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L’avant diète

diète, perte de poids

On parle rarement de « l’avant-diète » tant au sein de la communauté scientifique que dans la culture populaire. Ce phénomène affecte tous ceux et celles qui se préparent à débuter un régime ou une diète et il affecte directement les résultats qu’il est possible d’obtenir. C’est encore aujourd’hui un tabou dont on évite habilement de parler. 

L’« avant-diète », c’est votre mode de vie avant que vous ne décidiez de commencer à suivre une diète ou un plan d’entraînement. Il s’agit de la cause première de votre condition physique, état de santé et composition corporelle. On s’y attarde peu et on n’en parle jamais lorsque l’on vante les mérites de telle ou telle approche nutritionnelle. 

Par contre, on parle avec beaucoup de fierté des résultats obtenus à la suite d’une diète X ou d’un entraînement Y. On met en évidence la perte de poids sans pour autant mentionner les causes de l’état initial, l’état avant perte de poids. Ceci a donné naissance à certains comportements et lorsque l’on s’y attarde, à des comportements particulièrement troublants. 

J’ouvre une parenthèse. 

On admire les gens qui ont perdu beaucoup de poids et on souligne leur exploit d’avoir réussi à perdre autant de poids (la quantité d’admiration est directement proportionnelle à la perte de poids obtenue). Mais on admire quoi quand on y pense ? 

C’est à la suite d’une discussion avec un collègue (David Dulude, que je salue au passage) où nous sommes tous deux arrivés à la même conclusion :  

 On admire quelqu’un parce qu’il est devenu normal alors que c’est ce qu’il aurait toujours dû être.  

La majorité des personnes en surpoids ou obèse le sont parce que leur mode de vie induit une balance énergétique positive, c’est-à-dire qu’il y a plus de calories qui sont ingérées qu’il y en a qui sont dépensées. Ici, je ne porte pas un jugement ni de blâme. Ce déséquilibre énergétique peut être causé par de nombreuses situations et je ne tomberai pas dans la caricature du « gros glouton paresseux qui devient obèse ». Je ne mets la faute sur personne, sinon sur le mode de vie qui est adopté et qui favorise le gain de poids.  

Je m’interroge sur la légitimité de l’admiration et parfois du culte qui est voué aux personnes qui ont réussi à perdre du poids. On dirait qu’elles sont dans une classe à part. Par exemple, une personne ayant réussi à vaincre un cancer n’obtiendra pas la même notoriété qu’une personne qui a réussi à perdre 50 kg en 12 mois. Ce phénomène, je l’ai observé à quelques reprises où des gens de mon entourage (athlètes et ami(e)s) ont réussi à vaincre un cancer, mais leur réussite n’était jamais autant admirée que « l’exploit » d’autres de mes clients ayant perdu beaucoup de poids. 

La personne qui perd beaucoup de poids et qui atteint un poids « normal », on l’admire parce qu’elle fait ce qu’elle aurait toujours dû faire ? Ne devrait-on pas admirer davantage la personne qui a réussi l’exploit de « toujours maintenir un poids santé » ? C’est un peu comme si on n’admirait pas l’équipe qui gagne le championnat X depuis maintenant 25 ans et que l’on admirait l’équipe qui finissait toujours dernière et qui maintenant remporte le championnat X. C’est très bien de gagner le championnat, mais c’est encore mieux de toujours l’avoir gagné pendant 25 ans… 

Donc, je ne dis pas qu’il n’y a pas de mérite à perdre du poids, je sais très bien quelles sont les difficultés auxquelles une personne est confrontée (j’ai quand même fait mon Phd sur la perte de poids) lorsqu’elle souhaite perdre le poids excédentaire. Ce que je dis, c’est qu’il ne faut pas oublier tout le mérite que les gens de poids normal ont d’être capable de maintenir leur poids dans une zone santé.  

Malheureusement, cet exploit est souvent balayé du revers de la main en disant que pour « eux », c’est facile, car ils ont toujours été minces. « Eux », ont un mode de vie sain, que ce soit facile ou non pour « eux » de s’y conformer, ils réussissent tout de même l’exploit de conserver une composition corporelle santé à l’intérieur d’une société qui se veut obésogénique. Ces « eux » sont aussi confronté à la restauration rapide, à la sédentarité, et à une foule d’autres conditions qui pourraient leur faire prendre du poids. Pourquoi ne les admire-t-on pas ? Pourquoi faisons-nous des gourous de l’entraînement et de la nutrition avec les gens qui ont réussi à perdre une quantité colossale de poids ? Ne devrait-on pas promouvoir c « eux » qui réussissent l’exploit de maintenir un mode de vie sain ? 

Je referme la parenthèse. 

Pourquoi une diète marche alors ? Pour y répondre, il faut connaître l’état de la situation avant d’entamer ladite diète ou ledit programme d’entraînement. Que faisiez-vous avant ? Ce qui occasionnera un changement de votre composition corporelle, c’est la différence entre votre mode de vie initial et votre nouveau mode de vie. C’est une des raisons pourquoi certaines diètes fonctionnent pour les uns et pas pour les autres. Parce que certaines diètes n’engendreront pas de changement suffisamment important pour que vous puissiez modifier votre composition corporelle. L’avant-diète explique presque toujours pourquoi une personne réussit à perdre du poids ou encore échoue dans sa tentative. Mais, comme c’est tabou et que l’on aime rarement être confronté à notre réalité lorsque celle-ci n’est pas reluisante, on préfère parler de la réussite d’une diète X pour la perte de poids que d’avouer que notre mode de vie était un désastre avant. 

En somme, plus le mode de vie est problématique (malbouffe, sédentarité, etc.), plus l’adoption d’une diète ou d’un plan d’entraînement risque d’avoir un impact (pour autant que l’intervention éloigne le participant de son mode de vie problématique) sur la composition corporelle. Donc, la prochaine fois que quelqu’un vous parlera de son exceptionnelle perte de poids suite à l’adoption de la diète du mois, posez quelques questions sur le mode de vie initial cela risque de modifier la virtuosité de la diète…