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À qui la fraude ?

La fraude est définie à l’article 380 du Code criminel comme étant le fait de frustrer quelqu’un d’une valeur quelconque, par le mensonge, la supercherie ou d’autres moyens dolosifs. Les moyens frauduleux peuvent être, à titre d’exemple, des mensonges, une ruse organisée afin qu’une fausseté soit tenue pour avérée, le fait de cacher des renseignements essentiels, d’exploiter les faiblesses d’autrui, de détourner ou usurper des fonds sans autorisation. L’objet de la fraude peut être des biens, services, argent ou valeurs. Elle peut être faite par téléphone, par la poste, par Internet ou en personne.

Mais en quoi tout cela peut-il être lié à l’entraînement ou la nutrition me direz-vous ?

Les vidéos ou les textes en ligne portant sur la nutrition et l’entraînement abondent sur les réseaux sociaux. Plus besoin d’équipe technique et de matériel de tournage, la plupart des téléphones ou appareils photo numériques d’entrée de gamme font amplement le travail. On se lance donc dans la production de vidéo ou de textes afin de mettre en valeur ses connaissances et les partager à quiconque y porte intérêt. En prime, pourquoi ne pas se faire une petite publicité pour nos services en entraînement et en nutrition ? Et, je suis le premier à encourager la mise en valeur des connaissances pour se faire de la publicité. Rien de mal, c’est de la libre expression.

La liberté d’expression fait partie des libertés et des droits fondamentaux protégés par la Charte des droits et libertés de la personne. L’article 3 de cette charte prévoit en effet que « toute personne est titulaire des libertés fondamentales telles la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association. »

Toutefois, la liberté d’expression à ses limites, surtout lorsqu’il s’agit de commerce ou de publicité : on ne peut pas dire ou affirmer des faussetés dans le but de tromper. Si c’est le cas et que l’on en tire profit en soutirant de l’argent suite à la publication de faussetés, on tombe dans le domaine de la fraude et de la publicité trompeuse.

Mais, personne ne met en ligne des vidéos ou des textes sur l’entraînement et la nutrition avec l’intention de frauder. Je n’en doute pas une seconde et je crois fermement que tous et chacun sont d’une bonne foi légitime.

Mais, ça n’empêche pas que ça peut cause des problèmes.

Il n’est pas rare de voir un homme ou une femme faire la promotion de tel ou tel produit, méthode d’entraînement, plan nutritionnel ou autre en affirmant que c’est grâce à tout cela qu’ils ont atteint leur physique de rêve ou les performances dignes de tous les records. Sauf que ce n’est pas à cause de tout cela qu’ils ont ce physique de rêve ou qu’ils performent comme des dieux.

Il n’est pas rare de voir un entraîneur faire une vidéo d’éducation portant sur telle ou telle méthode d’entraînement, stratégie nutritionnelle, etc., et d’y inclure une subtile publicité pour ses services. Même si la méthode ne fonctionne pas, qu’elle repose sur des mythes et des faussetés ou encore que son succès dépende davantage des produits dopants que l’on doit prendre pour « accompagner » le processus. Ça, c’est trompeur et malhonnête.

Tout cela n’est qu’en fait que de la publicité trompeuse. La Loi sur la concurrence interdit, entre autres, un certain nombre de pratiques publicitaires dans le but de garantir aux consommateurs des prix et des produits concurrentiels.

La publicité est trompeuse lorsque la description du produit ou du service est en substance contraire à la vérité ou susceptible d’induire en erreur les consommateurs pour les convaincre d’acheter.

Lorsque l’on met un texte ou une vidéo en ligne et que l’on rapporte des faussetés, consciemment ou non, on induit son auditoire en erreur. Lorsque ce texte ou cette vidéo met en valeur nos services et agit comme vecteur publicitaire, on marche sur une frontière bien étroite qui traverse la fraude, les publicités trompeuses et l’incompétence.

Je suis le premier à revendiquer le droit à l’erreur (je dis souvent que je me trompe bien plus souvent que je n’ai raison) et j’apprécie grandement (ça ne veut pas dire que j’aime ça pour autant) lorsque l’on souligne une de mes erreurs afin que je puisse effectuer la correction.

Toutefois, le droit à l’erreur vient avec des responsabilités.

Il est essentiel de vérifier nos sources, de comprendre ce que l’on présente et de mesurer le plus possible les répercussions de la diffusion des informations que l’on transmet. En entraînement et en nutrition, la propagation de conneries, ça coûte cher à plusieurs.

Par le passé, seuls les journalistes, les scientifiques ou autres avaient une tribune pour diffuser leur savoir. Maintenant, quiconque ayant accès à Internet peut diffuser « son savoir ». Malheureusement, ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir un esprit critique garni de suffisamment de connaissances pour faire la part des choses dans ces domaines très complexes. Maintenant, on se fie au nombre de like pour déterminer si quelque chose est vrai, fonctionne et vaut la peine d’être essayé (en passant, des likes, ça s’achète pour pas cher).

J’encourage fortement la diffusion du savoir et des connaissances, surtout en entraînement et nutrition, de même que la diversité de point de vue et d’opinion. Mais, j’encourage encore plus l’utilisation de sources crédibles et l’utilisation d’une démarche minimalement journalistique avant de publier de l’information (surtout si c’est pour mettre en valeur vos services ou votre compagnie). Lorsque vous mettez quelque chose en ligne, vous en devenez responsable.

Afin de vous assurer de ne pas commettre d’impair, voici quelques recommandations :

  • Avant de produire une vidéo ou un texte, relisez vos sources et ayez ces mêmes sources avec vous lors du tournage ou de la rédaction
  • Assurez-vous que vos sources sont crédibles de par leur provenance et leur contenu (n’oubliez pas que tout le monde peut écrire n’importe quoi sur internet, n’importe qui peut écrire et publier un livre, etc.)
  • Présentez vos références afin d’offrir la possibilité à votre auditoire de les consulter
  • Affirmer que les études disent quelque chose sans présenter ces études (ou les citer en référence), c’est parler pour ne rien dire
  • Affirmer que les études disent quelque chose sans avoir lu ces études (pas seulement la conclusion), c’est parler sans réfléchir
  • Assurez-vous que ce que vous démontrez ou présentez est valide et vérifiable (est-ce que quelqu’un d’autre peut faire la même chose ou est-ce que c’est déjà reproduit quelque part)
  • Assurez-vous de pouvoir expliquer ce que vous faites avec des informations valides (non, « check ça, ça marche » ça ne représente pas une forme de validation crédible)