Ouvrir les gyms en période de COVID-19 ?

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La pandémie qui a débuté en décembre 2019 perdure en 2020 a de nombreuses conséquences à de multiples niveaux. Santé physique, évidemment, santé mentale, également, santé sociale, malheureusement et santé économique, finalement.

Nombreuses sont les petites, moyennes et grandes entreprises qui se retrouvent en sérieuses difficultés, ce qui se répercute sur leurs employés ainsi que dans bien des cas, l’ensemble de la population.

Les milieux de l’entraînement et du conditionnement physique n’y échappent pas.

Les centres sportifs de bien des régions se voient forcés de fermer temporairement leurs portes et dans certains cas ces mesures préventives se traduisent par une fermeture définitive. Il y a eu des mouvements de protestation soulignant l’importance du rôle des gyms dans la santé de la population, mais les arguments mis de l’avant pour justifier une ouverture étaient trop souvent peu convaincants ou mal véhiculés.

Pourquoi a-t-on décidé de fermer les gyms ?

Je n’ai absolument aucune idée des motivations du gouvernement pour prendre cette décision, toutefois je peux jouer à l’avocat du Diable et présenter quelques éléments de réponse.

Au Canada, on dénombrait en 2010 près de 5 370 000 membres de centres de conditionnement physique. Ça ne représente que 15,7 % de la population et c’est sans compter la fraction de ces membres qui n’est pas active. L’argument misant sur le bien-être de la population n’affecte malheureusement qu’une minorité d’individus. Économiquement parlant, ouvrir les studios de santé (appellation de l’Office de la protection du consommateur) affecterait environ 500 établissements ce qui représente peu d’entreprises si on considère les 236 705 petites et moyennes entreprises et les 603 grandes entreprises répertoriées au Québec.

Bref, on n’aiderait pas tant de monde que ça côté santé et côté finance.

Ensuite, il faut s’attarder aux risques de propagation du virus de la COVID-19 à travers les centres de conditionnement physique. De ce que je constate, les données sont rares, mais il en existe néanmoins. On retrouve des données en provenance de la Corée du Sud qui sont difficilement en faveur d’une ouverture des centres de conditionnement physique. On observe un taux d’attaque (indice épidémiologique qui indique la vitesse d’accumulation de nouveaux cas pour une période donnée) assez élevé (entre 10 % et 70 %) 1 où près de 50 % de la contamination provenait des intervenants. Pour vous donner une idée, selon une étude rétrospective chinoise2, le taux d’attaque de la COVID-19 se chiffre à ~7 % pour les contacts étroits.

À première vue, nous sommes en présence d’un risque élevé de propagation pour un bénéfice marginal sur l’état de santé de la population. La décision du gouvernement serait d’une évidence certaine.

Pourtant…

Si on se penche un peu plus sur les données, il est important de distinguer certains éléments importants.

Dans un premier temps, les cas de contamination provenant de centres de conditionnement physique étaient isolés à des cours de groupe (Zumba plus particulièrement) alors qu’aucune mesure de distanciation physique ou de contrainte sanitaire n’était appliquée. En temps normal, les risques de propagation d’un virus sont élevés dans un cours de groupe, mais rien ne nous informe à savoir quels sont les risques encourus lorsque des mesures préventives sont en place. Certes, le port du masque durant l’entraînement ne semble pas d’une efficacité notable3, mais d’autres mesures pourraient s’avérer efficaces (présentation d’un résultat de test négatif pour les participants et intervenants, prise de température, barrières physiques, mesures d’hygiène spécifiques, etc.). Dans des régions où le nombre de cas de COVID-19 est faible, les risques de contamination pourraient également relativement faible4. Le risque pourrait alors être aussi grand (ou petit selon votre niveau d’optimiste) qu’à l’épicerie, au parc, sur la rue, etc.

Un autre élément peut jouer en faveur des centres de conditionnement physique : la traçabilité. Les membres sont facilement retraçables avec un minimum d’effort, ce qui favorise une réponse rapide d’isolement (encore faut-il que l’isolement soit respecté) et d’identification de la distribution de la contamination auprès des individus potentiellement exposés. Une application de traçage pourrait également être exigée afin de pouvoir participer aux activités du centre.

Oui, mais même si c’était sécuritaire, pourquoi ouvrir les centres et courir le risque de propager le virus ?

Oui, même avec toutes les précautions et la bonne foi (qui vient à manquer assez rapidement chez certains pour se transformer en négligence bête et méchante), il est possible que les choses dérapent. Comme à l’épicerie, à la station-service, dans le transport en commun, etc.

Ces autres endroits demeurent ouverts parce qu’ils ont une utilité auprès de la société. Les gyms pourraient aussi…

Entrons dans la partie plus complexe de l’article. Je ne prétends pas être un spécialiste en immunité (loin de là), mais voici ma compréhension de certains effets potentiels de l’exercice sur le système immunitaire.

L’activité physique (toute contraction musculaire élevant la dépense énergétique au-dessus du métabolisme de repos) exerce de nombreux effets bénéfiques sur la santé physique et mentale. L’exercice (activité physique planifiée et organisée afin d’améliorer la santé et/ou la condition physique) fait partie de l’activité physique tout comme prendre une marche, faire du ménage, etc. Jusqu’à présent, les arguments utilisés pour justifier une ouverture des centres de conditionnement physique pouvaient autant s’appliquer à l’exercice (principale activité physique pratiquée dans un gym) qu’à une multitude d’activités physiques pouvant se pratiquer chez soi ou à l’extérieur.

Pourtant, l’exercice pratiqué selon des paramètres de surcharge bien définis (volume et intensité plus particulièrement) pourrait avoir des effets bénéfiques pouvant contribuer à la lutte contre la COVID-195.

Jusqu’à présent, il existe peu de stratégies de traitement qui s’avèrent efficaces pour contrer la COVID-19. Bien que la majorité des personnes atteintes ne présente que des symptômes similaires à une grippe et récupère à la maison, une fraction de personnes atteintes développera des complications. Environ ~20 % développeront une pneumonie, 5 % nécessiteront un séjour aux soins intensifs et présenteront des complications diverses : détresse respiratoire, syndrome respiratoire sévère, insuffisance rénale, choc septique, dysfonctionnement sévère de plusieurs organes, etc. Encore à ce jour, l’efficacité des différents traitements médico-pharmacologiques demeure limitée.

L’exercice complété selon certains paramètres permet d’influencer de nombreuses composantes du système immunitaire. La réponse immunitaire modulée par l’exercice (cardio et/ou musculation) est caractérisée par une influence des systèmes immunitaires inné et adaptatif. La pratique régulière d’exercices pourrait procurer un effet protecteur contre la COVID-19 en améliorant le fonctionnement de certains systèmes associés à l’immunité et l’inflammation.

Dans un premier temps, on remarque que l’exercice stimule la production par le muscle de certaines molécules (MAPK) qui agissent sur la réponse initiale du système immunitaire face à une infection virale en limitant la capacité d’un virus à se répliquer (pour plus d’information, voir Interféron — IFN —, STAT1). La pratique régulière d’exercices d’intensité et de volume suffisants pourrait moduler la réponse immédiate du système immunitaire en favorisant une réponse initiale plus adéquate face au virus.

L’exercice stimule et diversifie également la production et l’activité de certaines cellules du système immunitaire (neutrophiles, lymphocytes NKT, etc.) qui ont une action offensive importante contre une infection virale. On remarque également que l’exercice favorise l’apoptose (mort cellulaire) sélective de certaines cellules qui composent le système immunitaire (lymphocytes T) lorsque ces dernières entament un processus de sénescence (ralentissement de leur activité). Cette action favorise un renouvellement plus important des lymphocytes T et une action immunitaire plus efficace. On remarque d’ailleurs qu’une sénescence plus importante au niveau des lymphocytes T est associée à une augmentation de la susceptibilité aux infections à de nouveaux pathogènes. En quelque sorte, l’exercice élimine le bois mort pour faire place à de jeunes pousss plus vigoureux. L’exercice de nature aérobie semble favoriser davantage cette réponse immunitaire et la capacité aérobie pourrait également y être associée, les personnes démontrant une capacité aérobie plus élevée ayant un niveau de sénescence des lymphocytes T moins important.

En résumé, l’exercice pourrait favoriser une meilleure réponse initiale face à une attaque virale comme la COVID-19.

L’exercice agit également sur des cellules présentent dans les principaux organes affectés par la COVID-19 (poumons, cœur, système digestif) en améliorant leur capacité de réponse immunitaire et en favorisant une réduction des séquelles post infection (principalement au niveau des poumons). L’exercice influence également la réponse inflammatoire de l’organisme en stimulant la production de molécules permettant un meilleur contrôle du processus inflammatoire. Également, on observe que l’exercice agit sur d’autres voies métaboliques permettant une forme d’action offensive contre les virus. La production d’oxyde nitrique (NO) est stimulée par l’exercice ce qui est bénéfique pour certains mécanismes de contrôles limitant la propagation potentielle d’un virus dans l’organisme. Finalement, l’exercice permet une meilleure régulation du stress oxydatif, plus particulièrement au niveau des poumons et du cœur, en augmentant la production et le déploiement d’antioxydants.

Bref, l’exercice à bonne dose stimule plusieurs éléments qui pourraient s’avérer importants dans la gestion de la COVID-19 par l’organisme. Un bémol à tout cela: il s’agit de spéculations théoriques qui reposent sur des relations qui n’ont pas été, à ma connaissance, démontrées avec la COVID-19. Chaque virus ayant des caractéristiques différentes, il est possible que celui-ci contourne certains effets mis de l’avant par l’exercice.

Chose certaine, la question se pose :

Est-il plus bénéfique d’ouvrir les centres de conditionnement physique que de les laisser fermés ?

Est-ce que le fait qu’une fraction de la population s’entraîne et possiblement augmente ses capacités à résister au virus peut surpasser les risques de voir quelques foyers d’éclosions supplémentaires apparaître? Va-t-on prévenir davantage ou augmenter davantage la propagation du virus ?

Il n’est définitivement pas facile de répondre clairement à ce dilemme, mais le débat mérite d’être lancé, surtout si on utilise des arguments robustes et que l’on considère avec équité et respect les arguments adverses.

Chose certaine, le système immunitaire est associé à l’exercice et l’activité physique et leur influence sur ce dernier semble plutôt favorable à une meilleure réponse face à la COVID-19.

P.S. Il est difficile de déterminer avec précision les paramètres de surcharges de l’exercice pour maximiser une réponse favorable face à la COVID-19. Généralement, il est question d’exercices de nature aérobie (cardio) complétés 2 à 4 fois par semaine à une intensité allant de 50 % de la capacité aérobie jusqu’à ~80 %. Côté musculation, les paramètres sont encore plus flous. Il est question de 2 à 3 séries par groupe musculaire pour un nombre de répétitions allant de 6 à ~18.

  

Références

  1. Jang S, Han SH, Rhee J-Y. Cluster of Coronavirus Disease Associated with Fitness Dance Classes, South Korea. Emerging Infectious Diseases. 2020;26(8):1917-1920.
  2. Bi Q, Wu Y, Mei S, et al. Epidemiology and transmission of COVID-19 in 391 cases and 1286 of their close contacts in Shenzhen, China: a retrospective cohort study. The Lancet Infectious Diseases. 2020;20(8):911-919.
  3. Silveira ALB, Carvalho LM, Seara FAC, et al. Wear a mask to reduce COVID-19 transmission while exercising at the gym: belief or evidence-based? Research, Society and Development. 2020;9(10):e8499109259.
  4. Helsingen LM, Løberg M, Refsum E, et al. A Randomised Trial of Covid-19 Transmission in Training Facilities. medRxiv. 2020:2020.2006.2024.20138768.
  5. Fernández-Lázaro D, González-Bernal JJ, Sánchez-Serrano N, et al. Physical Exercise as a Multimodal Tool for COVID-19: Could It Be Used as a Preventive Strategy? International journal of environmental research and public health. 2020;17(22):8496.

La science n’est contre personne, pas même le Pr Raoult

Pr Raoult

Comprendre la science n’est pas toujours facile. Ironiquement, la vocation de la science est de nous permettre de comprendre. La pandémie associée à la COVID-19 est un bel exemple où la science se retrouve mêlée à des luttes politiques, d’égos et possiblement économiques. La population réclame une solution et celle-ci semble avoir pris la forme du traitement combiné à l’hydroxychloroquine et l’azithromycine proposé par le Pr Raoult. Ce dernier a mis de l’avant quelques publications afin de démontrer l’efficacité du traitement. Efficace, simple et pas cher. De quoi faire rêver n’importe qui atteint de la COVID-19.

Pourtant, les grandes instances médicales se sont montrées prudentes face aux résultats obtenus par le Pr Raoult et ses conclusions préliminaires. Il n’en fallait pas plus pour crier à la conspiration de Big Pharma qui souhaiterait étouffer ce traitement parce qu’il n’est pas assez rentable pour elle. Avant de sombrer dans les théories conspirationnistes, voyons voir ce qui pourrait expliquer cette prudence face à ce traitement.

D’emblée, je tiens à mentionner que je ne connais pas personnellement le Pr Raoult, que je ne conduis pas de recherche en infectiologie, immunologie ou tout autre domaine connexe qui pourrait faire concurrence aux projets du Raoult et son équipe. Également, je ne suis pas infecté à la COVID-19 (je touche du bois) et je ne connais pas personnellement des gens atteints de la COVID-19 (je douche doublement du bois). Toutefois, plusieurs personnes de mon entourage sont considérées comme étant à risque de complications graves si infectées à la COVID-19 (je touche triplement du bois). Je ne suis pas pour ou contre un traitement en particulier.

Est-ce que le traitement proposé par le Pr Raoult est efficace ?

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Actuellement, aucun traitement n’est reconnu comme « efficace » contre la COVID-19. On offre des soins de supports afin de faciliter une guérison chez les patients atteints. Pour la majorité des personnes infectées à la COVID-19 (>90 %), la guérison se fera naturellement sur une période approximative de 20 jours. À ce jour (fin mars 2020), des 1 014 499 cas d’infections recensés, 711 624 (95 %) présentent de légers symptômes et 37 698 (5 %) sont dans un état sérieux ou critique. Le taux de mortalité chez les personnes admises à l’hôpital est estimé à 15 % et le temps écoulé entre l’apparition des symptômes et le décès est d’approximativement 14 jours. Dans l’ensemble, le taux de mortalité mondial associé au virus est estimé à 3,4 %.

Si nous prenons un groupe de 20 personnes infectées à la COVID-19, 0,68 va en décéder et ~1 sera hospitalisée avec des complications sérieuses. Les autres vont s’en sortir naturellement.

Préparez-vous pour quelques chiffres, mais restez concentrés…

Le Pr Raoult a présenté les résultats de son traitement (hydroxychloroquine seule et hydroxychloroquine plus azithromycine) avec une première série de données. Initialement, 42 patients ont été recrutés dans l’étude dont 26 ont reçu le traitement combiné et 16 ont agi comme groupe contrôle (pas de traitement). De l’ensemble, 41,7 des patients étaient des hommes et 58,3 % des femmes. L’âge moyen des patients était de 45,1 ans.

Des patients ayant reçu le traitement, initialement 2 étaient asymptomatiques, 12 présentaient des symptômes d’infection des voies respiratoires supérieures et 6 présentaient des symptômes d’infection des voies respiratoires inférieures. Du groupe contrôle, 4 étaient asymptomatiques, 10 présentaient des symptômes d’infection des voies respiratoires supérieures et 2 présentaient des symptômes d’infection des voies respiratoires inférieures.

Six patients ayant reçu le traitement combiné ont été exclus des analyses pour cause d’une cessation prématurée des traitements. Les raisons pour la cessation prématurée étaient : 3 patients ont été transférés aux soins intensifs (1 patient transféré 1 journée après l’inclusion dans le protocole, 1 patient transféré 2 jours après l’inclusion dans le protocole, 1 patient transféré 4 jours après l’inclusion, 1 patient est décédé 3 jours après l’inclusion et 1 patient a décidé de quitter l’étude).

Après 6 jours d’inclusion dans l’étude, 14 des 20 patients ayant reçu un traitement (8 sur 14 hydroxychloroquine seule et 6 sur 6 avec hydroxychloroquine et l’azithromycine) étaient classés comme négatifs (charge virale négligeable). L’article conclut alors que :

We therefore recommend that COVID-19 patients be treated with hydroxychloroquine and azithromycin to cure their infection and to limit the transmission of the virus to other people in order to curb the spread of COVID-19 in the world.

Toutefois, il faut être prudent dans l’analyse de ces données. Plusieurs ont noté quelques anomalies dans certaines valeurs clés (voir ce lien pour plus d’informations) alors que d’autres ont souligné la particularité des exclusions. Si nous nous attardons sur ce dernier point, des 26 participants ayant accès au traitement, 5 ont été transférés aux soins intensifs ce qui représente 19 % de cas comparativement au 5 % rapporté mondialement. Malheureusement, 1 patient est décédé, ce qui représente 3,8 % de l’ensemble du groupe alors que le taux de mortalité mondial est chiffré à 3,4 %.

Bien que le traitement ait démontré de meilleurs résultats au niveau de la charge virale que chez le groupe contrôle, la performance du traitement dans son ensemble ne semble pas forcément plus efficace que ce qui se fait actuellement/naturellement.

Est-ce que ça veut dire que le traitement est bidon ?

Pas du tout. On ne peut pas affirmer que le traitement proposé par le Pr Raoult est bidon, mais on ne peut pas conclure qu’il s’agit d’un traitement efficace à partir des données présentées. On ne peut pas décider, à partir de tels résultats, de recommander ce traitement à grande échelle. Ça prend un peu plus de données. Pas nécessairement beaucoup plus, mais plus de données et surtout des données exemptes d’anomalies (j’y reviendrai plus tard).

Pourquoi attendre ?

Parce que l’hydroxychloroquine et l’azithromycine sont des médicaments qui ont des effets secondaires et qui ne sont pas disponibles en quantités infinies. Bien que les effets secondaires plus graves soient relativement rares, l’utilisation à grande échelle est malheureusement liée à la loi des statistiques. Plus on utilisera les médicaments sur un grand nombre d’individus, plus il y aura d’effets secondaires. Il faut également considérer les patients ayant besoin de ce traitement pour d’autres conditions qui ne pourront possiblement pas en bénéficier pour un certains temps.

Le traitement ne doit pas être plus problématique que la maladie que le Président Trump disait…

Alors, avant de se lancer dans le saupoudrage d’hydroxychloroquine et d’azithromycine dans l’eau potable, il serait mieux de s’assurer de l’efficacité du traitement.

Pourquoi tant d’hésitation et de haine envers le Pr Raoult?

Les débats sont enflammés autour du traitement proposé par le Pr Raoult et les émotions sont vives tant du côté de ces partisans que de ces détracteurs. Du côté des détracteurs, je trouve plutôt sain qu’il y ait beaucoup d’animosité. Pourquoi ? Parce que cela permettra de mettre à jour toutes les failles et les erreurs potentielles associées au traitement. Au final, ce qui va en sortir devra être efficace et pour le mieux de la société. Que les données du Pr Raoult soient analysées et passées au peigne fin est la moindre des choses. Oui, nous devons questionner ses résultats afin de nous assurer que le traitement est réellement efficace.

Sur une note plus triste, c’est malheureusement le Pr Raoult qui a été l’artisan de toute cette méfiance. En recherche, il y a un crime que vous ne pouvez pas commettre, c’est celui de la fraude scientifique. On ne peut pas entacher l’intégrité de données scientifiques, croyez-moi, c’est un crime majeur et impardonnable dans le monde de la recherche. Le Pr Raoult a été associé par le passé à quelques « anomalies » de données dans certaines de ses publications (https://pubpeer.com/publications/17FFAA6A308B1C585F5B858270E602, https://pubpeer.com/publications/D2FBE34F49E965A8BE6730E531E9F1, https://pubpeer.com/publications/E71C8E0323F9C4335AFEAC9E28BD76 , https://pubpeer.com/publications/D9D639AA02B5C7D35C9DB3B5D76A09 , https://pubpeer.com/publications/194DCC4CD101B439EB38A69AC2B3DE ). Erreurs ou malversations, ce genre de truc pardonne rarement. Ce drapeau rouge signifie qu’il est important de faire preuve de prudence, de rigueur scientifique et surtout de questionner abondamment les résultats du Pr Raoult. Cela signifie également qu’il faut que d’autres unités de recherche reproduisent le protocole proposé par le Pr Raoult et que leurs résultats soient concluants avant que nous puissions considérer le traitement à plus grande échelle.

Oui, des personnes vont mourir d’ici là. Non, ce n’est pas la faute à Big Pharma ou encore à la haute classe politique. Le Pr Raoult a été le seul artisan de cette lenteur par sa façon de procéder actuelle et passée.

J’espère de tout cœur qu’on sera en mesure de mettre en place un traitement efficace afin de contrer la pandémie, que ce soit celui proposé par le Pr Raoult ou un autre. D’ici ce temps, arrêtons de nous invectiver, de propager la haine et revenons à ce que la science peut nous offrir de mieux : la vérité. Laissons les scientifiques agir de la meilleure façon possible et aiguisons nos connaissances ainsi que notre esprit critique afin d’être en mesure de mieux comprendre les informations que nous recevons et que nous propageons.

Quelques lectures intéressantes pour mieux comprendre les statistiques (ça sauve des vies ! – je n’aurais jamais cru écrire ça un jour-)

Introduction to the new statistics

https://routledgetextbooks.com/textbooks/9781138825529/

Tutoriel sur les statistiques

https://explorable.com/fr/tutoriel-sur-les-statistiques
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Exercice, nutrition et système immunitaire

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Est-ce que l’on peut prévenir les infections et stimuler notre système immunitaire grâce à l’exercice ou encore grâce à la nutrition ? Nombreuses sont les revendications faisant état des bienfaits de X ou Y aliments ou encore de A, B ou C entraînement pour stimuler votre système immunitaire. Plusieurs y verront une opportunité de faire de l’argent avec la peur des gens.

En fait, il est vrai que l’alimentation a un effet sur notre système immunitaire, tout comme l’exercice physique. Cependant, ça ne veut pas dire que grâce à la nutrition et l’exercice nous pouvons bénéficier d’une immunité complète face à toute infection, microbe et cie. Comme dans bien des choses, on tire des conclusions parfois trop hâtives.

Nutrition

Avoir une nutrition exemplaire qui répond à la totalité de nos besoins nutritionnels est une excellente chose. L’inverse s’avère problématique: une nutrition inadéquate entraîne des conséquences fâcheuses pour l’organisme et la santé en général. Par exemple, un état de déficit énergétique prolongé et/ou des carences nutritionnelles menant progressivement vers un état de malnutrition entraînent une suppression importante de nos capacités immunitaires. Toutefois, ce n’est pas parce que des carences quantitatives et qualitatives affectent négativement le système immunitaire et la santé que l’opposé est vrai. Une nutrition exemplaire permet d’avoir un système immunitaire qui ne manque pas de ressources pour faire son travail. Ce n’est pas parce que l’on fournit tout ce dont un employé a besoin pour faire son travail que ce dernier travaillera comme dix employés et fera faire fortune à l’entreprise. Notre système immunitaire est limité dans sa capacité de réponse, ce qui fait que nous ne sommes pas invulnérables aux maladies infectieuses (ce n’est pas en mangeant bien et en faisant de l’exercice que l’on guérit du VIH). Il ne suffit pas de bien manger pour être immunisé. Mais, l’inverse est définitivement problématique, un état dénutri nous rend nettement plus vulnérables pour une grande quantité de petites bestioles ravageuses.

Lorsque les probabilités d’être exposé à des virus et cie sont fortes, il est préférable de chercher à diversifier son alimentation et à éviter les restrictions caloriques importantes (comme dans le cas de personnes souhaitant perdre du poids). Il est donc préférable de maintenir son poids pendant ces périodes plutôt que de cherche à perdre rapidement des kilos en trop. Il est aussi souhaitable d’ingérer une très grande variété d’aliments provenant de sources différentes (fruits, légumes, volaille, poisson, viande, produits céréaliers, etc.). Une alimentation suffisante en énergie et diversifiée vous procure les meilleures chances de ne manquer de rien.

Ça implique aussi que les régimes alimentaires qui limitent les apports en certains aliments limitent la quantité et la diversité des nutriments que nous pouvons consommer. Ça ne veut pas dire que c’est mauvais, ça veut simplement dire que moins nous pouvons consommer des aliments, plus le risque est important de se retrouver face à des carences. Si vous suivez un régime alimentaire avec exclusion (végé, keto, etc.), vous devez vous assurer de bénéficier d’apports nutritionnels adéquats pour répondre à vos besoins. Il est donc préférable d’éviter de se lancer à l’improviste dans ce type de projet sans le support d’un professionnel de la santé compétent. Surtout en période où le risque de contagion est élevé.

Ne pas manquer de calories, donc on peut manger à volonté de tout ? Si l’envie de vous gaver afin d’assurer un apport énergétique bien au-dessus de vos besoins vous traverse l’esprit, sachez que ça peut devenir tout aussi problématique pour votre système immunitaire. L’augmentation de votre masse grasse, à la suite d’un surplus énergétique plus ou moins prolongé, entraîne des modifications hormonales qui peuvent à leur tour influencer certains éléments du système immunitaire. Afin d’éviter des perturbations au niveau de votre immunité, il est préférable de miser sur un poids stable avec un niveau de masse grasse adéquat (ni trop haut, ni trop bas).

À retenir : il est mieux de bien se nourrir en quantité et en qualité suffisantes afin d’avoir suffisamment de ressources nutritionnelles pour faire face aux éventualités de la vie (comme certains virus).

Exercice

Le système immunitaire et l’exercice sont étroitement reliés. Les paramètres d’entraînement ont un impact sur notre système immunitaire. Il est possible d’observer des réponses aiguës (rapides et transitoires) et chroniques du système immunitaire suite à l’exercice. Il est important de demeurer prudent lorsque l’on observe ces réponses, plus particulièrement les réponses aiguës.

Un mode de vie actif et peu sédentaire est associé à un risque plus faible de contracter des maladies infectieuses (virales et bactériennes). La pratique régulière d’activités physiques sur plusieurs années semble conférer un effet protecteur face aux infections. Bouger, bouger régulièrement, bouger sur plusieurs années.

Les effets aigus de l’exercice sur le système immunitaire et les risques d’infections sont plus difficiles à cerner. Pendant de nombreuses années (depuis les années 1990), il était question de la présence d’une fenêtre d’immunosuppression post effort où l’organisme est particulièrement vulnérable aux infections opportunistes. Certaines études avaient observé des perturbations importantes du système immunitaire à la suite d’efforts aérobies à haute intensité. Pendant quelques heures suivant la cessation de l’effort, on a conclu que les perturbations observées étaient synonymes d’un système immunitaire temporairement compromis. Des observations réalisées chez des coureurs lors de différents événements ont permis de recenser une quantité plus élevée de coureurs présentant des symptômes d’infection des voies respiratoires supérieures. On pouvait également distinguer une proportion plus importante de symptômes d’infections des voies respiratoires supérieures chez les coureurs plus rapides comparativement aux coureurs plus lents. Il n’en fallait pas plus pour conclure que l’entraînement aérobie à une intensité élevée pendant une période prolongée compromettait le système immunitaire. Possible, mais….

Les études menant à ces conclusions n’ont pas effectué d’analyse pour déterminer le type et la nature des symptômes, elles se sont basées sur des informations rapportées par les coureurs. Il n’est pas impossible que les symptômes observés puissent avoir été causés par d’autres éléments qui ne seraient pas attribuables à un système immunitaire compromis (allergies, asthme, traumatisme des cellules épithéliales causé par l’augmentation de la ventilation, exposition au froid, etc.). Et, il ne faut pas oublier que le simple fait d’être présent à l’intérieur d’une foule de plusieurs milliers d’individus qui projettent allègrement multiples gouttelettes et vapeur d’eau est un risque en soi…

En fait, il semblerait que l’incidence d’infection chez les athlètes d’endurance ne soit pas nécessairement plus élevée, certaines études rapportant même que le risque de contracter une infection des voies respiratoires supérieures est inversement proportionnel aux heures d’entraînement chez les coureurs.

Peut-on conclure que plus on s’entraîne, meilleure sera notre immunité ?

Oui, mais ça serait une erreur.

Si l’idée vous prenait d’augmenter de façon importante votre entraînement afin de stimuler votre système immunitaire, vous feriez mieux d’y réfléchir un peu plus longuement. Un élément clé de tout entraînement réside dans l’étroite relation entre notre capacité à nous entraîner (sollicitation) et notre capacité à récupérer (récupération). Lorsque le niveau de sollicitation dépasse les capacités de récupération, on fait face à une phase de régression physiologique. L’organisme n’a pas les ressources pour répondre à la demande. Ce déficit est lourd de conséquences pour plusieurs processus métaboliques dont l’immunité. Lorsque l’organisme entre dans une phase de régression induite par un déséquilibre entre la sollicitation et la récupération, on observe une suppression graduelle du système immunitaire et une augmentation de la vulnérabilité aux infections opportunistes.

Comme je le mentionne souvent, en entraînement, trop, c’est toujours pire que pas assez.

À retenir : Avant d’augmenter la difficulté d’un programme d’entraînement, il faut s’assurer que stratégie de récupération adéquate est en place.

Quoi faire pour éviter de tomber malade ?

  • La première chose est de suivre les recommandations d’hygiène de base et les recommandations spécifiques émanant des organismes qualifiés et compétents (non s’injecter du jus de citron dans les narines n’est pas un moyen efficace pour contrer les infections des voies respiratoires…).
  • Ensuite, ne pas croire que vous pouvez « booster » votre système immunitaire comme Pac-Man qui mange une cerise. Ça, c’est déjà un énorme pas dans la bonne direction.
  • Vous assurez de bien manger une quantité suffisante d’aliments de qualité et de varier le plus possible votre alimentation.
  • Être actif, bouger régulièrement, avoir du plaisir et améliorer sa condition physique. Si vous devenez meilleur dans votre activité et que vous avez du plaisir à le faire, les chances sont que vous allez dans la bonne direction. Si vous n’avez pas de plaisir et vous ne vous améliorez pas, il y a des risques que les choses n’aillent pas très bien et que vous soyez à risque d’épuisement.
  • Éviter d’être trop assis. Vous devriez minimiser votre temps assis et chercher à éviter d’être assis pour 60 minutes consécutives. Pas besoin de s’entraîner, seulement de se lever et de marcher un peu toutes les heures.
  • S’assurer de bien récupérer. Se coucher à des heures régulières et « respectables ». Dormir approximativement 8 h par nuit. Ne pas s’exposer à des écrans au moins 30 min avant d’aller se coucher. Avoir une routine de sommeil établie et régulière chaque soir.
  • Maintenir votre poids stable, dans une zone santé si possible, en présence de risque de contagion accru.

Oui, on pourrait en mettre beaucoup d’autres.

Non, ces recommandations ne vont pas « booster » votre système immunitaire, elles ne feront que l’aider à fonctionner comme il est capable de fonctionner.

Profitez du plein air, profitez des opportunités pour essayer de nouvelles activités, de nouveaux aliments et avoir du plaisir à le faire.

Continuons nos efforts pour limiter la progression de la COVID19. Voici une petite animation qui permet de croire que pour l’instant nos efforts porte fruits.

Courbe de progression de la COVID19

Références (des lectures vraiment intéressantes…)

  1. Ozemek C, Erlandson KM, Jankowski CM. Physical activity and exercise to improve cardiovascular health for adults living with HIV. Prog Cardiovasc Dis. 2020.
  2. Nieman DC, Wentz LM. The compelling link between physical activity and the body’s defense system. J Sport Health Sci. 2019;8(3):201-217.
  3. Ulrich CM, Himbert C, Holowatyj AN, et al. Energy balance and gastrointestinal cancer: risk, interventions, outcomes and mechanisms. Nature reviews Gastroenterology & hepatology. 2018;15(11):683-698.
  4. Sellami M, Gasmi M, Denham J, et al. Effects of Acute and Chronic Exercise on Immunological Parameters in the Elderly Aged: Can Physical Activity Counteract the Effects of Aging? Front Immunol. 2018;9:2187.
  5. Campbell JP, Turner JE. Debunking the Myth of Exercise-Induced Immune Suppression: Redefining the Impact of Exercise on Immunological Health Across the Lifespan. Front Immunol. 2018;9:648.
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Grossophobie ou non?

Grossophobie

Le Petit Larousse définit la grossophobie comme suit :  « Attitude de stigmatisation, de discrimination envers les personnes obèses ou en surpoids ». Wikipédia fournit cette définition : « La grossophobie désigne l’ensemble des comportements, discriminations et des oppressions manifestés à l’encontre des personnes grosses (en surpoids ou obèses) dans différents aspects de la vie quotidienne. Ces aspects incluent notamment les relations interpersonnelles, l’emploi (entretien d’embauche), les soins … Lire la suite

Comprendre l’ acide lactique afin d’améliorer ses performances sportives

acide lactique performance

L’acide lactique est la cause de bien des tourments pour plusieurs sportifs. Sa seule présence dans le muscle est associée à de la fatigue, des douleurs musculaires insoutenables, des crampes et des contre-performances. Somme toute, l’acide lactique est l’ennemi numéro un du sportif. Tout le monde sait que lorsque que l’on atteint une intensité trop … Lire la suite

Comment utiliser la science pour courir un marathon sans (ou presque) entrainement

Courir marathon sans entrainement

Un marathon n’est pas une épreuve à prendre à la légère et la préparation physique, mentale et nutritionnelle est essentielle. Courir un marathon sans entraînement c’est tout simplement dangereux et personne ne devrait tenter l’expérience pour le plaisir. Mais pour la science ? L’idée m’est alors venue de joindre l’utile au désagréable et de tenter 2 … Lire la suite

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