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Hors propos à propos de l’intimidation

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Image provenant de:http://blog.athos99.com/fleurs-en-noir-et-blanc/

Je me suis senti interpellé par les derniers événements touchant l’intimidation chez les jeunes. Ce phénomène ne date pas d’hier et pendant une grande partie de ma jeunesse, j’ai été touché par l’intimidation.

Si mes souvenirs sont exacts, mes premières expériences d’intimidation ont commencé à la fin de l’école primaire et se sont poursuivies tout au long du secondaire pour heureusement, s’étouffer à l’entrée du CEGEP. Environ 7 années d’intimidation, ça ne s’oublie pas facilement.

Cette période de 7 ans a surtout été remplie par de l’intimidation verbale allant de la simple moquerie sur la tenue vestimentaire à l’insulte personnelle basée sur des caractéristiques physiques. En y repensant bien, plusieurs de ces insultes devaient naître d’une spontanéité sournoise et portaient la marque de la pensée irréfléchie dont peuvent parfois faire preuve les adolescents. Je ne pense pas que ces paroles provenaient du mal, je pense qu’elles devaient prendre naissance d’un besoin d’être accepté et surtout, d’un besoin de se dissocier de ce qui n’était pas la norme acceptable (pour les jeunes, lire « cool »). Plus l’insulte suscite une réaction, cause une douleur, plus l’intimidateur réussit momentanément à s’éloigner de ce que représente l’intimidé. Lorsque la différence s’estompe entre les deux, le cycle d’insulte doit recommencer afin de s’assurer que la frontière entre la norme « cool » et la norme « reject » reste bien visible.

Plus l’intimidé souffre, plus l’intimidateur se voit offrir l’opportunité de montrer sa supériorité du moment. Un peu comme dans le sport lorsqu’une équipe est complètement déclassée par une autre. Habituellement, on assiste à deux comportements d’équipe, 1) l’équipe dominante lève le pied et tombe en mode défensif par respect pour un opposant ayant courbé l’échine ou 2) l’équipe dominante tente de broyer l’échine de ses opposants. Le premier scénario envoie un message d’une puissance étonnante démontrant une pleine maîtrise du pouvoir : nous avons le pouvoir de dominer, mais nous choisissons de vous laisser l’opportunité de sauver la face. Le second démontre une soif de pouvoir qui ne peut être maîtrisée : nous en voulons toujours plus, car nous devons être toujours plus.

Je suis loin d’être psychologue ou un quelconque spécialiste de l’âme humaine, mais je crois sincèrement que la graine de l’intimidation prend racine dans le pot de l’égoïsme. L’enfant roi qui souhaite avoir toute l’attention qui arrive à court de moyens pour y parvenir, subira inévitablement les pressions d’intimider son prochain. Je pense sincèrement que l’intimidateur subit des pressions pour intimider, des pressions prenant presque assurément naissance dans sa propre fragilité.

La vie de l’intimidé n’est pas rose, j’ai eu l’occasion de la constater aux premières lignes pendant mes 7 années d’intimidation. Le sentiment de rage faisant progressivement place à un sentiment d’impuissance puis de désespoir. Les simples paroles moqueuses se métamorphosant progressivement en vicieuses lames à double tranchant, sabrant les dernières fibres de l’âme. Chaque insulte atteint la cible, chaque parole cause un impact sur la personnalité de l’intimidé.

C’est dans ces moments difficiles que je me raccroche à une citation de Nietzche : Ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Je n’ai pas le choix d’y croire, sinon, la réalité serait trop difficile à vivre. Il faut que survivre à l’intimidation nous permette de devenir meilleurs, plus forts, plus compatissants, plus aimants. Il le faut si nous souhaitons progresser vers une société qui se respecte.

Un peu comme le corps humain suite à un entraînement intense où ses structures ont été durement endommagées par les efforts, la récupération nous permet de développer de meilleures habiletés et de devenir encore plus performants. C’est lorsque l’entraînement est trop intense ou que la récupération est inadéquate que les blessures surviennent. C’est probablement ce qui s’est passé pour la petite Marjorie.

J’ai quitté le monde de l’intimidation à mon entrée au CEGEP. Je ne sais pas pourquoi tout a cessé à ce moment. Je ne sais pas quel changement s’est opéré en moi afin que tout cesse. Ce que je sais, c’est que je n’ai plus intimidé personne après ces 7 années où j’ai verbalement torturé autrui. J’allais écrire « torturé plus faible que moi », mais ceci aurait été une grave erreur de ma part, car en fait, c’était moi le faible. Comme maigre réconfort à Véronique, Chantale, Nathalie, Marc-André, Vincent, Martin et les autres dont le nom m’échappe, sachez qu’un de mes plus grands regrets est de ne pas avoir gardé contact avec vous pour pouvoir demander pardon. J’espère que la citation de Nietzche s’avère vraie dans votre cas.

Je ne m’adresserai pas aux victimes d’intimidation, car vous aurez amplement de support pour les prochains jours. Je choisis plutôt de m’adresser aux intimidateurs et de vous servir un avertissement en toute connaissance de cause : Soyez vraiment les plus forts et cessez votre vaine tentative pour obtenir de l’attention. L’attention ne s’obtient pas, elle se mérite en travaillant sur soi et en aimant autrui. Sinon, la souffrance sera vôtre dans quelques années.

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