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Le prix à payer: Lorsque la motivation mène à des blessures d’entrainement

Motivation blessures entrainement

Je ne saurais dire si la tendance est globale ou non, mais j’observe de plus en plus de gens qui s’inscrivent à des épreuves sportives diverses un plus plus tard dans leur vie. Que ce soit des compétitions de CrossFit ou des épreuves d’endurance en course à pied, triathlon, etc., on y retrouve des gens de tous les âges, avec un noyau assez important chez les trente ans et plus. Pour plusieurs, il s’agit du début de leur participation active à un sport, car plus jeunes ils n’ont pas eu l’opportunité de déployer leurs efforts lors d’une compétition ou de sports organisés. Pourtant, la motivation de ces gens peuvent bien souvent mener à des blessures en entrainement.

Pour beaucoup de ces gens, il s’agit d’une opportunité de vivre une ou plusieurs expériences incroyables. Nombreux sont ceux et celles qui veulent se dépasser, performer et parfois même faire compétition pour être parmi les meilleurs. Il s’agit d’une « première » vie sportive vécue dans une partie plus tardive de la vie.

Rien de bien méchant et à première vue rien de problématique à ce que quelqu’un souhaite goûter à la vie d’un athlète un peu plus tard dans la vie. Je m’adresse donc un peu plus à ceux qui commencent un sport plus tardivement dans la vie que des athlètes de longue date qui souhaitent étirer leur carrière sportive (bien que…).

Pourtant, une mise en garde importante se doit d’être prodiguée à ses athlètes en devenir qui n’ont plus vingt ans. Nombreux de ces athlètes voient la finalité (et l’idéalisent), soit la réalisation de leur(s) objectif(s) sportif(s) comme de compléter un marathon ou un Iron Man, comme étant la pièce maitresse de leur parcours. Certains sont en mesure de concevoir que l’entraînement sera en réalité la pièce maitresse de leur réussite. Mais, bien peu considèrent pleinement le prix à payer de vivre la vie d’un athlète.

Être un athlète ne se résume pas à gagner ou perdre, à faire ou ne pas faire une compétition. Être un athlète, même à temps partiel, exige des sacrifices coûteux.

Je réalise qu’il y a probablement une fraction non négligeable des athlètes en devenir mais vieillissants, qui n’est pas en mesure de concevoir le prix réel à payer pour atteindre ses objectifs. Et ici, par prix à payer, je ne parle pas uniquement des efforts à mettre à l’entraînement et lors des compétitions. Je parle de l’ensemble des concessions et sacrifices ainsi que des séquelles qui découlent de la vie d’un athlète. Parce que séquelles il y a.

Selon le bureau des statistiques américain, les athlètes sont parmi les couches de la population qui subissent le plus de blessures (plus de 1000 blessures par tranche de 10 000 individus) avec un taux assez élevé de blessures fatales (22 blessures fatales par tranche de 100 000 individus). Il y a un coût physique à payer qui ne se résume pas uniquement par la quantité de gouttes de sueur à verser pour performer. Personnellement, je ne connais pas d’athlète de haut niveau qui ne soit pas aux prises avec une ou plusieurs blessures. Une visite rapide chez le médecin pour pratiquement n’importe quel athlète de haut niveau se traduira par un diagnostic à peu près identique : Vous êtes en forme, mais vous avez de nombreuses blessures. Difficile à dire si l’athlète est en santé ou non… Les blessures arrivent avec la performance et ce, bien souvent, malgré les meilleures intentions de préparation.

Il y a également des coûts psychologiques à payer.

Certaines personnes voient dans leur performance beaucoup plus qu’un simple temps ou que d’un trophée. Elles y voient une valorisation externe importante ainsi que l’appropriation d’une identité. Si l’acquisition d’une identité caractérisée par des performances sportives peut être bénéfique chez des athlètes plus jeunes, je m’interroge (sérieusement, pas d’ironie, je m’interroge vraiment) sur les bienfaits potentiels chez une personne de 30 ou 40 ans. Alors qu’il est plus facile de « remettre à sa place » un jeune athlète de 18 ans, cela m’apparait plus délicat pour un « nouvel athlète » de 35 ans. Certains de ces athlètes vieillissants ont très peu de bagage sportif et d’expérience de compétition avant de savourer leur premier succès. Ce manque d’expérience sportive peut causer parfois une mauvaise gestion du stress associé aux succès (oui, la gestion du succès est une forme de gestion du stress). Cela peut mener à l’apparition de comportements plus typiques de l’adolescence comme la prise de risque démesuré (orienté généralement vers une performance sportive), la fuite (mise de côté de la famille et du travail au profit de la pratique excessive du sport de prédilection) et même l’apparition de l’influence des pairs sur ces décisions (achat d’équipement hyper haut de gamme parce que l’autre à côté en à un)…

Il y a également un coût social à payer.

J’ai vu des nouveaux athlètes de 40 ans négliger leur famille pour se consacrer à leur préparation en vue d’une performance sportive ne rapportant pas d’argent et n’offrant pas de contrat de publicité. Une compétition bien simple et inoffensive. Lorsque ces gens décident d’allouer près de 25h par semaine à leur entraînement, il faut qu’il y ait une réattribution du temps pour l’ensemble des activités. On ne parle pas d’individus qui ne faisaient rien de ces 25 heures par semaine, mais d’individus ayant déjà un horaire chargé et trouvant parfois difficilement du temps pour leur conjoint/conjointe ou leurs enfants. Il est donc important de considérer le coût social d’un mode de vie d’athlète et surtout de déterminer si l’investissement dans la pratique d’une activité sportive de performance en vaut la peine.

Il existe des différences fondamentales dans la pratique d’un sport en fonction de certaines tranches d’âge, tant au niveau psychologique, physiologique que social. Un corps vieillissant est capable de grandes choses surtout que bien peu de gens se rapprochent réellement de leur plein potentiel athlétique. Pour plusieurs, cela signifie que l’on risque d’observer une belle progression initiale lors des premières performances. Cependant, les capacités de récupérations deviennent progressivement moins productives avec l’âge et les traces d’un entraînement risquent de perdurer plus longtemps et de laisser des séquelles plus facilement que lorsqu’on avait 15 ou 16 ans.

Compléter un marathon, faire une épreuve de course à obstacles, une compétition de CrossFit, c’est bien et c’est bien pour beaucoup de gens. Toutefois, il est important de considérer les risques de la pratique d’un sport dans une optique de compétition ou de performance. Il y a faire du sport et il y a faire de la compétition.

Ne vous méprenez pas, j’encourage les gens, peu importe l’âge, à pratiquer le plus d’activité physique possible et de mettre à profit leurs aptitudes physiques quelles qu’elles soient. Cependant, lorsque l’on parle de performance ou de compétition il est essentiel de comprendre les enjeux en place, la réalité de ce que l’on entreprend ainsi que de nos capacités actuelles et futures. Il est donc très important de faire la distinction entre la pratique d’un sport et la pratique d’un sport dans une optique de performance ou de compétition, le prix à payer n’est définitivement pas le même.

Voici quelques questions à se poser avant de se lancer dans une préparation sportive avec une optique de performance :

  • Pourquoi est-ce que je fais ça ?

(si vous répondez pour le plaisir, vous risquez de déchanter… Si vous répondez pour le défi, assurez-vous de bien connaître les exigences du défi en question…)

  • Pour qui est-ce que je fais ça ?

(presque tout le monde répond habituellement « pour moi ». Si vous le faites pour vous, pourquoi vous inscrire à une compétition avec plein de gens ? Pourquoi ne pas faire la distance de course seul sur un parcours de votre choix pour vous prouver à vous seul que vous êtes capable ? Ou encore, pourquoi mettre sur les réseaux sociaux le résultat de vos entraînements ou de votre compétition si vous le faites noblement pour vous ?)

  • Est-ce que j’ai le temps ?

(si vous vous plaignez de ne pas avoir assez de temps, il va falloir prévoir une réorganisation majeure de votre horaire…)

  • Est-ce que j’en ai les capacités ?

(pour ça, il faut consulter un spécialiste qui sera en mesure de vous faire passer des tests spécifiques à la discipline/sport choisi et de déterminer votre état de départ et une progression réaliste)

  • Est-ce que j’en ai les moyens ?

(ça coûte toujours cher performer)

  • Est-ce que j’ai les moyens si… ?

(si vous vous blessez lors de la pratique de votre sport, avez-vous les moyens de maintenir le train de vie de votre famille et le votre si vous ne pouvez plus travailler ?)

Bonne réfléxion…

Références

  1. Geard, D., et al., Masters Athletes: Exemplars of Successful Aging? J Aging Phys Act, 2016: p. 1-35.
  2. McGuine, T., Sports injuries in high school athletes: a review of injury-risk and injury-prevention research. Clin J Sport Med, 2006. 16(6): p. 488-99.

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