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J’ai atteint mes objectifs, et puis après quoi?

On accorde beaucoup d’importance aux objectifs en entraînement, tellement qu’on rapporte qu’il est souvent inutile de chercher à s’entraîner régulièrement sans avoir au préalable établi des objectifs bien définis. Mais, qu’arrive-t-il lorsque les objectifs sont atteints?

On retrouve cette réalité dans différents milieux et après chaque compétition, mes athlètes y font face. Cette période post compétition est très similaire à ce que les adeptes du conditionnement physique peuvent vivre une fois leurs objectifs atteints. Pour certains, il s’agit d’une période plus difficile que le dernier droit les menant à la victoire.

Le post compétition ou le post objectifs est caractérisé par un passage mouvementé obligatoire suivant une période d’intenses émotions. Après l’euphorie de l’atteinte des objectifs ou de la participation à une compétition, il s’en suit une phase où les émotions peuvent être contradictoires. Il est possible de se laisser aller à un état de surexcitation ou de surmotivation ou bien, à l’opposé de sombrer dans un état de régression. Voyons plus en détail chacune de ces réponses post objectifs…

La surmotivation et l’exaltation

La montagne désormais gravie, on peut facilement se laisser aller à un état nirvanesque. Les conséquences de cet emballement émotif peuvent être graves. L’état de surmotivation peut rapidement nous faire oublier que si ascension d’une montagne il y a, ceci implique obligatoirement la présence d’une descente. En fait, on ne peut pas aspirer uniquement à gravir, il faut également apprendre à redescendre. Si l’atteinte des objectifs prend souvent l’apparence d’une lancée vers le succès, il faut apprendre à modérer ses ardeurs, doser ses ambitions et prendre recul et repos. L’exaltation doit être savourée, mais doit rapidement laisser place à la froideur objective des bilans. Cette période de réflexion est profitable pour l’esprit en nous fournissant une dose de rationnel et pour le corps en permettant d’entamer une période de transition. L’erreur la plus commune suite à cette réponse post objectifs est de tenter de poursuivre sur la lancée qui nous a menée à notre réussite. L’esprit survolté pousse ainsi le corps à se dépasser en ignorant les coûts et les répercussions de telles demandes. Il en résulte souvent une phase de surentraînement, de léthargie, de blessure et bien souvent d’abandon.

La régression ou la période léthargique

Un sentiment de vide peut rapidement nous envahir une fois les objectifs fixés atteints. Cette sensation peut miner la motivation et saper tous les efforts permettant de poursuivre le cheminement. Certaines personnes vont adopter des comportements contraires à ceux qui les ont menés au succès alors que d’autres vont revenir tout simplement à leurs vieilles habitudes. La présence d’un vide une fois les objectifs conquis fait en sorte que beaucoup de gens vont tenter de se raccrocher à ce qu’ils connaissent ou bien vont sombrer dans la démesure en choisissant par exemple de faire tout ce qu’ils pensaient ne pouvoir faire lors de la progression vers leurs objectifs. Que ce soit les abus alimentaires, les festivités qui ne finissent plus ou bien le repos le plus complet, ces comportements sont généralement issus d’une planification déficiente.

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Quoi faire une fois nos objectifs atteints?

Afin d’éviter de tomber dans l’une ou l’autre des situations précédemment décrites, il est primordial de planifier adéquatement le « après ». À l’heure actuelle, nous en sommes encore aux balbutiements de la planification d’entraînement en conditionnement physique. Que ce soit par une structure de fonctionnement inadéquate ou tout simplement absente, il est excessivement rare de retrouver des planifications d’entraînement dépassant les 4 semaines dans les centres de conditionnement physique. Cette stratégie ponctuelle fait en sorte que la planification post objectifs prend souvent la forme d’un laisser-aller informel où les participants « prennent des vacances ». La popularité des concours de transformation physique n’aidant pas, la plupart des participants étant complètement laissés à eux-mêmes une fois les photos finales prises. En réalité, il est important de marquer l’atteinte des objectifs par une période de transition plus ou moins longue, servant 2 objectifs distincts :

1)      Retour sur la progression

2)      Récupération et préparation à la suite

Le retour sur la progression est un élément critique de tout cheminement. Il faut dresser le bilan de ce qui s’est bien déroulé tout comme de ce qui s’est moins bien déroulé. L’importance réside dans l’identification des causes du succès ou échec. L’important, ce n’est pas que ça fonctionne ou non, c’est de déterminer pourquoi les choses ont fonctionné ou non. Un échec complet signifie une incompréhension des résultats obtenus causée par une absence de cause identifiable (que les objectifs soient atteints ou non). Trop souvent, si les objectifs sont atteints, on ne se pose pas de question et on tient pour acquis que ce que nous avions planifié a marché. Ce n’est pas toujours le cas…

Avec mes athlètes, cette étape prend la forme d’un courriel intitulé What’s next… ? Je m’efforce de dresser un bilan objectif et un bilan subjectif me permettant de communiquer les faits (réussite ou échec) ainsi que mes impressions de ce qui a mené à ce résultat. Ce bilan est tout aussi important pour l’athlète que pour le client d’un centre de conditionnement physique. Il faut que l’entraîneur et l’entraîné soient exposés à la même réalité et que tous deux comprennent le cheminement passé afin de pouvoir s’entendre sur le cheminement futur. Ce bilan n’est pas toujours facile à faire (en fait, pour moi il ne l’est jamais), mais le négligé mine dangereusement la suite des choses.

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La récupération est essentielle afin de pouvoir relancer la progression sur des bases fraîches. Il peut être extrêmement difficile de modérer les ardeurs d’un athlète souhaitant reprendre le collier rapidement suite à une séquence de succès enivrant (certaines de mes athlètes se reconnaîtront). Je dois vous avouer que j’ai commis cette erreur à plusieurs reprises et qu’à chaque occasion, la finalité est demeurée d’une constance inébranlable : l’athlète s’est essoufflé en plein parcours et la saison suivante qui s’annonçait prometteuse, n’a pas été à la hauteur des attentes. Habituellement, la période de transition dure entre 1 et 4 semaines selon la quantité de fatigue accumulée, de la présence de blessures, de fatigue psychologique ou sociale et selon les capacités de l’athlète à reprendre l’entraînement. L’athlète ou l’entraîné doit être prêt socialement, mentalement et physiquement à reprendre le chemin de la progression vers de nouveaux objectifs. Il faut donc encourager les rencontres sociales, les activités agréables, bref tout ce qui peut changer les idées et favoriser la récupération des qualités physiologiques entraînées durant l’année.

En somme, si la planification des objectifs est essentielle à l’atteinte de succès à court terme, la planification de l’enchaînement de plusieurs objectifs entrecoupés de périodes de transition favorise un développement complet et durable tant chez l’athlète que chez l’adepte de conditionnement physique. En terminant, voici quelques suggestions pour meubler la période de transition :

1)      Pratiquer des activités physiques ludiques où les qualités physiologiques sollicitées sont différentes de celles requises à la performance. Un culturiste pourrait aller cumuler les longueurs en piscine par exemple.

2)      Favoriser l’amélioration des connaissances. C’est le temps de fournir à vos athlètes/clients des informations plus théoriques sur ce qu’ils font, ce qu’ils tentent d’améliorer, etc. On reste dans la théorie et non dans la pratique.

3)      Favoriser l’adoption de comportements sains. Éviter les comportements excessifs devrait être une priorité. Il ne faut pas restreindre comme il ne faut pas abuser. Il est important de trouver un équilibre dans la période de transition.

4)      Se gâter physiquement. Faire des activités physiques agréables et mettant l’emphase sur la récupération (massothérapie, spa, etc.).

5)      Pour l’entraîneur, éviter d’avoir trop de contact avec vos athlètes/clients. Laissez-les respirer un peu… Vous vous reverrez bien assez tôt si la période de transition est effectuée avec succès. Il faut que l’athlète décroche suffisamment pour être en mesure d’avoir une vision objective de la suite des choses.