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Utiliser les fréquences cardiaques pour déterminer les calories ?

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Les fréquences cardiaques sont un outil important, voire essentiel pour paramétrer l’intensité d’entraînement cardiovasculaire (bien qu’il existe d’autres façons de faire). À l’aide de la technologie, il est possible aujourd’hui de mesurer l’activité cardiaque avec la précision d’un ECG à des prix forts raisonnables. De plus, la plupart des appareils d’entraînement cardiovasculaires offrent la possibilité de mesurer également les fréquences cardiaques avec une précision acceptable.

Cette disponibilité soudaine d’information sur l’activité cardiaque n’est malheureusement pas toujours associée à une utilisation adéquate des fréquences cardiaques comme paramètre d’entraînement. Pour trop de gens, les fréquences cardiaques représentent un guide universel et absolu qu’il faut suivre à la lettre et accepter comme certitude inconditionnelle toute information dérivée qui en découle (comme les calories). Ce qui donne lieu à des phénomènes inexpliqués, plus particulièrement au niveau de la dépense énergétique et des fameuses calories issues de la mesure des fréquences cardiaques.

Malheureusement, les cardiofréquencemètres sont désormais plus souvent utilisés pour déterminer les calories que pour observer les fréquences cardiaques. Et, comme il s’agit de technologie, les valeurs doivent forcément être valides et précises. Et pourtant, si la mesure des fréquences cardiaques est valide et précise, on ne peut pas en dire autant de la dépense énergétique. Il est important de comprendre que les appareils ne mesurent pas la dépense énergétique, ils n’en font qu’un estimé à l’aide d’algorithmes plus ou moins sophistiqués. Dans certains cas, on fonctionne à partir du battement pour déterminer une valeur de calorie, dans d’autres cas on utilise le % des fréquences cardiaques maximales pour obtenir la dépense énergétique. Dans tous les cas, il s’agit d’une mesure dérivée qui est sujette à plusieurs sources d’erreur. La plus importante est sans aucun doute le fait que les fréquences cardiaques peuvent être influencées par de nombreux facteurs autres que la dépense énergétique. Par exemple, l’utilisation des fréquences cardiaques pour déterminer la dépense énergétique en musculation peut difficilement fournir des données valides, car les fréquences cardiaques représentent très mal la relation entre l’effort et la dépense énergétique. Elles sont davantage influencées par la résistance périphérique accrue lorsque les muscles contractent que de la dépense énergétique. Donc, si vous utilisez les fréquences cardiaques en musculation, oubliez les kcal. Et pour le cardio? Voyons voir…

Le tableau 1 présente les valeurs simulées de deux jumeaux identiques en tous points sauf pour leur condition physique, lors d’un test progressif. Le premier présente une capacité aérobie impressionnante de 70 mL* kg-1*min-1 alors que le second démontre des valeurs plus sédentaires (35 mL* kg-1*min-1). Chacun d’eux se soumet à un effort progressif par paliers sur un tapis roulant. J’ai simulé une augmentation progressive de l’intensité où les fréquences cardiaques augmentent de façons similaires pour chacun d’eux. Vous pouvez constater que même si les fréquences cardiaques sont identiques, étant donné leur niveau de forme différent, l’intensité absolue du travail réalisé n’est pas la même. Pour le premier, nous observons une vitesse initiale de 14 km/h et une vitesse finale de 21 km/h alors que pour le second nous avons une vitesse initiale de 6.5 km/h et une vitesse finale de 10 km/h.

 

Tableau 1
Tableau 1

La dépense énergétique, dans le cas présent, est influencée par le travail réalisé qui se matérialise par le déplacement du poids sur une distance. Comme nos jumeaux sont identiques (donc même poids pour ceux et celles qui ne suivent pas) sauf pour leur capacité aérobie, le premier pourra déplacer son poids sur une plus grande distance pour une même durée (la vitesse plus élevée) que son frère empoté (moins vite donc, moins loin pour la même durée). Comme les fréquences cardiaques sont identiques, comment le cardiofréquencemètre pourra-t-il faire la différence? Les valeurs de kcal seront les mêmes pour nos deux participants alors que nous avons des écarts considérables entre la dépense énergétique des deux frérots (comparez les kcal/min sur le tableau).

Certains diront que leur modèle de cardiofréquence permet d’entrer le niveau de forme (sédentaire, en forme, athlète, etc.). Cependant, cette classification arbitraire ne peut pas permettre d’ajouter une énorme précision au calcul de la dépense énergétique de par sa nature beaucoup trop vague (difficile d’entrer « sédentaire » dans un calcul de bioénergétique sans induire une grande variation). D’autres affirmeront que leur modèle permet de calculer la capacité aérobie à l’aide d’un savant calcul issu d’une mesure de l’activité cardiaque au repos. Encore une fois, nous observons une grande variabilité dans la détermination de la capacité aérobie, ce qui rend hasardeux sont utilisation dans les calculs pour déterminer la dépense énergétique (de plus, les cardiofréquencemètres que j’ai testés ne semblaient pas du tout tenir compte de ce test pour déterminer la dépense énergétique à l’effort).

D’autres utilisent leur cardiofréquencemètre pour déterminer leur dépense énergétique sur une journée entière. L’idée est à la base brillante, mais malheureusement le résultat est très souvent désastreux. La plupart des manufacturiers de cardiofréquencemètres considèrent qu’il existe une relation linéaire entre les fréquences cardiaques, la consommation d’oxygène et la dépense énergétique. Si cette relation existe lors d’efforts de nature aérobie (cardio) d’une intensité suffisante, elle est totalement absente ou diffuse lors d’activités du quotidien où l’intensité est moindre. Les fréquences cardiaques au quotidien vont fluctuer en fonction de l’humeur, du stress, de la température, etc. Vous pouvez être à 100 battements par minutes parce que vous montez des marches d’escalier au travail ou bien lorsque vous attendez assis dans la salle d’attente du dentiste. Les deux activités démontrent des fréquences cardiaques similaires, mais des dépenses énergétiques totalement différentes. Je m’étais amusé à comparer des valeurs de dépense énergétique provenant d’une Polar AXN700 avec celles issues d’un accéléromètre validé et la différence était monstrueuse (près de 1000 kcal de surestimation pour la Polar pour une période de 24 h).

La morale de cette histoire? Arrêtez d’utiliser vos cardiofréquencemètre pour autre chose que ce qu’ils sont censés faire : mesurer les fréquences cardiaques.

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