Composition corporelle électrisée?
avril 4, 2011 dans Centres de conditionnement physique, Composition corporelle
Pour clore la série de billets sur la composition corporelle (j’y reviendrai possiblement ultérieurement), pourquoi ne par discuter de la méthode qui a probablement gagné le plus en popularité dernièrement : la bioimpédance. Cette méthode est de plus en plus accessible (on trouve désormais des appareils pour moins de 100 $) et de plus en plus utilisée tant par des individus que par des professionnels de la santé.
Vous n’êtes pas familier avec la méthode? Bien sûr que oui, vous savez, ces pèse-personnes qui vous donnent votre % de gras lorsque vous vous pesez nu pied? Ou encore le petit bidule que vous tenez entre vos mains et qui vous donne également votre % de gras? Non, ce n’est pas de la magie, il s’agit bien d’une méthode d’analyse de la composition corporelle. Mais, est-ce valide?
Qu’est-ce que la bioimpédance me direz-vous? La « bio » impédance est en réalité une mesure d’impédance (opposition d’un conducteur au passage d’un courant électrique alternatif) qui peut se faire pour n’importe quel matériau. On détermine l’impédance d’un matériau en identifiant la relation entre la résistance et la réactance. Perdu? Quel est le lien avec la composition corporelle? Comme tout matériau, le corps humain présente des propriétés électriques (résistance et réactance). En assumant certains concepts, il est possible de déterminer indirectement la composition corporelle à l’aide d’un courant électrique. Donc, la bioimpédance ne nous donne pas un % de gras, mais plutôt une valeur d’impédance (ou de réactance et résistance). Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin.
Pour être en mesure de compléter une mesure de composition corporelle il faut déterminer avec précision la stature et le poids et, bien évidemment, faire passer un courant dans le corps. Il existe différents trajets qui peuvent être utilisés, les plus fréquemment employés étant main à main (le petit bidule que vous tenez entre vos mains), pied à pied (le pèse-personne nu pied) et main à pied (avec des électrodes ou bien avec un appareil ayant un support pour les pieds et des poignées pour les mains). Comme le courant emprunte toujours le chemin le plus court et le moins difficile, certaines méthodes font preuve de biais potentiellement importants. Par exemple, le courant émis et capté par le petit bidule entre vos mains ne passe pas dans tout votre corps. Il optera pour le chemin le plus direct donc, un passage d’un bras vers l’autre en passant par le haut du tronc ce qui fait en sorte qu’il est possible qu’il évite judicieusement votre protubérance abdominale (bedaine) au passage ou votre coussin d’estrade portable et bien portant (fesses). Ce type d’appareil risque donc de sous-estimer la masse grasse d’une personne souffrant d’obésité abdominale. Un problème similaire affecte également les appareils de type pied à pied, le courant passant d’une jambe vers l’autre sans traverser le tronc. Les appareils effectuant une mesure hémisphérique (pied à main) permettent d’éviter ce type de problème. Donc, afin d’obtenir des valeurs de bioimpédance plus représentatives, il est plus prudent d’avoir recours à ce dernier type de mesure (on parle de bioimpédance tétrapolaire).
Comme je vous mentionnais précédemment, la bioimpédance ne nous donne pas directement une mesure de composition corporelle, mais plutôt des valeurs électriques. Il faut convertir les valeurs de bioimpédance en % de gras ou autre valeur (habituellement en masse maigre). Tout comme pour les mesures anthropométriques, il faut avoir recours à de sympathiques équations qui, vous l’aurez deviné, sont développées pour des populations spécifiques. Le tableau 1 nous présente une série d’équations ayant servi à déterminer la composition corporelle pour une même personne.
Nous pouvons observer un écart de près de 4 kg pour une même personne. D’autres facteurs affectent également la précision de la méthode. La plupart des équations s’appuient sur certaines suppositions qui, si elles ne sont pas justes, affectent grandement la précision de la mesure. Par exemple, on assume pour la plupart des équations que la masse maigre et la masse grasse contiennent des valeurs constantes d’eau (ce qui n’est pas tout à fait le cas), que les segments (bras et jambes) respectent toujours des proportions constantes d’un individu à l’autre, etc. Dans le meilleur des mondes, on peut espérer avoir une précision entre 1.5 et 2 kg sur les compartiments de la composition corporelle. Un autre problème majeur avec la plupart des appareils commercialisés; impossible de connaître l’équation qui est utilisée pour nous donner la composition corporelle. On obtient le résultat final, c’est tout. Et si je suis un pygmée de Nouvelle-Zélande, est-ce valide pour moi? On ne sait pas, mais sûrement que l’ÉQUATION utilisée est bonne, le vendeur me l’a assuré à plusieurs reprises…
Et si on utilise la bioimpédance pour mesurer le changement? On teste au début de l’entraînement et après 3 mois pour déterminer l’impact de l’intervention. Si on avait une erreur de 2 kg la première fois, on devrait avoir une erreur qui va dans le même sens la deuxième fois. La différence nous permettra de quantifier le changement, non?. Pas tout à fait…
La capacité de la bioimpédance à déterminer le changement est relativement faible. Sans entrer dans des détails trop techniques, la mesure est principalement influencée par la masse maigre et sa teneur en eau. Elle est beaucoup moins sensible aux changements de masse grasse (une question d’ions, quand je vous disais que c’était technique…) ce qui la rend moins efficace que des mesures anthropométriques dans un contexte de mesure du changement. Désoler pour les admirateurs de la méthode et pour ceux et celles qui étaient très fiers d’avoir perdu 1 kg de gras (vous l’avez peut-être quand même perdu)…
En résumé, la bioimpédance est une mesure très intéressante de composition corporelle surtout pour évaluer rapidement un participant. Cependant, il est beaucoup plus difficile d’utiliser cette méthode pour déterminer avec certitude l’évolution de la composition corporelle.
Les erreurs les plus communes :
- Mesure imprécise du poids (voir le billet à ce sujet)
- Mesure imprécise de la stature
- Conditions d’hydratation changeantes
- (fluctuation des réserves de glycogène, phase du cycle menstruel, etc.)
- Équation non adaptée
- Mauvais positionnement lors de la mesure
Pour en savoir plus…
1. Chumlea, WC and SS Sun, Bioelectrical Impedance Analysis, in Human Body Composition, S. Heymsfield, et al., Editors. Human Kinetics. 2005. p. 79-88.
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2 thoughts on “Composition corporelle électrisée?”
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Salut Maxime,
Comme toujours, très intéressant à lire.
Que penses-tu du DEXA comme outils de mesure ?
Il est souvent utilisé comme outil de référence pour valider la précision d’autres appareils.
Est-il si valide/précis qu’on le dit ?
Finalement, hormis la pesée hydrostatique et la dissection, il nous reste quoi ?
Salut Mathieu!
J’ai eu l’occasion de travailler avec un DXA pendant quelques années. Instrument très intéressant mais, qui n’est pas sans limites (on a souvent tendance à l’oublié dès que la technologie se complique un peu). Je ne suis pas certain si le DXA est officiellement rendu la méthode de référence mais, il faut considérer certains éléments:
1) Le DXA n’est pas une mesure « directe » de la composition corporelle car l’analyse des compartiments (masse maigre non osseuse, masse osseuse et masse grasse) se basent sur des valeurs de références d’atténuation du ou des faisceaux émis par le DXA. Or, ces compartiments ne sont pas uniformes ce qui peux induire un biais plus ou moins important.
2) L’analyse se fait à partir d’algorithmes qui diffèrent d’un fabricant d’appareil à l’autre ce qui peut rendre difficile à comparaison de mesures de DXA à partir de fabricants différents (Holologic, GE Lunar, etc.).
3) Pour certaines populations, le DXA perd de la précision. Par exemple, une personne ayant une épaisseur du tronc importante (une personne souffrant d’obésité par exemple) peut subir/causer une distorsion des faisceaux ce qui diminue la précision. On m’a mentionné que ce problème avait été corrigé dans les dernières version de certains appareils. À voir…
4) La surface de balayage est limitée. Un individu mesurant 1.80 et pesant 100kg rendre difficilement sur la surface. Pour des personnes souffrant d’obésité, il n’est pas rare que nous aillons eu recours à une mesure hémisphérique (1/2) et ensuite multiplié les valeurs par 2 pour avoir le total. Les DXA grand format sont habituellement plus chers (>140 000$).
5) L’appareil expose un individu à des radiations (relativement faibles) ce qui restreint fortement sont utilisation comparativement à d’autre méthodes plus communes et moins onéreuses.
Bref, beaucoup de gens se fient aveuglément aux valeurs de DXA mais, il faut savoir comprendre la méthode, l’appareil, le positionnement du sujet mesuré, la version du logiciel d’analyse, etc.
Il existe plusieurs autres méthodes de mesure de la composition corporelle (imagerie, dilution d’isotope, pléthysmographie, etc.) mais, à ce jour, rien n’est parfait. Certaines sont précises mais excessivement dispendieuses, d’autres sont dispendieuses et… moins précises.
Je pense qu’il est d’abord et avant tout important de sélection la méthode d’analyse en fonction de l’objectif qui est poursuivit. Pour ma part, je suis vieux jeu et j’adore les mesures anthropométriques. Ces mesures me conviennent amplement et servent très bien les objectifs auxquels elles sont associées. J’aime également la bioimpédance tétrapolaire qui peut également être très utile pour des évaluations rapides. Pour la pesée hydrostatique et la pléthysmographie par déplacement d’air (bod pod), ce sont deux des méthodes que j’aime le moins. C’est trop cher, valeur surestimé et trop de troubles.
Un excellent livre sur le sujet: Human Body Composition 2nd edition chez Human Kinetics.