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Hominicide

Le 22 avril, c’est la journée de la Terre, jour où l’on invite à manifester afin de revoir notre utilisation des ressources naturelles de notre très chère planète. On ne peut être contre la vertu et je pense que les intentions d’une telle initiative sont très nobles. Oui, il est bien de s’inquiéter de l’avenir de notre planète, mais il serait encore mieux de s’inquiéter de notre propre sort et non de celui de Dame Nature. Et si c’était une bonne chose d’épuiser nos réserves naturelles?

La planète va poursuivre son orbite, que nous exploitions ou non ses ressources. Notre mode de vie n’est pas un problème pour la planète, mais bien pour nous. Si la planète va continuer de gambader parmi les étoiles, il est fort possible que ce soit sans nous. Depuis la tendre enfance de l’humanité, nous avons été menés par la nécessité et non par quelconque motivation altruiste ou environnementale. Nos ancêtres ont évolué parce qu’ils n’avaient pas le choix, nos adaptations étant forcées par notre étroite relation avec notre environnement.

Aujourd’hui, nous semblons oublier cette réalité d’évolution par nécessité. Prenons par exemple l’évolution de l’activité physique. Tout au long de notre histoire, la majorité de l’activité physique que nous avons pratiquée l’était pour assurer notre survie, principalement pour nous nourrir et nous reproduire. Il y avait peu de place pour les activités de loisirs. À l’époque, nous étions proportionnellement plus musclés et moins gras, plus forts, plus agiles et nous bénéficions d’une meilleure capacité aérobie relative. Pourquoi? Non pas parce que nous souhaitions ressembler à la page couverture du Oxygen ou du Men’s Health, mais bien parce que notre relation avec notre environnement nous imposait le développement de ces qualités physiologiques.

Aujourd’hui, nous faisons le pari que nous allons être en mesure de compenser la diminution de l’activité physique obligatoire (survie, reproduction, etc.) par une augmentation de l’activité physique volontaire (activités pratiquées dans le seul but d’améliorer notre santé/condition physique). Je ne parierai pas sur l’espèce humaine. Pourquoi? Parce que c’est contre nature, parce que nous n’avons pas une conscience suffisamment développée pour chercher à nous améliorer de notre propre désir sans que nous y soyons contraints et que nous savons nous adapter uniquement lorsque nous sommes confrontés à l’adversité la plus adverse.

Pour vous donner une idée, voici quelques données assez intéressantes sur l’évolution de notre niveau d’activité physique. On estime que la dépense énergétique associée à l’activité physique des hommes des cavernes (et des femmes des cavernes aussi…) était d’environ 1240 kcal par jour comparativement à 555 kcal par jour pour l’être humain d’aujourd’hui. À l’opposé, les apports nutritionnels de nos lointains ancêtres (pas si longtemps dans certains cas) se chiffraient approximativement à 2900 kcal par jour alors que nous consommons environ 2030 kcal par jour. Nous pouvons calculer un ratio d’efficacité de subsistance en divisant les apports nutritionnels par l’activité physique ce qui nous donne une valeur de ~2.3 pour nos ancêtres et de 3.7 pour nous. L’amélioration de ce ratio est directement associée à notre longévité accrue et certains avancent même, à notre intellect supérieur. Cependant, plus n’est pas toujours synonyme de mieux. Il est fort probable qu’il y ait une valeur où l’augmentation de ce ratio commence à être problématique. Comme nous ne dépendons plus de l’activité physique pour assurer notre survie au quotidien et que la quête de nourriture n’est plus une démarche coûteuse en matière d’énergie, il nous est plus facile d’entreposer de grandes quantités de calories (en entrepôts et en entrepeau…). La nécessité de l’activité physique pour survivre n’est plus et notre composition corporelle en est le reflet immédiat.

Le résultat est simplement que la majorité de la population subit une diminution marquée de son niveau d’activité physique et une augmentation tout aussi marquée de son niveau d’adiposité. Malgré tous les efforts déployés afin de promouvoir l’activité physique, force est d’admettre que les résultats sont peu éloquents. Ce n’est pas surprenant, jamais de toute notre histoire n’avons-nous, en tant que société, pratiqués de l’activité physique pour améliorer notre santé. Nous ne savons pratiquer collectivement de l’activité physique que lorsque nous y sommes contraints. De plus, il est fort peu probable que nous soyons en mesure de contrebalancer la diminution de l’activité physique obligatoire causée par l’urbanisation et la mécanisation par la simple pratique d’activités physiques volontaires. Pessimiste? Peut-être.

Je dirais plutôt que d’être pessimiste, je cherche des solutions en fouillant dans notre histoire afin de tenter de trouver une solution efficace et viable. Pour l’instant, j’en arrive à la conclusion que nous allons soit devoir rationaliser les apports nutritionnels (peu probable) soit forcer la pratique d’activités physiques au quotidien. Il faut réduire l’aspect volontaire de l’activité physique et mettre l’emphase sur l’augmentation de l’activité physique obligatoire, par exemple, en réduisant l’accès aux ascenseurs et en facilitant l’accès aux escaliers. Il faut revoir notre mode de penser qui cherche constamment à réduire notre activité physique au quotidien et tenter de renverser la vapeur. Pourquoi ne pas obliger les gens à stationner leur voiture plus loin? Pourquoi ne pas obliger la marche sur l’heure du midi? Pourquoi ne pas obliger l’activité physique?

Parce que les gens crieraient au scandale, monteraient aux barricades en clamant que leur liberté est brimée. La liberté a ses limites, surtout lorsque son expression tue. Le suicide est un crime, il est illégal de s’enlever la vie. Il faudrait commencer à réfléchir sur l’hominicide que nous sommes progressivement en train de commettre. Voilà pourquoi, je crois que Dame Nature va devoir venir à notre rescousse. L’exploitation abusive de nos ressources risque de perturber notre mode de vie à un point tel que nous risquons de devoir augmenter notre niveau d’activité physique obligatoire tout en observant une réduction de la disponibilité nutritionnelle. Est-ce que je souhaite ce scénario? Bien sûr que non. Mais, une chance que nous faisons une marche le 22 avril et non un sit-in…

Références

 1.            Eaton SB, Strassman BI, Nesse RM, et al. Evolutionary health promotion. Preventive medicine. Feb 2002;34(2):109-118.

2.            Eaton SB, Cordain L, Lindeberg S. Evolutionary health promotion: a consideration of common counterarguments. Preventive medicine. Feb 2002;34(2):119-123.

3.            Eaton SB. An evolutionary perspective on human physical activity: implications for health. Comparative biochemistry and physiology. Part A, Molecular & integrative physiology. Sep 2003;136(1):153-159.

4.            Cordain L, Gotshall RW, Eaton SB, Eaton SB, 3rd. Physical activity, energy expenditure and fitness: an evolutionary perspective. International journal of sports medicine. Jul 1998;19(5):328-335.

5.            Kaplan H, Hill K, Lancaster J, Hurtado AM. A theory of human life history evolution: Diet, intelligence, and longevity. Evolutionary Anthropology: Issues, News, and Reviews. 2000;9(4):156-185.

 

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