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Le mythe de la perte de poids au gym

mythe de la perte de poids au gym

Pour l’ensemble de la population, la perte de poids se résume à deux options et demie : 1) suivre une diète, 2) aller au gym ou bien 3) une combinaison des deux. Cette conception a probablement donné naissance au mythe de la perte de poids au gym.

Pour une grande partie de la population, perte du poids de façon durable grâce à une diète ou à un entraînement au gym, c’est une source d’échec. Il y en aura toujours qui vous diront qu’ils ont réussi à perdre une quantité astronomique de poids grâce à la diète miracle du Dr Crickspill ou bien suite aux prodigieux conseils de leur ravissante entraîneure aux cheveux d’or bouclés… Mais, ce que la grande majorité ne dira pas, c’est qu’elle a lamentablement échoué dans sa tentative de perte de poids. Pourquoi? Si on ose leur demander, certains vont avouer que c’est par manque de volonté, qu’ils étaient trop lâches pour s’adonner à une diète excessive ou bien que les hurlements de l’entraîneur n’avaient plus tout à fait la cote avec leurs tympans meurtris.

Est-ce que quelqu’un s’est arrêté pour se poser la question pourquoi il y a plus d’échecs que de réussites dans les centres de conditionnement physique? J’entends déjà les furieux commentaires des grandes chaines de conditionnement physique qui vont clamer haut et fort que leurs membres réussissent, qu’ils ont plus de succès que partout ailleurs, etc. OK…

Alors pourquoi le taux de rétention de vos membres avoisine les 30-40 %? Ça, ça veut dire que plus de 60 % de vos membres quittent. Jamais je ne croirai que tous ces gens quittent parce qu’ils sont subjugués de bonheur suite à l’atteinte miraculeuse de leurs objectifs. Eh bien non, beaucoup de gens abandonnent, surtout ceux qui tentent de perdre du poids dans un centre de conditionnement physique. Pourquoi ça ne marche pas pour plusieurs et que ça marche pour certains? Je vais avancer une hypothèse.

Dans un article précédent, j’ai présenté une définition de l’activité physique et de ses compartiments. J’ai brièvement abordé la possibilité que l’augmentation de l’activité physique volontaire puisse engendrer une diminution des autres compartiments de l’activité physique, diminution qui pouvait parfois annuler l’effet calorique de l’entraînement. Lorsque l’on parle de perte de poids, on évoque systématiquement un déficit énergétique (quoiqu’en disent les infos pub de cristaux ancestraux qui redressent votre Yang à grand coup de Ying et vous font perdre du poids à regarder la télé) afin de réduire vos réserves d’énergie, préférablement celle autour de votre nombril (et là, je ne parle pas des petites mousses qui ont une faible valeur énergétique). Je dois avouer que la grande majorité des professionnels de l’activité physique a compris ou pense comprendre ce concept de déficit énergétique. Donc, logiquement, dès que vous franchissez l’enceinte sacrée d’un temple de l’entraînement, on tente par tous les moyens de vous faire perdre du poids (si c’est votre objectif bien sûr) en augmentant votre dépense énergétique. Burn! Baby burn!

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Vous poussez donc votre machine fraîchement sortie du garage de la sédentarité à ses limites sous les commandes vocales de votre entraîneur préféré qui s’égosille à vous encourager/insulter/martyriser selon ce qui vous branche. À la fin de ce marathon de calories, vous sentez la fierté du devoir accompli, de l’exploit surhumain, bref, l’Everest, ce n’est pas vraiment pire que le mont Royal…

Après quelques semaines de ce régime de vie intense et souffrant, vous osez vous aventurer sur un terrain plus périlleux que l’Everest : les contrées marécageuses du pèse-personne. Quoi? Vous n’avez pratiquement rien perdu? Vous avez même pris du poids? Ahhhh! Sûrement du muscle en plus… Eh bien on, vous avez possiblement engraissé. Votre métabolisme? Non. Vos gènes? Non. Les damnés colorants alimentaires? Non plus. Vous avez tout simplement augmenté l’intensité de vos activités physiques, mais vous en avez diminué la quantité TOTALE. Sur 24 h, vous bougez moins, possiblement parce que vous êtes épuisé, possiblement par que vous avez volontairement compensé (pourquoi prendre les marches d’escalier pour aller au travail alors que je me suis taper 40 étages de simulateurs de marches au gym?). Pires que tout, vos efforts très intenses dignes d’un col bleu à la veille de la renégociation de la convention collective, ont diminué vos réserves d’énergie (principalement vos réserves de sucres dans le muscle) et ont stimulé votre appétit. Vous êtes fatigué, vous bougez moins et vous mangez un peu plus. Vue comme ça, la prise de poids semble inévitable.

Alors, pourquoi certains réussissent? Simplement (ça fait un peu arrogant d’y aller avec un simplement, mais, j’assume) parce qu’ils ont augmenté leur dépense énergétique totale associée à l’activité physique. Ces gens bougent plus depuis qu’ils s’entraînent, c’est-à-dire qu’ils ont trouvé un juste équilibre entre l’intensité de leur entraînement et leur rythme de vie.

Simple? Oui et non en réalité. Pour bouger plus, il faut cependant atteindre une condition physique qui nous permet d’apprécier les activités physiques du quotidien et même parfois désirer en ajouter quelques-unes. L’entraînement peut contribuer de façon significative à l’amélioration de qualités physiologiques comme votre capacité aérobie, votre force musculaire et votre flexibilité. L’utilité du gym dans la perte de poids est donc indirecte, mais bien réelle, un peu comme au billard : une bande au coin au lieu d’une ligne au coin. Pour perdre du poids, on peut supposer qu’il soit nécessaire de bénéficier d’un minimum de condition physique afin de pouvoir augmenter, dans le quotidien et à l’extérieur du gym, votre niveau d’activité physique. Le gym doit vous permettre de trouver votre quotidien facile et agréable. Si courir un marathon était facile, nous l’aurions tous fait ce matin avant le petit déjeuner. Les calories du marathon sont inaccessibles pour la plupart des gens parce qu’ils n’ont pas la condition physique pour accomplir la tâche.

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