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Francs-tireurs, franc Fitness ?

Je n’irai pas jusqu’à dire que je me suis fait inondé de courriels concernant le fitness suite à la diffusion du dernier épisode des Francs-Tireurs (épisode 333), mais, j’ai eu suffisamment de questions et de courriels pour décider d’en faire le sujet de ce billet. Dans un premier temps, je dois avouer que le reportage de Patrick Lagacé était assez juste (j’étais quelque peu craintif au début), c’est-à-dire qu’il dépeignait un portrait assez représentatif de la réalité du milieu de culturisme et du fitness au Québec. On s’est même permis de définir les différentes catégories de discipline soit le fitness model, le figure, le fitness et le culturisme. Pour ceux et celles qui ont osé manquer le reportage ou qui sont trop blasés pour le regarder sur le net, le tableau 1 présente les caractéristiques de chacune des catégories.

Alors que plusieurs athlètes de Fitness (avec un grand F pour regrouper toutes les catégories) se sont probablement reconnues dans ce reportage, plusieurs de mes athlètes furent déçues (?) de voir que leur réalité était différente. Serait-ce possible qu’il existe d’autres approches en Fitness ? D’autres approches misant non pas uniquement sur le podium, mais plutôt sur le développement multidimensionnel de l’athlète à l’intérieur de son propre potentiel? Est-ce possible d’avoir un mode de vie sain et de réussir en Fitness au Québec? Oui, mais à certaines conditions.

La première condition stipule que l’on doit absolument considérer l’athlète selon plusieurs dimensions (tableau 2) : physiologique, psychologique et technique/artistique.

 

La deuxième condition implique la mise en place d’un protocole d’évaluation valide, fiable et pertinent afin de bien quantifier les variables de la progression.

La troisième condition impose un suivi régulier, sérieux et adéquat des trois dimensions.

La quatrième et dernière condition oblige la présence d’une progression planifiée en accord avec l’entraîneur et l’athlète.

Toutes les interventions auprès des athlètes de Fitness doivent être en respect de ces conditions afin de permettre un développement optimal de l’athlète. Actuellement, la tendance est (et, à ma connaissance, a toujours été) de préparer des athlètes pour une compétition où l’objectif est de remporter un podium. Malheureusement, cette approche unidimensionnelle force rapidement l’athlète à performer, peu importe ses capacités initiales (et surtout, pousse les entraîneurs à recruter des filles nécessitant peu de développement). Lorsque je mentionne que je développe mes athlètes sur une période de 3-4 ans, plusieurs entraîneurs esquissent un sourire moqueur, car il est carrément impensable de « sortir » une fille en compétition dans le but de la préparer à devenir encore plus : il faut gagner à tout prix, et ce, tout le temps. Le résultat? Bien des athlètes ne seront en mesure que de faire une compétition en y sacrifiant parfois leur santé (physique et/ou mentale; les troubles de comportements alimentaires ne sont pas une rareté). Moi, ce qui m’intéresse c’est de développer des athlètes afin qu’elles soient en mesure de changer leurs habitudes de vie, d’entraînement ainsi que leurs habitudes nutritionnelles afin d’être des athlètes en tout temps. Un corps d’athlète sain, dans un esprit sain. Pas uniquement un physique l’espace d’une fin de semaine, mais, une athlète à part entière qui est en mesure d’inspirer par sa détermination, son travail intelligent et son évolution les gens de sont entourage à adopter un mode de vie plus sain.

La figure 1 présente une progression vers une première compétition en fitness (petit f donc, avec de la gymnastique). Oui, je sais, il y a beaucoup d’informations sur l’image (au moins mille mots pour se référer à l’expression populaire…) ce qui ne la rend pas moins intéressante pour autant. L’œil averti du lecteur assidu réalise rapidement que le développement d’une athlète de fitness repose sur l’harmonisation de la progression des sphères physiologiques, psychologiques et techniques artistiques. Qui dit progression, dit étapes.

 

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Figure 1: Partie initiale d'une planification annuelle de fitness

La première étape débute bien avant l’entraînement. Avant de ce lancer dans une aventure du genre, il est impératif pour toute athlète en devenir d’assister à une compétition afin de mieux cerner le milieu. Ensuite, il faut caractériser l’athlète selon les déterminants de la performance. Cette évaluation exhaustive initiale permet d’établir à quel rythme l’athlète pourra ou devra se développer afin d’atteindre les critères propres à sa discipline.

Maintenant, le gros du travail de l’entraîneur commence : celui de planifier en fonction des objectifs établis conjointement avec l’athlète. Toujours en s’appuyant sur les résultats de l’évaluation initiale, l’entraîneur détermine les variables à prioriser et de façon plus spécifique la progression de chacune afin d’atteindre les objectifs fixés pour la saison en cours et pour la suite éventuelle. Oui, il faut prévoir à l’avance tout en sachant que nous sommes toujours à la merci des imprévus. La planification de la saison permet d’établir d’une chronologie de la progression. Ceci permet d’éviter d’avoir recours à des diètes sévères ou d’accumuler des séances d’entraînement en catastrophe la semaine avant la première compétition.

Par la suite, comme aucune planification n’est parfaite, l’utilisation d’un protocole d’évaluation de suivi permet de réajuster le tir afin de maintenir la progression initialement prévue. Ces évaluations planifiées à l’avance ne se limitent pas à la cueillette systématique de données physiologiques, mais incluent également prise d’information de variables psychologiques. Est-ce que la perception de l’image corporelle de l’athlète correspond à la réalité? Comment est son niveau de motivation? Chaque élément négligé risque de revenir vous hanter plus rapidement que vous ne pouvez le penser. Ah oui! J’oubliais, il faut que l’athlète fasse le travail, c’est-à-dire qu’elle s’efforce de changer, d’évoluer vers ces objectifs.

Il est bien évident que cette approche requiert une charge de travail importante jumelée à une expertise et un niveau de compétence important. L’atteinte des standards imposés par le milieu du Fitness québécois en se basant sur des outils aussi simples que le Guide Alimentaire Canadien et aussi complexes que des analyseurs de gaz ou des accéléromètres n’est pas sans effort et le cheminement est souvent parsemé d’amères déceptions et de rare podium. Il est tout aussi évident qu’il existe des raccourcis afin de gagner plus rapidement, mais, quelle est la valeur de cette victoire? Car, bien au-delà des médailles, trophées ou podium, il y a un individu. La croissance et l’épanouissement de l’athlète sont des victoires beaucoup plus nobles et louables. De plus, aucun juge ou arbitre ne peut vous enlever ces victoires…

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La drogue, c’est mal!

Récemment, je fus bien malgré moi impliqué dans une discussion houleuse entre une nutritionniste et un kinésiologue concernant l’usage de suppléments nutritionnels dans un cadre de conditionnement physique.

D’un côté, on soulignait les risques pour la santé alors que de l’autre on parlait des effets positifs sur l’entraînement. Étant donnée la nature de ma formation académique (maîtrise en nutrition et doctorat en activité physique, ça m’a coûté assez cher que je me permets de le rappeler…), il était inévitable que je sois mêlé à cette discussion. J’aurais pu insulter la nutritionniste en la traitant de bonne sœur ou de vierge offensée ou bien insulter le kinésiologue en lui collant l’étiquette de jambon, mais il n’en fut rien (oui, je peux parfois faire preuve de retenue).

Les deux partis sont dans l’erreur et basent leur débat sur des fondements erronés simplement parce qu’ils n’adressent pas la vraie problématique. Nos deux professionnels argumentent sur les produits, sur leur nature et leurs effets présumés alors que le débat devrait plutôt porter sur le processus menant à l’utilisation de produit de nutrition sportive. Afin d’illustrer mes propos, je me dois de vous mettre en contexte en prenant la vieille dame qui vivait dans une chaussure en exemple (j’espère qu’il y en a parmi vous qui s’en souviennent sinon regardez le vidéo!).[fusion_builder_container hundred_percent=”yes” overflow=”visible”][fusion_builder_row][fusion_builder_column type=”1_1″ background_position=”left top” background_color=”” border_size=”” border_color=”” border_style=”solid” spacing=”yes” background_image=”” background_repeat=”no-repeat” padding=”” margin_top=”0px” margin_bottom=”0px” class=”” id=”” animation_type=”” animation_speed=”0.3″ animation_direction=”left” hide_on_mobile=”no” center_content=”no” min_height=”none”][youtube=http://www.youtube.com/watch?v=dm8CU9Q3Vdk] Est-ce qu’une dame de plus de 70 ans devrait prendre de la créatine? Si vous vous prononcez immédiatement après avoir lu ces lignes, vous êtes dans le champ gauche, car ils vous manquent beaucoup trop d’information pour être en mesure de prendre position (ou bien vous connaissez personnellement la vieille dame qui vivait dans une chaussure, ce qui serait encore plus inquiétant). Comme je détiens ces informations, je peux vous dire que la petite vieille pourrait bénéficier d’une supplémentation en créatine. Allons-y par étapes, laissez-moi vous présenter sur quoi et surtout comment je base mon raisonnement.

1) Identifier les besoins

On ne supplémente pas pour le plaisir de le faire ou encore pire, pour toucher une commission issue d’une vente lucrative. Le processus de supplémentation débute par une analyse approfondie de la problématique. Qu’est-ce qui ne marche pas ou qu’est-ce qui pourrait allez mieux? Dans notre exemple, notre vieille dame qui vivait dans une chaussure doit faire l’entretien extérieur de son domicile; on doit réaménager les bordures de semelles. Chaque bordure de semelle pèse environ 15 kg et elle doit en déplacer une bonne vingtaine pour faire le tour de la bottine qui lui sert de domicile. Une activité qui demande de la force et surtout une bonne capacité à répéter un effort demandant de la force. Voilà notre problématique!   

2) Identifier les produits

Maintenant, nous devons identifier quels produits peuvent nous aider à résoudre cette problématique. Bon, certains d’entre vous me diront qu’on peut l’entraîner en force pour lui permettre de réaliser la tâche, mais cela prend du temps et les bordures de chaussure ne peuvent pas attendre si longtemps. Et comme la vieille dame est un peu grincheuse, nous ne voulons pas la contrarier et la faire attendre… En fouillant la littérature facilement accessible sur le web (PUBMED), on peut trouver une liste de produits pouvant répondre à notre problématique en utilisant des mots clés comme : strength et supplements. On nous sort une liste d’articles scientifiques qui ont évalué l’effet de différents produits à différents dosages pour permettre l’augmentation de la force. On peut également ajouter le mot clé review qui nous permet d’obtenir uniquement des articles qui font un sommaire des publications portant sur notre recherche. Ensuite, on fait la revue des articles qui font mention des produits qui reviennent le plus souvent et qui sont accessibles sur le marché des suppléments. Non, ce n’est pas un travail de moine et oui, c’est très utile.

3) Identifier les effets (positifs et négatifs)

La lecture des abrégés des articles (ce qui est accessible pour tout le monde sur Internet) suffit pour nous informer sur les effets positifs ou négatifs du produit, du dosage et du contexte d’utilisation. Nous pouvons savoir, dans un premier temps, si le produit est sécuritaire et efficace. Ces informations nous permettent également de déterminer ce que l’on peut attendre du produit. Quelle est l’ampleur de l’augmentation de la force et de la capacité de travail à laquelle nous pouvons nous attendre? Est-ce que ça vaut la peine? Une augmentation de 1 % de la force aussi significative soit-elle être n’aidera pas vraiment notre vieille dame à terminer son travail alors qu’une augmentation de 10 % pourrait être beaucoup plus intéressante. Par la suite, il faut faire appel à notre jugement de professionnel : est-ce que la supplémentation est justifiée? Est-ce que les effets pourront être bénéfiques? C’est là que l’on décide conjointement avec la vieille dame d’aller de l’avant avec la supplémentation ou d’uniquement dépendre de l’huile de coude.

4) Mesurer les effets

Mais, on ne peut se contenter de supplémenter ou de ne pas supplémenter. Il faut mesurer les effets et l’impact de notre décision. Dans l’éventualité où la vieille dame se supplémente à la créatine, nous devons quantifier notre approche, c’est-à-dire mesurer les quantités du supplément, la fréquence de consommation ainsi que les valeurs initiales de nos variables d’intérêt (ici, la force musculaire ainsi que la capacité à répéter une tâche). En somme, nous devons avoir des valeurs avant et après l’intervention pour être en mesure de faire un bilan de notre approche.

 Comme vous pouvez le constater, l’usage de produits de nutrition sportive n’est pas simple et demande un peu de travail (mais non, ça ne se fait pas sur le coin du comptoir en 2 min, cela prend de la préparation et du suivi!). Donc, on ne peut pas être pour ou contre la supplémentation, car il ne s’agit pas d’un concours d’opinion, mais plutôt d’un raisonnement basé sur des faits. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les gens qui sont complètement vendus aux suppléments ressemblent énormément à ceux qui sont systématiquement contre. Les deux camps sont rarement au courant des faits concernant les produits et basent leur jugement sur des opinions (parfois issues du milieu universitaire) ou des pseudo études réalisées au pro shop du coin.

Pour notre exemple de la vieille dame, j’aurais opté pour une supplémentation en créatine afin de tenter de maximiser les réserves de créatine phosphate (habituellement, on les augmente d’environ 20 % à l’aide de supplément). Un jugement trop hâtif uniquement basé sur son âge (une petite vieille sur la créatine, ben voyons, c’est pas comme si elle voulait faire du culturisme!) nous aurait empêchés d’augmenter ses capacités pour qu’elle soit en mesure d’accomplir sa tâche difficile. Pour ceux et celles qui seraient outrés de ma décision de supplémenter la vieille dame avec de la créatine, sachez que ce supplément est utilisé en réhabilitation cardiaque à des fins similaires. Je dois lever mon chapeau aux médecins qui ont fait preuve d’une ouverture d’esprit scientifique afin de ne pas stigmatiser l’utilisation de la créatine et de la réduire uniquement à un produit réservé à Joe Grosbras.  

En arborant fièrement des œillères, on risque de manquer beaucoup de paysage et surtout la maison de la vieille dame qui vivait dans une chaussure. Afin d’observer le paysage, voici quelques références intéressantes concernant la créatine et ses multiples usages: 

Cornelissen, VA, JG Defoor, A Stevens, et al. Effect of creatine supplementation as a potential adjuvant therapy to exercise training in cardiac patients: a randomized controlled trial. Clin Rehabil 2010.

Persky, AM and ES Rawson. Safety of creatine supplementation. Subcell Biochem 2007; 46. 275-89.

Rakpongsiri, K and S Sawangkoon. Protective effect of creatine supplementation and estrogen replacement on cardiac reserve function and antioxidant reservation against oxidative stress in exercise-trained ovariectomized hamsters. Int Heart J 2008; 49(3). 343-54.

Kuethe, F, A Krack, BM Richartz, and HR Figulla. Creatine supplementation improves muscle strength in patients with congestive heart failure. Pharmazie 2006; 61(3). 218-22.

Murphy, AJ, ML Watsford, AJ Coutts, and DA Richards. Effects of creatine supplementation on aerobic power and cardiovascular structure and function. J Sci Med Sport 2005; 8(3). 305-13.

McClung, JM, GA Hand, JM Davis, and JA Carson. Effect of creatine supplementation on cardiac muscle of exercise-stressed rats. Eur J Appl Physiol 2003; 89(1). 26-33.

Rawson, ES, B Gunn, and PM Clarkson. The effects of creatine supplementation on exercise-induced muscle damage. J Strength Cond Res 2001; 15(2). 178-84.

Brzezinska, Z, K Nazar, H Kaciuba-Uscilko, I Falecka-Wieczorek, and E Wojcik-Ziolkowska. Effect of a short-term dietary creatine supplementation on high-energy phosphates in the rat myocardium. J Physiol Pharmacol 1998; 49(4). 591-5.

Juhn, MS and M Tarnopolsky. Potential side effects of oral creatine supplementation: a critical review. Clin J Sport Med 1998; 8(4). 298-304.

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