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Entraîneur condamné pour homicide involontaire

On fait souvent l’éloge d’entraîneurs en fonction des nombreux cas de « avant et après » spectaculaires où on peut y voir des gens complètement transformés. Des gens qui étaient auparavant moches et malheureux et qui maintenant respirent le bonheur et la santé. Du moins en apparence, car nous n’avons bien souvent droit qu’à de magnifiques photos. Les entraîneurs expérimentés et compétents vous le confirmeront, derrière chaque succès se cachent probablement 2 à 3 fois plus d’échecs cuisants.

before-after-photo

On n’en parle moins et c’est normal, ça n’inspire personne.

Mais des échecs en entraînement, il y en a beaucoup. Les causes ayant mené ces infortunés au bord du gouffre peuvent être diverses. Parfois, il peut s’agir d’éléments intrinsèques ou extrinsèques, propres à la personne ou non, qui lui ont fait faux bond. Par exemple, des troubles psychologiques (troubles de l’image corporelle, troubles alimentaires, etc.), des responsabilités familiales (la famille, c’est parfois plus important que l’entraînement et la diète) ou encore socio-économiques (parfois, le travail prend plus de place et parfois on perd son travail, etc.).

Mais parfois, c’est la faute de l’entraîneur.

Il arrive que l’incompétence, l’insouciance et l’appât du gain se combinent pour donner une concoction redoutable qui finit par créer un monstre insatiable. Bien que peu de qualifications soient requises, il n’en demeure pas moins qu’être entraîneur n’est pas un métier des plus payant.

À moins d’avoir beaucoup de clients.

Pour faire beaucoup de sous, il faut avoir beaucoup de clients et au moins quelques-uns qui réussissent. Quoi de mieux pour recruter des clients que de mettre de l’avant son histoire à succès ou l’histoire à succès de ses clients ? C’est normal, c’est une règle assez simple de marketing. Toutefois, un phénomène du genre « la fin justifie les moyens » prend souvent le dessus des entraîneurs qui souhaitent faire plus d’argent. On prend les moyens nécessaires pour que les clients réussissent et ce, peu importe les moyens (tant que ça ne s’ébruite pas trop). Si, à première vue, cela peut sembler logique, voire même souhaitable, la réalité est bien souvent fort différente.

Les résultats qui importent sont ceux qui paraissent sur une photo.

C’est ce que nous dicte les médias sociaux. C’est là que les choses prennent une tournure dramatique plus souvent qu’elles ne le devraient. Ce qui importe trop souvent pour l’entraîneur, ce sont les résultats visibles qui peuvent se partager sur les réseaux sociaux. Plus ça circule, plus ça fait de la pub et plus on fait de $$. Plusieurs entraîneurs deviennent aveuglés par la nécessité d’obtenir un succès visible de la part de leurs clients.

Mais qui dit visible, ne dit pas nécessairement réel.

On pousse le client/machine parce que ça rapporte de l’argent, mais toujours des résultats souhaitables pour le client. Certains entraîneurs vont vendre des produits dopants à certains de leurs clients afin d’en assurer le succès tout en maintenant une image propre et immaculée (et hop! Un revenu de plus). On vendra l’espoir au nouveau client en se gardant de mentionner tous les « sacrifices » qui ont été faits…

Mais, il y en a qui réussissent, qui passent à travers l’entraînement et la diète et qui obtiennent un corps sculpté, prêt à être photographié sous les projecteurs. Et il y en a qui échouent. Ce n’est pas à cause de l’entraîneur, ni de l’entraînement, ni de la diète, mais bien à cause d’eux, de leur manque de volonté, de leur génétique ou encore de leurs hormones. Pourquoi ? Parce qu’il y a l’autre qui a réussi avec cet entraîneur en faisant cet entraînement et en suivant cette diète. Regarde la photo et voit par toi-même !

Outre les photos du « success story », que sait-on réellement de notre Ken ou de notre Barbie ? Parfois, ils croulent littéralement sous la pression sociale qui leur impose de mettre en ligne leur dernier repas santé ou encore leur dernier PR sur le soulevé de terre. Ils doivent toujours montrer qu’ils s’améliorent, qu’ils ont un mode de vie « sain ». Enfin, un mode de vie qu’ils croient être sains. Ce n’est pas toujours le cas et par expérience, c’est rarement le cas. L’abondance de « cheat meal » qui n’est en fait qu’un épisode de gavage ou encore la distorsion de l’image corporelle et les troubles alimentaires (Oh ! Mon Dieu j’ai mangé des carbs aujourd’hui !!!!). Je ne parle même pas des plats Tupperwares amenés fièrement au restaurant pour le 50e anniversaire de mariage des parents afin d’éviter l’horrible et assassine nourriture de restaurant…(sic!)

En fait, plusieurs entraîneurs n’acceptent pas de prendre le blâme pour tout ça.

Mais, il s’agit d’une négation de leur responsabilité la plus profonde, celle du bien-être de leur client ou de leur athlète. L’entraîneur est en partie responsable des succès tout comme des échecs. Son travail, ce n’est pas uniquement de « motiver » ses clients à réussir, mais c’est aussi de les aider à définir ce qu’est la réussite et l’atteinte des objectifs. Ça va plus loin qu’un « six packs » abdominal ou d’un programme d’entraînement avec une diète. Certains joueront à l’autruche et jetteront le blâme sur leur client alors que d’autres seront tellement engourdis par leur incompétence qu’ils ne réaliseront pas leur responsabilité dans les déboires de leur client. Un client qui échoue, un client qui ne va pas bien, on pousse ça sous le tapis assez rapidement ou on s’en débarrasse, car ce n’est pas bon pour la Bizness.

Ce n’est pas parce qu’on a étudié qu’on est un bon entraîneur.

Ce n’est pas parce qu’on a perdu 400lbs qu’on est un bon entraîneur.

Ce n’est pas parce qu’on est beau ou sympathique qu’on est un bon entraîneur.

Ce n’est pas parce qu’on passe à la télé ou qu’on écrit sur un blogue qu’on est un bon entraîneur.

Ce n’est pas parce qu’on a des abdos ou qu’on complète des Iron Man qu’on est un bon entraîneur.

Ce n’est pas parce que certains de nos clients réussissent qu’on est un bon entraîneur.

On est un bon entraîneur parce qu’on a des valeurs, des connaissances, de l’expérience et une vision de ce que doit être la réussite. Et cette vision doit être centrée sur le bien-être du client avec ses forces et ses faiblesses. Pas sur ses propres revenus ou encore sur son Égo.

J’imagine que chaque année, il y a des entraîneurs qui tuent des clients. Pas volontairement, mais par incompétence, par avarice, par négligence et moins souvent par malchance. On n’en parle pas, parce que ce n’est jamais de la faute de l’entraîneur. C’était le client qui a fait le con, qui avait un métabolisme anormal, une génétique de fond de gouttière ou encore des hormones frelatées, etc. Des entraîneurs incompétents, ça n’existe pas, on n’a qu’à regarder sur Internet pour se faire une idée à partir des photos. Ils/elles sont tous beaux, respirent le bonheur et le succès. Tout ce qu’ils touchent se transforment en photo avant-après sur les réseaux sociaux.

Le succès en entraînement, ce n’est pas en deux dimensions que l’on peut l’afficher, mais c’est dans l’ensemble des dimensions de la personne que l’on doit le mesurer.

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