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Galilée vs Arnold ou la science contre le terrain

Je me trouve souvent confronté d’une part à des confrères scientifiques qui ne jurent que par l’expérimentation scientifique et les publications qui en découlent et d’autre part, à des confrères entraîneurs de terrain qui ne jurent que par l’expérience et la pratique. Très souvent, leurs positions respectives face à certains concepts en entraînement, nutrition ou physiologie semblent diamétralement opposées. Je ne me considère pas réellement dans un camp, parce que je ne crois pas que la création de clans nous permette de progresser. En fait, je crois que tous commettent les mêmes erreurs et que nous sommes toujours face à l’inévitable erreur. Et, ce n’est pas cette erreur qui me dérange, bien au contraire. Ce qui me perturbe, c’est la division que les gens font entre la science et la pratique alors qu’il s’agit de la même chose. Ce qui me choque, c’est quand certains individus (dans les 2 camps) dénigrent avec dédain et mépris le camp opposé afin de glorifier leur position.

Tout cela, c’est encore pire lorsque la finalité se résume à faire un maximum de profit.

Les gens de terrain vont reprocher à la science de ne pas être en contact avec la réalité (si on ne fait pas, on ne peut pas connaître) alors que les scientifiques vont sévèrement critiquer les gens de terrain pour leur manque de rigueur et de méthode. En somme, les scientifiques croient aveuglément leurs chiffres et les gens de terrain ne croient que ce qu’ils voient au quotidien. Cet ensemble de comportements est précisément la source du problème…

Il est vrai que certains scientifiques emploient des méthodes douteuses et utilisent maladroitement certaines méthodologies ce qui les mènent parfois à des résultats farfelus qu’ils tentent de justifier derrière la grande muraille de la science. Personnellement, j’ai côtoyé certains chercheurs de ce genre et la course folle vers les publications scientifiques à tout prix les mène souvent dans une spirale d’erreurs motivées par leur égo assoiffé. J’ai déjà vu des publications scientifiques avec des données aberrantes être publiées et même entendre leurs auteurs maladroitement justifier des chiffres pratiquement impossibles (de valeurs de capacité aérobie sous la barre de 10 mL*kg-1*min-1 chez une personne pouvant marcher à plus de 8 km/h sur un tapis roulant sans difficulté). Il est également vrai que les études ne sont pas garantes de vérités irréfutables, elles sont porteuses de savoir devant être disséqué, analysé et compris par le lecteur (cela implique de lire plus que le titre de la publication).

Il est vrai que certains gens de terrain utilisent des chiffres provenant d’estimation rapportée d’études de cas menées sur quelques clients ici et là sans méthodologie et sans rigueur. On lance souvent des pourcentages (un peu à la manière des scientifiques) qui les avantagent. Mes clients ont 30 % plus de succès lorsqu’ils font ceci ou cela, etc. Cependant, on ne fournit aucune information sur les caractéristiques des participants, le contexte, les variables mesurées et comment elles l’ont été. Par exemple, si j’affirme que mes clients obtiennent 30 % plus de résultats lorsqu’ils s’entraînement en microcircuit, je fais référence à quoi? Plus de chance d’atteindre leur objectif? Plus de chance d’augmenter leur force? Leur capacité aérobie? De perdre du poids? Supposons un instant qu’il s’agisse d’une perte de poids plus importante de 30 % lors d’entraînement en microcircuit. Est-ce que je peux affirmer qu’il s’agit uniquement d’un effet causé par le type d’entraînement? Ai-je contrôlé pour des facteurs pouvant influencer le chiffre du 30 %? Ai-je mesuré les composantes de la dépense énergétique (apports vs dépense énergétique), comment ai-je mesuré la composition corporelle? Quelle est la marge d’erreur? Quelles étaient les caractéristiques des participants? Obèses, anorexiques, sportifs, sédentaires, jeunes, âgés? Est-ce que des analyses statistiques ont été complétées? Ce sont tous des éléments qui peuvent altérer l’impact du 30 % et surtout, la possibilité de généraliser ce taux de succès à un échantillon plus large. Bref, ce n’est pas parce que 3 de mes clients perdent 30 % plus de poids suite à une de mes interventions versus 3 autres de mes clients qui n’ont pas suivi la même intervention qu’il existe une différence dans les interventions. Il faut creuser plus et c’est trop souvent ce qui manque aux gens de terrain, approfondir la démarche. Il faut surtout informer les gens du nombre de participants, de leurs caractéristiques (les résultats obtenus sur des pygmées de la Nouvelle-Zélande n’impliquent pas que les résultats seront applicables à des Nord-Américains…) et de la méthodologie plutôt que de donner de l’information à la manière infopub…

En fait, la science fait foi de tout. Cependant, la science dépend de la capacité de ses utilisateurs (les « scientifiques ») à mesurer et à analyser les résultats obtenus. La science ne se trompe pas, les scientifiques se trompent. Cependant, même si les scientifiques ne sont pas parfaits, le recours à des méthodes scientifiques permet de structurer la progression du savoir et surtout, d’identifier les erreurs éventuelles. Une approche scientifique ne permet pas de trouver avec certitude la vérité, elle permet d’identifier les erreurs et, par un long processus d’essai erreur, de trouver des solutions et se rapprocher de la vérité. C’est un début, jamais une finalité.

Cependant, il est important que la science puise ses questions dans les racines mêmes du terrain et de la pratique. Les réponses que la science peut procurer ne peuvent provenir que des questions de la pratique et les applications de cette science doivent constamment nourrir la pratique.

Trop souvent, la pratique se nourrit davantage de mythes et de croyances et se refuse à mesurer (ou mesure mal) en dénigrant l’utilité de toute quantification. Ça marche parce que j’ai vu que ça marche et nul besoin de mesurer pourquoi. On trouvera une raison pour justifier l’effet après… On a alors recours à des méthodes douteuses en faisant un abus de généralités. Par exemple, on effectue des diagnostics à l’aide de symptômes généraux qui peuvent être associés à une multitude de facteurs. Par exemple, on utilise la fatigue, les troubles du sommeil, les troubles digestifs et j’en passe pour justifier une panoplie de condition sans valider. Vous êtes fatigués? Vous souffrez de surentraînement. Non, vous souffrez d’intolérance au lactose. Non, vous souffrez d’un déséquilibre hormonal. Pourtant, il peut être tout à fait normal d’être fatigué suite à une journée de travail ou un entraînement. Pour utiliser la fatigue, il faut la quantifier, la mesurer par différentes méthodes afin d’avoir une mesure quantifiable et surtout mesurable à nouveau après une intervention. Il faut aussi explorer d’autres éléments afin de valider notre hypothèse qui pourrait motiver une fatigue anormale.

Arrêtons de dénigrer la science et soyons plus critiques du travail des scientifiques. Je ne peux que sourciller quand j’entends un adepte du terrain jubiler d’avoir fait mentir une étude scientifique par les résultats obtenus par ses clients sans toutefois présenter de méthodologie, d’analyse ou autres éléments pouvant nous permettre de mieux comprendre son approche et ses résultats. Je ne peux que sourciller de l’autre sourcil lorsque je lis des publications scientifiques mal structurées, des résultats erronés qui ne sont pas remis en question et des projets de recherche bidon ne servant qu’à financer des rénovations de laboratoire. Il est grand temps que l’on soit plus critique des informations qui nous sont fournies et que nous arrêtions de concevoir la réalité de l’entraînement et de la nutrition en deux silos distincts comme il est de mise aujourd’hui.

Personnellement, je suis fatigué de cette guerre entre la théorie et la pratique et surtout du qui a tort et qui a raison. Surtout quand nous avons presque toujours tort…

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