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L’évolution d’un entraîneur

papillon-38Comme dans de nombreuses professions, celle d’entraîneur est soumise à des phénomènes parfois inexplicables. Parfois inexplicables, parfois cocasses. La totalité des entraîneurs et entraîneures (je sais, on devrait écrire entraîneuses, mais j’en suis encore incapable tellement le mot m’horripile) que je connais sont ou passent actuellement par une des étapes de croissance professionnelles que je vais vous présenter. Certains le réalisent, d’autres pas…

L’œuf

Il s’agit de la période de formation de l’entraîneur, soit sur les bancs d’école, soit sur les bancs d’une formation quelconque (parfois très obscure…). La phase de l’œuf peut prendre 3 formes distinctes. On peut observer l’œuf discret qui attend patiemment d’éclore sans faire de remous. Il est généralement dans un coin, prend des notes et ne parle que très rarement. Il y a aussi l’œuf qui tombe hors du nid. Ce dernier est celui qui essaie de tout devancer, pose des questions non pas pour essayer d’en apprendre plus, mais plutôt pour essayer d’épater la galerie avec ses soi-disant connaissances. Très souvent, tout comme l’œuf, la descente est fracassante… Il y a aussi l’œuf qui gobe tout. Il prend des notes, pose des questions et harcèle constamment toute source d’information pouvant lui être utile. Ce dernier peut parfois s’avérer très accaparant auprès des sources d’information.

Les avantages pour le client

Ce type d’entraîneur offre des services abordables

Les inconvénients pour le client

Les compétences et capacités de l’entraîneur sont souvent à un stade encore très embryonnaire.

La larve

La phase de la larve est d’une durée plus ou moins variable en fonction de la nature de l’œuf. Habituellement, cette phase est caractérisée par des capacités limitées qui se traduisent par une profonde insécurité. On conserve un profil bas sur le terrain de peur de se tromper, de dire une bêtise qui ferait en sorte que la Terre arrêterait de tourner. On observe et, telle la larve, on se trouve un coin afin de survivre et de passer à travers cette difficile période d’adaptation. Il s’agit habituellement du premier emploi professionnel de l’entraîneur. Lorsque la larve reconnait ses limites, il est possible qu’elle soit efficace dans certains contextes généraux (entraînements de remise en forme par exemple). À l’opposé, lorsque la larve se croit déjà le plus majestueux des papillons, on risque d’observe des prescriptions d’entraînement au mieux farfelues et au pire apocalyptiques.

Les avantages pour le client

Le rapport qualité-prix peut, dans certain cas être intéressants. Les connaissances et compétences sont sommaires et permettent l’élaboration de programmes généraux « corrects ».

Les inconvénients pour le client

Si l’entraîneur ne reconnait pas ses limites, les risques de s’aventurer sur un terrain potentiellement dangereux augmentent considérablement. Risque de blessures et d’échec parfois très élevé.

La chrysalide

La larve prend de l’expérience, gagne légèrement en connaissance et prend confiance dans ses capacités. On assiste à une forme de quasi-éclosion professionnelle. La chrysalide travaille beaucoup, habituellement un temps complet dangereusement chargé. On goûte à l’argent, on envisage les possibilités de carrière et de régner au sommet du monde des entraîneurs. Encore quelques formations avec les gourous à la mode du moment, et la consécration aura lieu. La chrysalide connait presque tout, maîtrise presque tout et intervient pour pratiquement tous les types d’entraînements possibles. On retrouve une importante population de chrysalides dans l’univers du conditionnement physique québécois. Ce sont des entraîneurs qui font pour la plupart un travail correct et qui sont animés par un désir d’amélioration intéressant qui leur permet d’être relativement à jour.

Les avantages pour le client

On peut obtenir des programmes d’entraînement qui ont du sens à un prix encore accessible. Ce genre d’entraîneur fait preuve d’une certaine versatilité qui leur permet d’intervenir auprès d’une clientèle un peu plus variée et d’obtenir des résultats décents.

Les inconvénients pour le client

Les coûts sont un peu plus élevés, la disponibilité de l’entraîneur est assujettie à son horaire très chargé. Les rendez-vous vers la fin de la semaine sont souvent caractérisés par un certain niveau de confusion mentale et de fatigue qui peuvent repousser certains clients plus exigeants.

L’imago ou le papillon

Ahhhh! Le papillon… On en retrouve de toutes les couleurs et de toutes les formes. Certains sont flamboyants, d’autres sont discrets et certains sont même venimeux. À ce stade, l’entraîneur prend une direction professionnelle en fonction de son bagage et de ses intérêts. Certains entraîneurs vont se croire définitivement au sommet de leur art, de maîtriser tout, même ce qui n’est pas directement relié à leur formation. Ils croient pouvoir intervenir avec tout le monde de façon efficace et sécuritaire (conseils pharmacologiques, plan nutritionnel, recommandations spirituelles, etc.). Ils réduisent habituellement légèrement leurs heures afin de pouvoir profiter un peu plus de la vie et se permettre de choisir leurs clients selon leurs préférences. La réputation et le rayonnement prennent énormément d’importance et habituellement l’hypertrophie de l’égo tend à suivre de près.

D’autres entraîneurs vont réaliser l’impact réel qu’ils peuvent avoir sur la santé et les performances de gens. Ils sont de plus en plus conscients des impacts de leurs interventions et des responsabilités qui en découlent. On cherche à développer encore plus les clients, parfois le désir de l’entraîneur dépasse largement le désir et les capacités du client. Ils prennent définitivement à cœur la réussite de leurs clients.

Les avantages pour le client

On a le privilège de s’entraîneur avec L’ENTRAÏNEUR! Ce dernier peut posséder des connaissances et une expertise véritables qui favorisent l’atteinte des résultats.

Les inconvénients pour le client

L’ENTRAÏNEUR peut avoir de l’expérience (pas nécessairement bonne) dans d’autres champs d’expertise que le sien. Les services peuvent être coûteux et même complètement inappropriés. On peut faire affaire avec LE CHARLATAN au lieu de L’ENTRAÏNEUR. Il est possible que l’entraîneur ait des exigences très importantes envers ses clients.

Et tu retourneras poussières

Il s’agit du dernier stade de développement de l’entraîneur. Ce dernier réalise qu’il ne connait pas tout et qu’il lui sera impossible de tout connaître. Il n’est pas le meilleur, ses programmes ne sont pas parfaits et ses clients ne font pas toujours ce qu’il dit. Cette profonde remise en question pousse le papillon et ses cendres à prendre des décisions importantes. L’entraîneur réalise que la réussite de ses clients passe par un travail collaboratif et ne dépend pas uniquement de ses connaissances ou de ses compétences, mais bien de la synchronicité entre son intervention et les capacités/désirs de son client.

Il est possible que l’entraîneur décide de poursuivre sa carrière dans le domaine de l’entraînement tout en ayant une nouvelle perspective de sa réalité, de son impact et de ses revenus. Il est également possible que l’entraîneur décide tout simplement de changer de carrière (il n’y a pas si longtemps, beaucoup d’entraîneurs bifurquaient vers le domaine pharmaceutique ou vers des compagnies d’assurances). Certains entraîneurs vont réaliser que la précarité de leurs revenus est difficilement compatible avec la vie familiale et que les perspectives de retraite dorée dans une luxueuse villa espagnole sont bien minces.

Les avantages pour le client

On a accès à un entraîneur lucide, compétent qui bénéficie d’une expérience considérable.

Les inconvénients pour le client

Les coûts peuvent être élevés et l’entraîneur peut parfois être blasé.

Somme toute, ce ne sont pas tous les entraîneurs qui vont passer à travers ses étapes, mais je suis toujours surpris de constater qu’ils sont tout de même nombreux à la faire.

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Les 5 pièges à éviter avec votre entraîneur

Ne percevez pas avec cet article une tentative de crucifier tous les entraîneurs, mais plutôt une proposition de qui devrait caractériser une certaine qualité de relation entre vous et celui-ci. Habituellement, lorsqu’on parle des éléments importants que l’on devrait rechercher (et trouver) chez un entraîneur on met en tête de liste le ou les diplômes et la formation. Ensuite si ce dernier (ou cette dernière, mais je déteste le terme entraîneuse) détient un certificat de réanimation cardiorespiratoire valide (seulement utile si vous prévoyez défaillir sous son joug). Finalement, a-t-il des histoires à succès avec photos à l’appui? A-t-il perdu 150 kg suite à une illumination soudaine l’incitant à changer sa vie et à se prendre en main ou bien est-il derrière les succès de Sydney Crosby? Si pour vous tout cela résume l’essentiel de la qualité d’un entraîneur, vous pouvez arrêter de lire et courir à votre prochain rendez-vous avec lui. Pour les autres, voici ma proposition des éléments importants de votre relation.

1-Se fier à ses certifications/formations/diplômes

Quoi? Toutes ces années d’études et de formations ne servent à rien? Mais non, elles peuvent servir à quelque chose, si la matière a été comprise et qu’elle est appliquée. Pour obtenir un baccalauréat, il faut réussir ses cours avec la note de passage. Pour réussir la plupart des formations, il ne faut que s’y présenter pour obtenir le diplôme. Et pour celles qui ont un examen, la plupart du temps ce dernier se trouve assez facilement sur Internet.

Ça ne veut pas dire que les formations ou qu’un diplôme universitaire sont mauvaises, il faut seulement faire la distinction entre les apprentissages dispensés et ce qui est compris. Vous devez vous fier sur ce que VOUS comprenez des explications ou justifications que votre entraîneur vous fournit avec votre programme. Ces informations doivent être ensuite vérifiées. Comment? Utilisez la loi de la masse. Utilisez Google abondamment afin de trouver de l’information. Utilisez Google intelligemment cependant. Vous souhaitez gagner de la masse musculaire? Googlez mythes sur le gain de masse musculaire ou encore les erreurs à ne pas faire pour gagner de la masse musculaire. Si les explications de votre entraîneur se retrouvent dans les résultats obtenus, vous allez devoir questionner votre entraîneur et possiblement certains de ses confrères (ou compétiteurs) pour approfondir le sujet.

2-S’ assurer de ses capacités d’évaluation

L’évaluation est la base du travail de l’entraîneur. Sans collecte de données, il est très difficile d’individualiser une planification d’entraînement. Il faut appuyer l’échafaudage de l’entraînement sur des données et il faut surtout être en mesure d’évaluer les changements. Votre entraîneur doit être en mesure de baser sa prescription d’entraînement sur des éléments tangibles que vous devez connaître. Les changements que vous souhaitez obtenir doivent être mesurés de façon objective.

Je suis toujours inquiet lorsque je vois des statuts sur Facebook ou Twitter de personnes qui font état de leur progression. On peut y lire des informations particulières comme : « Mon entraînement et ma diète ont porté fruit : je suis passé de 16 % de gras à 13 %. On est sur la bonne voie! » Pas forcément. Quelle est l’erreur de mesure associée à l’évaluation? Est-ce que la précision de l’évaluateur est de ±5 %? Cela voudrait dire que l’évaluateur n’est pas en mesure de faire la distinction entre les valeurs de 16 % et de 13 %. Il est donc possible qu’il n’y ait pas eu de changement et donc que l’entraînement et la diète n’aient pas fonctionné comme prévu… Certains diront que leur entraîneur utilise des appareils sophistiqués. Si c’est le cas, il vous sera facile de demander (et d’obtenir) la valeur associée à l’erreur de mesure. Sinon, il sera difficile de faire des comparaisons avant après, technologie ou pas.

3-Lui faire confiance aveuglément

Donner autant de pouvoir à un individu, compétent ou non, est toujours un comportement à risque très élevé. Votre entraîneur peut être de bonne foi, intelligent et même beau. Cela n’enlève rien au fait qu’il puisse se tromper. Ses erreurs peuvent s’avérer extrêmement coûteuses pour l’atteinte de vos objectifs de même que pour votre santé. Je vais me prendre en exemple sur ce point. J’utilise un logiciel pour structurer mes planifications d’entraînement afin de faciliter l’organisation des séances au sein d’une planification de 12 semaines. Cependant, il arrive que le logiciel soit animé de certains caprices et qu’il dédouble certains exercices. Cela peut avoir comme effet de doubler le travail pour un même exercice causant des modifications importantes et potentiellement désastreuses pour l’entraîné. Même si je révise le document final d’une cinquantaine de pages, il est possible que je passe par-dessus un simple dédoublement d’image et que l’erreur se transmette à l’entraîné. Si quelque chose vous semble louche ou « original » pourquoi ne pas poser la question de façon insistante à votre entraîneur afin de vous assurer de son exactitude? N’hésitez pas à remettre en question votre entraîneur, son égo devrait lui permettre de gérer ce genre de situation.

4-Choisir ce qui vous convient et faire fi du reste

Il arrive que certains clients décident d’adapter leur entraînement sans en informer leur entraîneur parce qu’ils aiment plus ceci et moins cela. Ce double jeu est très risqué, car l’ensemble de la planification d’entraînement conçue pour l’atteinte de vos objectifs par votre entraîneur (du moins j’espère qu’il planifie) repose sur certains éléments qui peuvent être hors de votre compréhension. Il est possible que certains éléments qui vous plaisent moins soient des points critiques pour permettre la progression vers vos objectifs sans toutefois être très évident. Par exemple, j’accorde de l’importance à l’entraînement en flexibilité pour le développement de la force et de l’hypertrophie. Il n’est pas rare que certaines de mes athlètes négligent ce volet de leur entraînement et que cette décision finisse par leur coûter cher en termes de temps de développement (à un moment donné, la flexibilité peut devenir un facteur limitant du développement de la force et éventuellement de l’hypertrophie, mais ceci est une autre histoire). Si vous prenez un entraîneur, c’est pour qu’il vous guide et non pas pour qu’il vous donne ce que vous avez envie de faire. Sinon, achetez-vous un magazine ou bien surfez sur Internet pour trouver des choses que vous aimez faire et vous sauverez des sous côté entraînement.

5-Se fier au physique ou aux performances de l’entraîneur ou bien de ses athlètes

Pour beaucoup de gens, les performances ou le physique de l’entraîneur sont le premier critère de sélection. Ensuite, les réalisations de ces clients ou athlètes suivent non loin derrière. Suite au succès de mes athlètes, j’ai eu plusieurs demandes de personnes espérant performer au même niveau. C’est flatteur et j’apprécie, mais c’est mal comprendre l’essence même du succès menant à l’atteinte des objectifs. La réussite en entraînement se matérialise lorsque la symbiose entre l’entraîneur et l’entraîné passe devant les intérêts de chacun des partis. Si mes athlètes ont du succès, c’est à cause de la relation que nous avons et non pas uniquement à cause de mes connaissances/compétences et de leur discipline/effort. Si ce n’était que ça, un entraîneur ne devrait qu’avoir un QI élevé et les athlètes une discipline de fer. C’est plus complexe que ça. Il est donc illusoire de magasiner un entraîneur en se fiant uniquement à ses performances ou bien à celles de ses athlètes. Il faut plutôt se magasiner une relation qui permettra aux deux partis de pleinement exploiter leur potentiel. Pour ce faire, il faut développer une relation basée sur la communication, les connaissances et l’intégrité.