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Après la malbouffe, le malentraînement!

Cela va faire plus de 15 ans que j’œuvre dans le domaine de l’activité physique, plus précisément dans le domaine du conditionnement physique et de l’entraînement sportif. Il n’y a pas si longtemps, je me suis surpris à faire une comparaison entre l’évolution du conditionnement physique au Québec et l’évolution de la restauration rapide. Le lien me direz-vous?
J’en vois, et ce, de façon très inquiétante, plusieurs. Prenons par exemple les compétences du personnel d’entraîneur d’un centre de conditionnement physique. C’est à peu près la même chose que d’être cuisinier en chef dans un restaurant-minute. Je sais que je ne me ferai pas beaucoup d’amis, mais les similitudes sont frappantes. La structure actuelle des centres de conditionnement physique encourage une certaine standardisation, afin d’uniformiser le produit. Cette façon de faire permet d’éviter bon nombre de problèmes en « canalisant » le travail des entraîneurs. Cependant, cet effet n’est pas nécessairement bénéfique. Revenons au restaurant-minute. Si un grand chef de haute cuisine travaillait dans une cantine de type Joe Patate, peu importe son talent et ses compétences, tourner une boulette demeure, tourner une boulette. La cantine et sa structure de fonctionnement ne lui permettent pas de pleinement exploiter ses compétences et son talent unique. Le résultat? Si notre grand chef ne peut pas ou ne veut pas se trouver un poste dans un grand restaurant, il se la coulera douce en tournant des boulettes tout en étant imbibé d’une sympathique odeur de graisse à friteuse. C’est la même chose pour une gym. L’entraîneur, peu importe ses compétences, son expérience et son talent est malheureusement confiné à une structure qui ne lui permet pas de pleinement exprimer ses capacités. Ce qui importe, tout comme dans un restaurant-minute, c’est de servir beaucoup de clients et que ces derniers ne s’attardent pas trop afin de faire place à la prochaine vague. J’entends déjà beaucoup de mes consœurs et confrères s’insurger contre mon commentaire en disant qu’eux, ils prennent le temps, ils font un travail consciencieux, etc. Oui, bien sûr que vous faites votre travail de façon professionnelle et consciencieuse. Bien sûr que vous prenez le temps avec votre client, vous l’écoutez, vous l’évaluez afin de juxtaposer ses désirs et objectifs à ses besoins en matière de santé, vous prenez le temps de lui expliquer de A à Z comment s’entraîner. Tout ça en moins de 60 minutes avec des équipements infaillibles…  La réalité, c’est qu’on vous sert un hamburger avec une frite ou un cheeseburger avec une frite en vous disant qu’ils sont personnalisé et pleinement conçus pour vous.  À qui la faute, l’entraîneur, le centre ou le client qui consomme sans trop se poser de question et en faisant confiance aveuglément à un système boiteux et hors contrôle?

OK, enchaînons avec la similitude malbouffe-malentraînement suivante afin de s’enquérir de l’état de ce professionnalisme blessé… Lorsque vous manger un bon cheeseburger (ou un mauvais, peu importe), l’objectif du restaurateur n’est pas de s’assurer que le cheeseburger est en tout point conforme à ce qu’il devrait être (vous savez, l’image juteuse devant la porte) ou si ledit burger vous satisfait pleinement et que votre dégustation est digne du presbytère du paradis. On se préoccupe de vous si vous vous plaignez, si vous êtes en état d’ébriété, si vous êtes malades ou bien une combinaison aléatoire des items précédents. Bref, vous avez commandé, vous avez reçu votre commande, mangez en vitesse et laissez votre place. Et c’est bien correct comme cela. Je serrais pour le moins agacer d’avoir un préposer à la satisfaction du client venir m’interrompre entre deux bouchées de poutine extra sauce… En conditionnement physique : la même chose! Oui, oui, on vous parle de service à la clientèle (ça, c’est la version fitness de la petite boîte sur le mur du McDo qui mentionne dites-nous vos commentaires), mais, en réalité, il s’agit d’une mascarade à peine dissimulée. Tout ce que l’on souhaite, c’est vous vendre des services, ce qui est tout à fait légal et le propre de n’importe quelle entreprise digne de ce nom. Là où je suis irrité, c’est dans la prétention « santé » de la chose. On vous vend quelque chose qui va améliorer votre santé. Ben quin comme dirait l’autre! Oui, je sais très bien que l’activité physique est un facteur positif pour la santé (j’ai quand même fait un phd là-dedans alors je ne me tirerai pas une balle dans le pied!), mais, est-ce que les services que vous achetez au gym améliorent réellement votre santé? C’est une vraie question sincère! Le savez-vous? En quoi votre entraînement est-il plus profitable qu’une marche à l’extérieur en promenant Fido ou une séance intense de jardinage? On ne mesure pas l’impact du service vendu sur votre santé et lorsqu’on prétend le mesurer, c’est généralement fait de façon tellement boiteuse qu’il n’est pas possible de tirer des conclusions. Vous me direz que votre entraîneur a pris vos plis cutanés, qu’il a testé votre capacité aérobie et que tout s’est amélioré de X %. Bravo! Voici les bémols : saviez-vous que les appareils qui sont utilisés pour votre évaluation ne sont pratiquement jamais calibrés? Qu’il peut facilement y avoir une variation de plus de 1 kg sur votre analyse de composition corporelle? Ça, ça veut dire que si votre entraîneur vous dit que vous avez perdu 1 kg de gras et que vous avez gagné 1 kg de muscle, il se peut qu’il n’en soit absolument rien et qu’en réalité, rien n’a changé. Bref, vous vous entraînez, mais vous avez bien peu d’information sur l’effet réel sur votre santé. Encore une fois, je ne remets pas en question les bienfaits de l’activité physique, je remets en questions les sommes investies pour un programme d’entraînement afin d’obtenir des bénéfices santé. Comment pouvez vous savoir si votre programme en vaut la peine, c’est-à-dire, si vôtre programme est plus efficace que de faire n’importe quelles autres activités physiques? Pas facile…

Saviez-vous qu’il n’existe pas de système de vérification des compétences des entraîneurs dans la majorité des centres de conditionnement physique? Bref, l’entraîneur doit se conformer à un moule, à une procédure, mais personne ne s’assure du contenu véhiculé? C’est un peu comme si on vérifie que la technique pour tourner la boulette est respectée, mais on ne pose pas de question si la boulette a été récupérée du sol ou du tiroir… Donc, un peu comme dans un restaurant-minute, tant que les burgers sortent de la cuisine et qu’on en vend, pourquoi changer la recette ou le tourne-boulette. En fait, ce que j’essaie de dire, c’est que la philosophie actuelle qui régit le conditionnement physique ne peut pas favoriser le développement optimal de la santé des participants parce qu’il est orienté vers les profits et non la santé. Pour une compagnie, c’est tout à fait normal, mais, cette industrie tente d’anoblir ses actes en prétendant sauver des vies à un rythme encore plus effarant que feu Mère Thérèsa.

Bien sûr que ce n’est pas la réalité de tous les gyms (j’aimerais bien me tromper!!!), il doit sûrement en avoir des bons quelque part, mais le problème est le même : il n’y a aucun contrôle sur ce qui se fait. Pour ça, l’industrie de la malbouffe a une longueur d’avance car, il existe une quantité astronomique de règle et de structures de contrôle de qualité.

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