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Ça prend toujours des derniers…

Cette année, je me suis aventuré sur le parcours du marathon de Montréal tout comme 2619 autres personnes. Je m’étais planifié une stratégie de course me permettant d’apprécier le parcours et le paysage malgré les conditions météorologiques. Au contraire, j’ai plutôt été porté sur la réflexion introspective qu’il me fera plaisir de partager à travers ce billet.

Nul besoin d’être un coureur pour savoir qu’un marathon représente une distance de 42.195 km, une simple recherche Google suffit. Cependant, cette année j’ai dû parcourir un total de 42.989 km. Pourquoi?

Parce qu’en début de course, il m’a fallu dévier de mon parcours à plusieurs reprises; quelques femmes obèses, n’ayant pas respecté les points de départ ordonnés selon le temps de parcours estimé, me bloquant le passage. Oui, je veux bien croire que l’activité physique c’est pour tout le monde, mais quand mon temps de course doit en souffrir, on ne parle plus de la même chose. Quelle ne fut pas ma surprise de voir ces groupes de dames marcher en riant et en parlant entre elles. Mesdames, je coure moi et j’aimerais conserver ma ligne de course!

Parce que par la suite, je me suis fait couper par un coureur dans la cinquantaine souhaitant aller embrasser sa femme en pleurs sur le bord du parcours. J’ai rapidement eu à bifurquer afin d’éviter l’homme clopinant maladroitement sur une jambe atrophiée et surtout éviter son bras droit virevoltant, probablement le résultat d’un accident vasculaire cérébral pas si lointain. J’ai été chanceux d’éviter également sa femme qui ne voyait de toute évidence plus clair tellement elle avait le regard noyé sous les larmes de voir son mari courir. Oui, c’est triste et heureux à la fois. Cependant, on n’est pas aux paralympiques ici. Monsieur, je coure moi et j’aimerais conserver ma ligne de course.

Malgré ces mésaventures, j’ai réussi à maintenir ma concentration et à conserver mon rythme. Je sais, je fais souvent preuve d’un grand sang-froid. Toutefois, je n’étais pas au bout de mes peines…

Parce que dans le Village Gai de Montréal, j’ai réellement failli chuter, ayant à peine réussi à éviter un participant du demi-marathon incapable de conserver une ligne droite de course. L’homme, dans la quarantaine, m’a adressé quelques excuses au passage. Enfin, je crois avoir entendu des excuses, car les syllabes et les voyelles se mélangeaient difficilement dans son discours tordu par la paralysie cérébrale. Imaginez s’il avait fallu que cet homme se limitant au demi-marathon m’empêche de poursuivre ma course alors que j’avais réussi à rattraper le temps perdu lors des précédentes mésaventures. C’est malheureux la paralysie cérébrale, mais monsieur, je coure moi et j’aimerais conserver ma ligne de course.

Parce que j’ai du passer sur les trottoirs pour dépasser une meute d’étudiants regroupés sous la bannière Étudiants dans la course qui courraient en affichant un large sourire malgré une souffrance apparente. Ce n’est pas un voyage organisé ici! Hey! Ho! Les étudiants, je coure moi et j’aimerais conserver ma ligne de course.

Parce que j’ai du contourner à plusieurs reprises un père de famille qui soufflait à pousser le carrosse sport contenant sa fille handicapée qui criait à tue-tête des encouragements à son père afin qu’il me dépasse. J’avais dans ma mire Luka Kipkemoi Chelimo et ce n’est pas une poussette qui allait m’empêcher de chauffer les fesses du Kenyen. Tasse-toi le pousse-pousse, je coure moi et j’aimerais conserver ma ligne de course.

Parce que tout juste après la côte Pie-IX, j’ai dû m’arrêter pour m’informer de l’état d’un homme titubant qui passait de toute évidence les 70 ans. Le pauvre homme trouvait le parcours difficile et la température suffocante, mais il tenait absolument à le terminer pour sa femme décédée du cancer plus tôt cette année. Dans un élan de sympathie, j’ai hésité à lui payer le taxi pour finir, mais comme il est reparti d’un bon rythme après avoir versé quelques larmes, je me suis dit qu’il fallait mieux le dépasser rapidement pour sauver l’honneur. Dégage Papi, je coure moi et j’aimerais conserver ma ligne de course.

Imaginez, à cause de toutes ces personnes, j’ai parcouru presque un kilomètre de zig-zag de plus que prévu. Ces quelques 800 m m’ont permis de constater que je n’aurais jamais assez d’une vie pour réussir le quart de ce que ces gens ont accompli en cette journée du 25 septembre 2011. C’est bien humblement que je m’incline devant votre courage qui surpasse largement la satisfaction que peut procurer une simple performance basée sur le temps. À vous tous, je vous souhaite de ne jamais oublier votre performance éblouissante, car moi, je m’en souviendrai longtemps.

Pour faire plaisir à mes ami(e)s coureurs qui sont passionnés du sablier, j’ai complété le parcours en 4 h 43 min 7 s (heure de la puce). Je ne sais pas si les personnes dont j’ai fait mention ont terminé leur course, chose certaine, ils l’ont tous réussi. Ce que je sais, c’est que je garderai longtemps gravés dans ma mémoire et dans mon cœur le sentiment de fierté et l’inspiration qu’ils ont tous su m’insuffler.

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Rien ne sert de courir mais… justement !

J’aimerais entamer ce billet en soulignant avec élégance la détermination et le courage des spectateurs du dernier marathon d’Ottawa qui ont bravé la pluie pendant de nombreuses heures afin d’encourager le cortège de coureurs. J’aimerais aussi souligner le premier marathon de Philippe dont le principal objectif a été atteint : avoir du fun (faire quelques steppettes de reggae passé le 30e kilomètre, ça s’appelle avoir du fun…). J’aimerais également souligner les exploits qui m’ont grandement impressionné/inspiré :

–          Bravo à la p’tite madame obèse aux collants roses qui se demandait s’il en restait encore pour longtemps alors qu’elle était au 7e km… et qui a complété le marathon.

–           Bravo au p’tit monsieur en fauteuil roulant classique (pas de compétition) qui a parcouru les 42 km sans se plaindre de la température ou de sa roue avant qui faisait kwik kwik.

–          Bravo au p’tit garçon roux qui pleurait, la jambe dans le plâtre, parce qu’il ne pouvait pas courir avec son papa pour l’encourager, car ce dernier qui trouvait la course très difficile.

–          Bravo à tous ceux et celles qui se sont inscrits et qui ont fait de l’activité physique avec humilité et plaisir.

L’événement du marathon d’Ottawa m’a permis de réaliser quelques observations sur les différents types de coureurs/participants. Voici donc, bien humblement, mon traité des espèces peuplant cette épreuve de 42.195 km.

Cursor athleta

Cette espèce compose une minorité des coureurs, car elle démontre des qualités physiologiques et psychologiques exceptionnelles. Il s’agit d’une machine finement huilée qui offre des performances inspirantes tant par leur magnitude que par leur élégance. Pour cette espèce, le dialogue est relégué au second plan et le discours est étoffé par leur performance. Quand cette dernière n’est pas au rendez-vous, le cursor athleta ne se défile pas derrière un sombre barrage d’excuses. Il assume pleinement ses fautes et, tel le coyote (Will E Coyote) il retourne machinalement vers la planche à dessin pour trouver ce qui n’a pas été à la hauteur de ses attentes. Il n’espère pas la performance, il la vit. Habituellement, on n’aperçoit que très brièvement les mâles et les femelles de cette espèce qui ne traînent sur le parcours que quelques brèves heures avant de s’envoler vers un autre terrain de jeux.

Cursor ambitiosa

Le cursors ambitiosa est une espèce vivant de mimétisme, c’est-à-dire qu’il tente de s’approprier certaines caractéristiques d’autres espèces. Dans ce cas-ci, on tente d’imiter le cursor athleta dans son apparence. On peut les apercevoir, tout juste avant l’épreuve, ajustant leur équipement dernier cri et prodiguant des conseils à droite et à gauche (tirés de la première revue de course sur l’étagère du dépanneur du coin) à toutes les autres « sous-espèces ». Ces stratégies lui permettent d’éviter de faire face à son manque profond d’estime personnelle et de confiance en soi tout en essayant vainement d’assouvir son égo démesurément assoiffé. Les performances ne sont jamais au rendez-vous pour ce dernier, car à chaque arrivée, il se plaindra d’un quelconque problème qui l’a empêché de battre son record personnel et de se rapprocher (in your dreams !) du cursor athleta. Le soleil se transforme en boule de feu ardente rendant le parcours impossible, ses ampoules ont des superficies pouvant couvrir le Yukon, ses crampes décourageraient n’importe quelle femme d’accoucher, etc. La seule partie agréable de la course est l’arrivée (avec applaudissements s.v.p.!) et trop souvent, l’abandon ou la déconfiture (à cause de la température, de souliers, un cratère provenant d’une chute de météorites, etc.) sont les seules issues d’une course.

Cursor inspirati

Le cursor inspirati est animé par un détachement profond de soi qui le pousse à parcourir la distance pour une cause qui a su faire vibrer sa fibre d’inspiration. On peut le reconnaître à l’étincelle qui allume son regard pour la majeure partie de la distance qu’il sera en mesure de parcourir. Trop souvent mal préparé, le cursor inspirati ne réussit pas toujours à terminer l’épreuve et lorsqu’il le fait, c’est presque l’équivalent d’un chemin de croix. La souffrance se mélange à l’inspiration et au désir d’accomplir l’exploit, ce qui nous donne une mixture idéale pour une bonne dose de martyrs. Cependant, l’objectif ultime du cursor inspirati est d’inspirer autrui à rallier sa cause vers un monde meilleur, ce qu’il réussit très souvent peu importe si la distance est parcourue ou non. Habituellement humble, le cursor inspirati est une espèce agréable à côtoyer pendant l’épreuve, procurant une dose de motivation supplémentaire (dont l’effet est malheureusement trop souvent éphémère pour plusieurs autres espèces) et démontrant une résilience exceptionnelle.

Cursor scurra

L’espèce la plus rare. Le cursor scurra cherche constamment des opportunités pour bouger pour son simple plaisir. Sa participation à l’épreuve n’est qu’un autre prétexte pour bouger dans un contexte différent. Il est caractérisé par une préparation adéquate lui permettant non pas de compétitionner, mais bien d’apprécier chaque km du parcours. La manifestation la plus éclatante de son bonheur est son sourire béat pendant la majorité du parcours. Son rythme lui permet d’observer son environnement et d’apprécier chacun des détails qui défilent à chaque pas. Souvent bousculé par le cursor ambitiosa, le cursor scurra n’est satisfait de sa performance que s’il a ressenti du plaisir non pas seulement à l’arrivée, mais bien pendant toute la période entourant l’événement (de la préparation à l’arrivée en passant par le départ et le parcours). Rarement il se plaindra de la température ou d’incidents à moins que son plaisir n’en soit affecté. Pour lui, la fin d’une course ou bien un abandon ne sont que des étapes vers la pratique d’autres activités physiques agréables.

La question se doit d’être posée, quel type de coureur êtes-vous?