucoup plus agréable. Mais historiquement, pour combien d’agressions sexuelle, d’harclèment et d’autre crime à caractère sexuel dont sont victimes les femmes par rapport aux hommes, l’inverse se produit ? Une sur mille ?
Et avec notre belle société tordue, avec tous les complexes qu’ont certaines femmes, je sais que si certaines osent franchir la porte d’un gym pour femmes avec leurs poignées d’amour et leur petit courage celles-ci seraient mortifiées de faire la même chose dans un gym mixte.
Peut-être qu’un jour tout le monde sera assez mature, d’une part pour oublier les regards et commentaires mal placés et d’autre part pour se débarasser définitivement des complexes qui empoisonnent la vie.
Pour le moment, quand une de mes amies me dit qu’elle s’est inscrite dans un gym 30 minutes j’essaie de l’encourager quand même, car je me dis que même si c’est pas aussi efficace c’est quand même mieux que d’être assise sur un fauteuil en écoutant Occupation Double. Et il ne faut pas oublier que la clé pour perséver avec une activité sportive, c’est d’abord et avant tout d’aimer ce que l’on fait.