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Diète Paléo, bon ou pas?

Dans l’univers de l’entraînement et de la nutrition, les tendances remportent toujours leur part de succès populaire. Certaines de ces tendances sont aussi éphémères qu’une saison alors que d’autres persistent un peu plus longtemps. Il arrive aussi que les tendances se côtoient et parfois même se fusionnent. Un exemple récent qui illustre bien ce phénomène est la popularité croissante du Crossfit conjointement avec l’adoption d’une diète baptisée paléolithique.

Chaque tendance amène également sa dose de fanatisme, ce qui tend à rendre tout débat sur le sujet assez houleux et à forte charge émotive. Je tiens à vous avertir, je ne cherche pas à ouvrir un débat émotif sur la diète paléolithique ou encore sur le Crossfit, mais seulement à apporter quelques éléments importants à considérer.

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http://nicole.rolin.pagesperso-orange.fr/prehistoire/Pages/Pr%E9sentation%20du%20Pal%E9olithique.htm

Qu’est-ce que la diète paléo?

Ce régime alimentaire est élaboré selon le principe que l’évolution de nos gènes n’a pas réussi à suivre l’évolution de notre mode de vie et que l’alimentation moderne n’étant pas adaptée à nos besoins, serait en cause dans nombreuses maladies de l’ère moderne. On remonte donc à la période paléolithique pour tenter de reproduire le mode de vie (plus spécifiquement les apports nutritionnels) de nos lointains ancêtres. Le régime paléo est donc caractérisé par une prépondérance de produits non transformés (viandes maigres, poissons et fruits de mer, des noix, des légumes) et une « interdiction » de consommer des produits non adaptés à notre génome (produits laitiers sauf pour les produits crus, les céréales, l’alcool, les sucres raffinés, les légumineuses, etc.). La répartition en macronutriments est généralement de 35 % des apports énergétiques sous forme de lipides, 35 % sous forme de glucides et 30 % sous forme de protéines. On fait état de nombreux bienfaits dont une diminution des risques de maladies du cœur, de certains cancers et également d’une perte de poids chez les personnes souffrant de surpoids ou d’obésité.

Que faut-il savoir?

Dans un premier temps, il importe de bien comprendre que nous ne savons pas avec certitude quel était le mode de vie de nos ancêtres de la période paléolithique. Beaucoup d’éléments sont controversés et non confirmés, car de toute évidence aucune observation directe n’a pas être effectuée et l’analyse de fossiles, momies et autres ne procurent que des informations limitées assujetties à de nombreuses spéculations.

Régime Paléo ou Régimes paléos?

Également, lorsque l’on parle de régime alimentaire de nos ancêtres qui pourrait nous convenir aujourd’hui, il faut considérer quels régimes alimentaires et de quels ancêtres? En effet, il n’existe pas un régime universel commun à tous nos ancêtres. Les variations de régimes alimentaires de nos ancêtres ne furent pas seulement divisées par des caractéristiques chasseurs-cueilleurs vs agriculture, mais également par des fluctuations saisonnières importantes, par la géographie ainsi que par le climat. En réalité, il n’existe pas un régime paléo, mais une panoplie de régimes en fonction des précédents facteurs. Le facteur social, un facteur important qui influence aujourd’hui notre alimentation, pourrait également entrer en ligne de compte dans la composition de régimes paléos, mais peut difficilement être évalué aujourd’hui.

Le régime paléo contemporain représente donc une variante de nombreux régimes similaires dont les effets sur la santé peuvent varier grandement.

Point 1 : Il n’existe pas DE régime paléo, mais bien DES régimes paléos. Lequel est le bon?

L’agriculture est la source de nombreux problèmes de santé contemporains

On associe le développement des maladies du cœur et autres maladies de l’ère moderne avec l’avènement de l’agriculture et de la consommation de céréales. Le régime paléo exclut donc les céréales de l’alimentation et mise sur les fruits et légumes pour obtenir des doses suffisantes de glucides. Pourtant, des peuplades de chasseurs-cueilleurs de nos jours peuvent consommer des glucides provenant d’une grande variété de sources (fruits, légumes, produits céréaliers) et en quantité très variables (des apports modérés à parfois très élevés) sans présenter de signe de maladie contemporaine. Plusieurs facteurs, dont la relation de l’être humain avec son environnement, pourraient jouer dans le développement ce type de maladies.

De plus, on imagine souvent l’arrivée de l’agriculture comme soudaine et définitive alors que l’intégration de ce mode de vie s’est faite progressivement sur plusieurs milliers d’années. La période paléolithique et le chevauchement avec la période mésolithique et même néolithique qui suivirent offrirent de nombreuses variantes de modes de vie et d’apports nutritionnels. Cette évolution augmente encore la variété de régimes alimentaires offrant la possibilité de versions hybrides du régime paléolithique qui auraient été tout aussi adaptées à nos ancêtres.

Autre élément important, la découverte de momies datant de la période paléolithique qui présentaient des signes de maladies du cœur remet en question l’apparition et l’évolution de ce type de maladie chez l’humain uniquement à la période où l’agriculture devint dominante.

Point 2 : L’agriculture et les produits céréaliers ne sont pas nécessairement la cause des maladies contemporaines.

Nos gènes n’ont pas évolué depuis la période paléolithique

Certains éléments provenant de la génomique nous poussent à revoir notre conception de l’évolution de nos gènes. Un des préceptes de la diète paléolithique repose sur la relative similitude de nos gènes avec ceux de nos ancêtres de cette époque. Toutefois, des études récentes ont démontré que les gènes humains ont poursuivi leur évolution, possiblement à un rythme accéléré depuis la période paléolithique. De façon encore plus intéressante, la majorité de ces changements serait directement reliée à des changements au niveau des mécanismes de survie et à l’alimentation. Par exemple on observe une augmentation de l’activité des gènes permettant la synthèse de l’amylase nécessaire à la digestion de l’amidon contenu dans les produits céréaliers et les légumineuses. Une progression similaire est observée pour les gènes responsables de la lactase, ce qui dénote une évolution de la capacité de l’humain à digérer le lait à l’âge adulte (la majorité de la population adulte de la période paléolithique était intolérante au lactose alors que les statistiques sont inversées pour l’humain contemporain). Ces adaptations génétiques favorisent la théorie que notre génome favorise l’adaptation plutôt qu’une forme de dictature biologique rigide.

Point 3 : Nos gènes et leurs fonctions ont évolué depuis la période paléolithique, principalement en lien avec notre alimentation.

La sélection de nos aliments n’est pas uniquement déterminée par nos gènes

Un autre élément important à considérer réside au niveau de la sélection alimentaire de l’humain. L’approche du régime paléolithique repose partiellement sur le fait que notre sélection nutritionnelle est dictée en grande partie par nos gènes (conception que nos ancêtres ne mangeaient que ce qu’ils avaient besoin, qu’ils ne mangeaient que pour répondre à leurs gènes). Pourtant, plusieurs études ont suggéré que la « sagesse du corps » n’existe pas réellement et que les besoins physiologiques ne dictent qu’une partie de la sélection de nos aliments. En fait, une grande partie des comportements alimentaires des omnivores (comme nous) est apprise socialement plutôt que par instinct. Nous développons des préférences et des aversions pour certains aliments en fonction d’apprentissages et la majorité de nos définitions de ce qui est un aliment versus ce qui ne l’est pas proviennent d’une exposition sociale et non d’instinct.

De plus en plus études se tournent vers une hypothèse développementale plutôt qu’ancestrale pour le développement de maladies chroniques ou dégénératives. Au lieu de regarder ce que nos ancêtres faisaient il y a de cela des milliers d’années, on tend plutôt à chercher à déterminer ce qui se passe à une échelle temporelle beaucoup plus petite, celle qui englobe les conditions pré natales et les conditions présentent pendant les premières années de la vie.

Point 4 : Nous sommes ce que nous mangeons et possiblement ce que nos parents mangeaient ainsi que ce que notre environnement social nous a appris à propos de la nourriture

En conclusion…

Il peut être tentant pour certains de conclure que la diète paléo tient plus de l’arnaque que de la science, mais ce serait une bien grave erreur. Consommer des aliments peu transformés, frais et variés ne tient pas de l’arnaque ou de la supercherie. Toutefois, il faut demeurer extrêmement prudent dans l’application rigide du régime « paléo », car certains éléments visant à justifier son usage ne sont pas tout à fait justes ou décrits correctement. De plus, comme toute bonne tendance en entraînement et en nutrition, le désir profond de populariser et surtout de commercialiser le concept risque de pousser plusieurs utilisateurs au fanatisme causant par la bande une profonde dissipation de l’esprit critique.

Donc, une application de la diète paléo plus modérée, plus diversifiée et actualisée à notre régime de vie moderne peut sans aucun doute s’avérer utile sans pour autant que cela ne réponde aux besoins de nos ancêtres du paléolithique.

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