Calorie in, calorie out et réchauffement climatique

calorie

C’est en préparant mon petit déjeuner que je me suis soudain interrogé sur la relation entre les problèmes environnementaux et l’obésité. En observant ma tranche de pain se faire doucement griller dans le grille-pain avec mon couteau planté dans le pot de tartinade au chocolat Laura Secord, j’ai réalisé quelques trucs :

  • Ce n’est pas forcément le meilleur choix pour un petit déjeuner
  • Combien d’énergie est utilisée par le grille-pain pour griller le pain et combien d’énergie a été requise dans le processus de fabrication et de transport de mon pain et de ma tartinade ?
  • Combien de calories ai-je besoin pour faire mon petit déjeuner ?
  • Combien de calories dans mon petit déjeuner ?

Essayez de me suivre encore quelques instants…

On nous compare souvent à nos lointains ancêtres chasseurs-cueilleurs lorsqu’il est question de nos habitudes de vie reliées aux calories que nous dépensons. On mentionne fréquemment que nos charmants ancêtres dépensaient une quantité astronomique de calories pour vivre et que nous, homo sapiens contemporains, n’en dépensons plus. D’emblée, il faut corriger cette perception.

Selon toute vraisemblance, nos ancêtres et nous sommes sur un pied d’égalité pour la dépense énergétique totale : sur 24 h nous avons sensiblement la même dépense énergétique soit environ ~2800-3000 kcal par jour1 (cela varie selon la source des données, mais la proximité de l’égalité persiste néanmoins).

Comment on sait ça ?

En mesurant la dépense énergétique de membres de tribus vivant encore aujourd’hui selon un mode de vie traditionnel de cueillette et de chasse et en les comparant avec nos valeurs, mesurées de la même façon. Ça nous donne une bonne idée de comment ça se passait dans le bon vieux temps comparativement à ce que nous vivons aujourd’hui.

Nous dépensons donc sensiblement la même quantité de calories, mais pas de la même façon2. Nous bénéficions d’un gabarit beaucoup plus imposant que nos ancêtres (poids total chez les hommes ~ 50kg pour nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vs ~80 kg pour nous) ce qui fait en sorte que notre métabolisme de repos est beaucoup plus élevé (chez les hommes, ~1600 kcal par jour pour nous vs ~1200 kcal par jour pour nos ancêtres). Notre niveau d’activité physique diffère, nos ancêtres dépensant plus d’énergie en activité physique (~1600 kcal par jour) que nous (~1000-1300kcal). Sensiblement le même total, mais une distribution différente au niveau des compartiments de la dépense énergétique.

En supposant un poids stable chez nos ancêtres et pour nous, nous pouvons établir que les apports énergétiques étaient équivalents à la dépense (sinon, le poids subirait des fluctuations). Pour réussir à ingérer environ 2800-3000kcal, nos ancêtres devaient dépenser ~1600 kcal (en supposant que la totalité de leur activité physique était dédiée à la recherche, capture et préparation de la nourriture). De notre côté, pour ingérer la même quantité de calories, nous dépensons au maximum ~1000-1300kcal, toujours en supposant que la totalité de notre activité physique est dédiée à notre alimentation (bien sûr, ce n’est pas le cas, mais pour les besoins de l’exemple ça fait le travail).

Nous avons, de toute évidence, besoin de dépenser beaucoup moins de calories pour subvenir à nos besoins nutritionnels et nous sommes exposés à une plus grande stabilité nutritionnelle que nos ancêtres, le seul impact des saisons sur notre accessibilité nutritionnelle en est un exemple évident (nous avons pas mal toujours accès la même quantité de calories durant l’année alors que ce n’était pas le cas pour nos ancêtres). Nous avons, en quelque sorte, transféré le coût énergétique relié à se procurer et préparer notre nourriture à notre environnement (l’énergie pour faire le pain et l’énergie pour faire griller ma tranche ne proviennent pas de moi, mais bien de ressources externes). Nous diminuons notre dépense énergétique reliée à notre alimentation et en revanche nous en augmentons le coût énergétique relié aux ressources externes. Nos ancêtres devaient, eux, dépenser une forte quantité de calories pour réussir à obtenir une quantité suffisante de calories pour survivre, se reproduire, et une portion minimale de l’énergie provenait de l’environnement (utilisation d’outil, déplacement à cheval, etc.).

Cette transition énergétique n’est pas sans conséquence, nous faisons face à une constante exposition à une abondance énergétique (et à un surplus potentiel) et nous augmentons le stress énergétique sur notre environnement (épuisement des ressources). Nous engraissons et nos ressources environnementales subissent des perturbations majeures (agriculture et ses impacts environnementaux par exemple).

Cette facilité à nous nourrir et à obtenir une grande quantité de calories sans devoir en dépenser de façon importante pourrait devenir de plus en plus problématique pour nous (notre tour de taille et les complications qui s’en suivent) et pour nous (épuisement de nos ressources environnementales, c’est au final nous aussi…). Les impacts de l’urbanisation, de la mécanisation et de l’industrialisation se manifestent directement à travers la façon dont nous mangeons, bougeons et évoluons.

Le retour à une alimentation moins transformée et à une consommation locale ne devrait pas uniquement être associé à des impacts environnementaux, mais aussi à une modification réelle de notre mode de vie. Manger moins transformé et effectuer nous-mêmes les transformations requises pour manger (c’est un synonyme de cuisiner…) devrait être associé à une réduction de notre consommation d’énergie et une augmentation de notre dépense énergétique (couper ses légumes plutôt que d’utiliser un appareil électrique pour le faire). Consommer local devrait également être associé à une augmentation de notre dépense énergétique et à une réduction de notre utilisation d’énergie externe, par exemple en utilisant des déplacements actifs (marche, vélo, etc.) pour se procurer localement les aliments que nous consommons.

Pour certains, ça peut paraître farfelu, mais d’une perspective bioénergétique, le manque à gagner de près de 300 kcal par jour en activité physique pourrait être atténué par ce genre de petites choses, sans compter la réduction du stress énergétique imposé à notre environnement. Nous pourrions réduire notre empreinte environnementale et le poids de notre empreinte personnelle (notre poids et notre tour de taille) en réduisant les effets potentiellement néfastes de notre environnement obésogénique3.

Un constat se dresse à l’horizon, notre mode de vie est problématique d’un point de vue égocentrique (notre santé) et géocentrique (notre environnement). L’iniquité dans notre relation avec notre environnement nous pénalise tous et chacun de différentes façons. Tout au long de notre évolution (lorsque nous étions plus proches du chimpanzé que de l’humain), nous avons eu à faire des choix afin d’assurer notre survie et notre évolution. Pourquoi avons-nous commencé à choisir de consommer de la viande au lieu de conserver une alimentation axée sur les plantes et les insectes ? Parce que cela nous procurait un avantage en diversifiant nos apports nutritionnels. Pourquoi avons-nous progressé vers différentes formes de coopération pour nous nourrir ? Parce que cela nous permettait de bénéficier d’une plus grande sécurité alimentaire tout au long de l’année. Maintenant, nos choix sont plus complexes et leurs répercussions sur notre survie et notre évolution sont bien souvent masquées par un épais brouillard de marketing et de commercialisation. Il est de plus en plus difficile de déterminer ce qui est effectivement le mieux pour nous individuellement et collectivement. Toutefois, ces difficultés ne changent en rien la triste réalité de la problématique de nos habitudes de vie qui risquent de devenir rapidement un frein à notre survie et notre évolution.

Références

  1. Pontzer H, Wood BM, Raichlen DA. Hunter-gatherers as models in public health. Obesity reviews : an official journal of the International Association for the Study of Obesity. 2018;19 Suppl 1:24-35.
  2. Pontzer H, Raichlen DA, Wood BM, et al. Hunter-gatherer energetics and human obesity. PLoS One. 2012;7(7):e40503.
  3. Meldrum DR, Morris MA, Gambone JC. Obesity pandemic: causes, consequences, and solutions-but do we have the will? Fertility and sterility. 2017;107(4):833-839.

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