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Mon programme est trop facile…

Comment évaluer l’efficacité d’un programme d’entraînement (ou même d’un cours de groupe)? Facile, si c’est difficile, c’est bon. Si le programme est trop facile, il n’est forcément pas bon. Comment expliquer que des athlètes de niveau national qui changent régulièrement de couleur, perdent le son et l’image suite à un entraînement alors que des personnes adeptes du conditionnement physique trouvent les mêmes entraînements trop faciles. De façon étrange, les individus qui trouvent les programmes difficiles (peu importe le programme) sont ceux qui obtiennent généralement le plus de résultats alors que les autres vagabondent vers un autre programme sans succès.

L’aspect commercial de l’entraînement dicte aux entraîneurs de chercher à satisfaire leur clientèle. Pour connaître du succès, il faut que l’entraîneur fasse des programmes difficiles sinon il ou elle risque de perdre progressivement sa clientèle (ou bien de ne jamais la développer). Le problème dans tout ça, c’est que l’entraînement ce n’est pas comme un service de restauration. Un grand chef se soucie de l’appréciation de ses plats, il ne s’inquiète pas du taux de cholestérol sanguin de ses clients ni de leur toujours croissant tour de taille.

En entraînement, l’appréciation du client doit passer par l’atteinte intelligente des résultats. Malheureusement, contrairement au cuistot, pour réussir notre plat, nous devons être investis tout autant que le client (ce qui risquerait de faire fermer plusieurs restaurants si les clients devaient cuisiner aussi). La tendance actuelle est bien loin de ce partenariat entraîneur-entraîné. Le client attend que la difficulté provienne du programme ou du cours : « Donne-moi quelque chose de difficile… »

Euh… non!

Je me contenterai de donner quelque chose de juste, d’approprié et d’intelligent. La partie difficile n’est pas réellement de mon ressort. Par exemple, il m’arrive régulièrement de concevoir des entraînements « de base » que je donne avec plaisir à mes athlètes afin de mesurer leur niveau de motivation et surtout, leur capacité à générer un effort. Si elles ont besoin de leur carte d’assurance maladie pour compléter les séances, je sais qu’elles sont sur la bonne voie. À l’opposé, si elles se plaignent de la simplicité et de la facilité des entraînements, je peux conclure qu’elles se déresponsabilisent de leur entraînement. Bref, elles attendent après l’entraînement pour avoir des résultats et ça, c’est désastreux.

Ne s’agit-il pas d’un concept étrange? La difficulté d’un entraînement dépendrait plus de l’individu que du programme!

Bien sûr, il existe certains paramètres, certains seuils à respecter afin d’être en mesure de pleinement canaliser ses efforts vers une réussite. Par exemple, afin de maximiser les gains en force on rapporte qu’il peut être intéressant pour des individus sédentaires de s’entraîner 3 fois par semaine à 60 % de leur 1RM et de compléter un maximum de 4 séries par groupe musculaire important. Pour des individus plus entraînés, on peut augmenter l’intensité à 80-85 % du 1RM et augmenter le volume jusqu’à 8 séries par groupe musculaire important. Ce qui importe, c’est de jumeler adéquatement l’intensité et le volume. Par exemple, il faut exécuter un maximum de répétitions au % du RM indiqué ce qui, dans toutes les éventualités, ne peut pas être facile.

Il arrive parfois que certaines personnes se valorisent de trouver des entraînements faciles, ce qui pour elles, signifient qu’elles sont en formes. Il s’agit alors d’une forme de statut social valorisant permettant d’afficher sa supériorité à travers une condition physique exceptionnelle. En réalité, plus on est en bonne condition physique, plus les entraînements sont difficiles non pas par leur nature, mais bien par la capacité de l’individu à déployer des efforts.

Selon moi, un cours pour débutant ou un programme pour débutant n’est pas facile ou difficile, il est fonction des capacités des participants. Généralement, le niveau de difficulté d’un cours ou d’un programme devrait être établi en fonction de la complexité (aspect technique des mouvements, nombre d’articulations mobilisées lors des exercices, etc.) et non de l’effort.

Certains argumenteront qu’il est possible de concevoir des entraînements très souffrants, pénibles que seuls de vrais athlètes peuvent endurer. Et c’est vrai. Il est possible de concevoir de purs produits de tortures dont la configuration donne des allures d’échauffement au chemin de croix du Christ. Cependant, il sera toujours possible pour un participant de « lever le pied » et de se la couler douce discrètement. Il faut également se questionner sur a pertinence d’une telle conception, car la souffrance n’est pas toujours gage de progression et d’amélioration.

Non, ce n’est pas parce que c’est difficile que vous allez progresser plus vite.

Non, si vous trouvez votre entraînement facile, ce n’est pas que vous êtes nécessairement en forme.

La beauté de l’entraînement, c’est de canaliser les efforts vers une progression optimale et non pas de lancer les participants dans un derby de démolition.

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