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Glutamine: on achète ou on achète pas ?

Glutamine suppléments sportifs

La glutamine est un supplément nutritionnel qui fut extrêmement populaire au début des années 2000, mais qui s’est par la suite marginalisé. Dernièrement, on assiste à un regain de popularité de cet acide aminé. Est-ce justifié ou non ?

La glutamine est un acide aminé non essentiel qui est le plus abondant dans le corps humain. On lui prête des vertus au niveau de la prévention de la dégradation musculaire, de la stimulation du système immunitaire, de l’amélioration de la santé digestive et même parfois des propriétés anti-cancéreuses.

Quand est-il réellement ? Est-ce un supplément qui vaut la peine d’être consommé ? Qu’est-ce que la science nous dit à ce sujet ?

La glutamine est très abondante dans le muscle où elle est synthétisée en grande quantité. Une des fonctions les plus importante de la glutamine est sans aucun doute son rôle dans le transport de l’azote dans l’organisme. Il découle de cette fonction un rôle relativement secondaire dans la synthèse des protéines musculaire. La glutamine joue également un rôle dans la production/gestion de l’ammoniac et est un carburant important pour le petit intestin (20-30% de la glutamine en circulation est extraite par cet organe), certaines cellules des reins ainsi que des composantes du système immunitaire. Les concentrations de glutamine en circulation et à l’intérieur des tissus diminuent de façon importante en présence de traumas importants.

De nombreuses études se sont penchées sur l’impact de la supplémentation en glutamine chez des patients souffrant de traumas importants. On remarque un taux de survie légèrement plus élevé associé à un taux d’infection post opératoire plus faible.

Toutefois, l’extrapolation de ces bienfaits à l’entraînement semble moins solide, du moins à travers la littérature scientifique…

L’entraînement intense induisant un dommage musculaire important réduit de façon transitoire l’excrétion de glutamine par le muscle et/ou réduit la consommation de cette dernière par les autres organes et par le système immunitaire. On remarque également que les efforts prolongés de type endurance tendent également à réduire la disponibilité de la glutamine. La combinaison d’un entraînement volumineux et d’intensité modérée à élevée entraîne les plus grandes perturbations au niveau des concentrations de glutamine. En état de fatigue prolongée ou de surentraînement, on observe des concentrations circulantes de glutamine plus basses qu’à la normale. Selon certains, cette diminution en glutamine circulante pourrait être associée à une réduction des fonctions immunitaires et placer les individus en surentraînement plus à risque d’infections. Cependant, à ce jour je n’ai pas trouvé d’étude démontrant un lien causal en des niveaux plus faibles de glutamine et l’incidence d’infections chez les athlètes.

La supplémentation en glutamine chez les gens actifs ou chez les athlètes ne semble pas être profitable pour stimuler le système immunitaire, contrairement à ce qu’on peut constater chez les personnes souffrant de traumas importants. On observe des résultats similaires au niveau de la santé du système digestif, les individus ayant un apport en protéines adéquat et ne souffrant pas de trauma, ne semblent pas bénéficier outre mesure d’une supplémentation en glutamine.

Au niveau de l’augmentation de la masse musculaire, la glutamine seule ne semble pas offrir d’avantage notable, ne stimulant pas particulièrement la synthèse des protéines, du moins pas en quantité suffisante pour promouvoir l’augmentation de la masse musculaire.
Là où les choses changent, c’est au niveau des capacités d’entreposage des réserves énergétiques de glucides. La consommation conjointe de glutamine et de glucides suite à un effort réduisant les réserves de glycogène (i.e : du cardio par exemple) pourrait prolonger un rythme soutenu de renouvellement du glycogène pendant la deuxième heure suivant l’arrêt de l’activité (la première heure étant très active pour le renouvellement du glycogène et par la suite le rythme diminue). Cependant, malgré le rythme plus important lors de la deuxième heure, les réserves musculaires en glucides ne semblent pas être plus importantes que lorsqu’une boisson glucosée seule est consommée. Cependant, dans l’éventualité où il est impossible pour un athlète de consommer suffisamment de glucides pendant la première heure post effort, l’ajout de glutamine à une boisson glucosée pourrait permettre en quelque sorte de rattraper le temps perdu et de compenser pour la consommation initiale insuffisante. Bien que les réserves musculaires en glycogène ne soient pas plus importantes lors de la consommation d’une boisson glucosée avec de la glutamine que lors de l’ingestion d’une boisson glucosée seule, on remarque une augmentation de la quantité totale de glucides retenus. Cette augmentation pourrait se traduire par un entreposage plus important du glycogène dans d’autres organes que le muscle, le foie étant le candidat le plus probable. Bien que limitées, ces réserves peuvent néanmoins être utiles.
Dernier élément intéressant, l’ingestion de glutamine semblent favoriser une augmentation du volume cellulaire via une augmentation du fluide intracellulaire. Cette augmentation pourrait favoriser l’incorporation des glucides et des acides aminés à l’intérieur de la cellule et potentiellement contourner certains facteurs limitants, plus particulièrement au niveau de l’hypertrophie musculaire. Cependant, cette fonction serait tout au plus marginale.

Alors on supplémente en glutamine ?

Si vous avez des apports quotidiens diversifiés et adéquats en protéines et que vous ne souffrez pas de traumas importants, vous pouvez vous en passer, vous en avez suffisamment dans votre alimentation et vous en synthétisez amplement.

Si vous souffrez de traumas importants, il pourrait être intéressant de supplémenter vos apports nutritionnels du moment en glutamine.
Si vous êtes un athlète d’endurance et que vous doutez de la quantité de glucides que vous consommez suite à un effort, vous pouvez toujours ajouter de la glutamine à votre boisson glucosée de récupération, sait-on jamais, vos réserves de glycogène en bénéficieront peut-être.

Références

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