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Les calories négatives, c’est possible?

Il s’agit d’un autre concept qui refait surface (je suppose, parce qu’on m’a posé plusieurs questions sur le sujet récemment). Qu’est-ce que le concept de calories négatives? Il s’agit tout simplement d’un coût de digestion supérieur à la valeur calorique d’un aliment. Le seul fait de manger cet aliment créer un déficit énergétique qui favorise la perte de poids. En théorie, si nous nous alimentions uniquement de ce type d’aliments, la perte de poids serait fulgurante. Alors, pourquoi nous avoir caché ce merveilleux concept? Je me le demande bien. Quels sont ces aliments que j’aille dévaliser l’épicerie du coin? Allons-y voir un peu plus en détail…

Lorsqu’il est question de coût énergétique associé à la digestion, on fait référence à la thermogenèse alimentaire. Ce compartiment de la dépense énergétique quotidienne comprend l’ensemble des mécanismes et processus qui consomment de l’énergie en lien avec l’ingestion, la digestion et l’entreposage des nutriments (de la mastication à la…, vous voyez où ça mène). La thermogenèse alimentaire est principalement influencée par la nature des macronutriments ingérés (glucides, lipides, protéines), leurs quantités, l’exercice, le stress psychologique, la grossesse, la température et enfin, l’âge.

De tous les macronutriments, les protéines sont les plus coûteuses à digérer (d’un point de vue énergétique) avec ~30 % de l’énergie ingérée dissipée à travers différents processus métaboliques, suivis par les glucides (~8 %) et finalement les lipides (~4 %). Il s’agit de valeurs approximatives, car la quantité de calories ingérées face aux besoins influence l’efficacité de la digestion. Par exemple, lorsque les apports énergétiques sont insuffisants, l’efficacité de la digestion augmente et le coût de la digestion diminue (protéines à 23 %, glucides à 6 %, lipides à 2 %) alors que lorsque les apports excèdent les besoins, l’efficacité diminue et le coût de la digestion augmente (protéines à 36 %, glucides à 22 %, lipides à 15 %).

Maintenant, est-il possible qu’un aliment nous fasse perdre des calories de façon suffisante à ce que sa valeur énergétique se solde par un bilan négatif? La plupart du temps, on identifie des aliments très spécifiques comme le céleri, le chou, le citron, l’ananas, et j’en passe comme aliments à calories négatives. Le tableau 1 présente la composition et la valeur énergétique de certains de ces aliments ainsi que le coût réel de leur digestion.

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Tableau 1: Composition et valeur énergétique de certains aliments et le coût énergétique de leur digestion **** Malheureusement, je n’arrive plus à trouver la source de cette référence, désolé****

La digestion de 85 g de céleri coûte approximativement 0.5 kcal alors que l’aliment en procure environ 14. Les 140 g d’ananas fourniront à l’organisme quelque 70 kcal et il en coûtera 1.6 kcal pour digérer le fruit. Si vous mangez uniquement du chou, le poids que vous perdrez risque plus de provenir de complications gastro-intestinales que d’une perte de gras causée par un déséquilibre énergétique. Certains vont mentionner que la présence de fibres vient changer la donne. Et ce n’est pas faux. Scalfi et ses collègues1 ont remarqué que la thermogenèse alimentaire était plus faible en présence d’une alimentation RICHE en fibres (4.5 %) que d’une alimentation FAIBLE en fibre (6.9 %). Bref, oui les fibres y changent quelque chose, mais pas dans un sens qui favorise le mythe des calories négatives. En réalité, la seule façon de réussir à créer un déficit énergétique en mangeant ces aliments, c’est de les consommer en marchant d’un bon pas. Pour me convaincre du contraire, il faudra argumenter avec des mesures de calorimétrie indirecte respiratoire et des traceurs métaboliques.

Pourquoi ce mythe n’est pas si mauvais?

Parce qu’habituellement, les aliments suggérés sont des légumes à faible densité énergétique et riches en micronutriments (vitamines et minéraux). Personnellement, je ne vois pas d’inconvénient majeur à ce qu’une personne désireuse de perdre du poids augmente sa consommation de légumes.

Pourquoi ce mythe n’est pas si bon?

Premièrement, parce qu’il est faut et qu’il ne respecte pas des principes de thermodynamique. On vous fait croire qu’en mangeant ces aliments vous allez perdre du poids parce qu’ils coûtent plus chers à digérer que les calories qu’ils fournissent. Si vous optez pour une diète extrême au citron, vous aurez du mal à ingérer 2000kcal par jour. Vous perdrez du poids parce que vous mangez moins de calories, pas à cause des « calories négatives ». Vous perdrez également la santé et l’usage de vos papilles gustatives.

Deuxièmement, parce que ce mythe réduit l’ingestion d’aliment à la seule prise d’énergie et qu’il traduit systématique cette dernière en élément négatif. Les méchantes calories que vous mangez vous rendent obèse. Pas tout à fait… Les calories ne sont qu’une mesure de chaleur qui représente le potentiel énergétique d’un aliment ou le potentiel énergétique d’un ensemble de processus métaboliques lorsque l’on parle de leur dépense. Réduire les calories à un rôle de vilain lorsque l’on fait référence à l’alimentation et de héros lorsqu’il est question d’activité est malhonnête et pernicieux pour la simple et bonne raison qu’il y a bien plus à manger et à bouger que l’énergie.

Lorsque vous magasinez une voiture, vous inquiétez-vous de l’essence et de sa qualité ou bien vous attardez-vous à la voiture? Ce qui vous intéresse, c’est la voiture et ce qu’elle consomme ainsi que ce qu’elle fait. Selon moi, il en est de même avec la bioénergétique (pas le Ying et le Yang, la relation entre la dépense et les apports énergétiques). Il faut voir plus loin que la simple valeur énergétique d’un aliment ou d’une activité physique. Manger un fruit vous procure des calories, des macronutriments et des micronutriments qui ont des fonctions essentielles dans votre organisme. Faire une activité physique peut être utile et agréable et non pas seulement faire office de fournaise énergétique. Poussons le raisonnement plus loin, l’ingestion d’un hotdog peut vous fournir suffisamment de glucides pour vous permettre de courir et sauver la vieille dame qui risquait de se faire frapper par l’autobus en traversant la rue. Le problème, c’est lorsque l’on n’utilise pas nos calories pour sauver les vieilles dames.  La recherche de l’aliment miracle ne vous conduira qu’à la cour des petites créances ou bien à la cours des frustrations. Encore une fois, pas de magie…

 Références

1.            Scalfi L, Coltorti A, D’Arrigo E, et al. Effect of dietary fibre on postprandial thermogenesis. International journal of obesity. 1987;11 Suppl 1:95-99.

2.            James WPT. From SDA to DIT to TEF. In: Kinney JM, Tucker HN, eds. Energy metabolism: Tissue determinants and cellular corollaries: Raven Press; 1991:163-186.[/fusion_builder_column][/fusion_builder_row][/fusion_builder_container]