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Quand le gouvernement essaie d’être cool

[fusion_builder_container hundred_percent=”yes” overflow=”visible”][fusion_builder_row][fusion_builder_column type=”1_1″ background_position=”left top” background_color=”” border_size=”” border_color=”” border_style=”solid” spacing=”yes” background_image=”” background_repeat=”no-repeat” padding=”” margin_top=”0px” margin_bottom=”0px” class=”” id=”” animation_type=”” animation_speed=”0.3″ animation_direction=”left” hide_on_mobile=”no” center_content=”no” min_height=”none”][tubepress video=”krvE1aalLyg”]Il est possible que certains d’entre vous se souviennent de Vas-Y, ce personnage bleu navigant le Québec afin de promouvoir l’activité physique, comme il est possible que vous souhaitiez effacer cette excroissance de schtroumpf de votre mémoire. Je sais que plusieurs n’aiment pas que je me moque de cette initiative gouvernementale dont les intentions étaient nobles : faire bouger les Québécois. Je n’ai pas vu les statistiques d’impact de cette campagne, mais je doute qu’elle n’ait atteint le succès escompté. Promis, je ne parlerai plus du bonhomme bleu qui s’évanouissait tout le temps dès qu’il faisait soleil (le latex et la peinture sur la peau, c’est plus pour les soirées olé olé que pour la promotion de l’activité physique au soleil…).

Les grandes instances de la promotion de l’activité physique au Québec (Québec en forme et cie) se sont retroussé les manches pour concocter une nouvelle campagne de promotion de l’activité physique ciblant les préadolescents. J’avais eu droit à une présentation ce printemps de cette campagne révolutionnaire à la touche 2.0. Tout était ultra-secret, mais nous allions être renversés lors du lancement à l’automne.

Il y a quelques semaines, la campagne Wixx a été lancée (donc, nous sommes l’automne…). Il s’agit d’une campagne visant la promotion de loisirs et de déplacements actifs chez les enfants âgés entre 9 et 13 ans. L’objectif principal de Wixx est de prévenir le déclin de l’activité physique chez les jeunes de ce groupe d’âge. Comme ils le mentionnent sur leur site, être un Wixx signifie être en mesure de saisir chaque opportunité pour apprécier l’activité physique. Il s’agit d’une initiative cool. Wixx, c’est une attitude, c’est un mode de vie, une idéologie, Wixx c’est un mouvement.
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Pour être franc, je suis toujours un peu réfractaire à ce genre d’initiative simplement parce que mon expérience me dicte qu’il s’agit bien souvent de fourneaux bureaucratiques à flamber des dollars sur le dos des enfants. Je sais, je ne me ferai pas beaucoup d’amis chez Québec en forme…

Comme je travaille régulièrement à promouvoir l’activité physique auprès de familles québécoises, je n’ai pas eu le choix que de m’intéresser à Wixx. Est-ce un outil intéressant ou bien une autre pâle caricature de l’œuvre de Peyo?

Dans un premier temps, je dois avouer que la stratégie marketing a été affinée. L’image du site, la stratégie de communication via les réseaux sociaux et les chaînes télévisées spécialisées (Vrak) semblent nettement plus configurés pour attirer les jeunes. Comme contenu, on y retrouve des idées d’activités physiques (cachées à l’intérieur d’un œuf que l’on doit casser à grands coups de clics de souris), des vidéos et la possibilité d’interagir avec d’autres membres du site à travers des commentaires. Il y a également une section concours où l’on peut gagner des prix. Un autre point intéressant, le temps limité d’accès au site, pas plus de 7 minutes et 34 secondes avant de se voir couper l’accès aux vidéos et de recevoir un message nous invitant à bouger. Finalement, lorsque l’on s’inscrit, on reçoit une enveloppe cadeau contenant des lacets Wixx, une attestation de participation et un autocollant.

Ça vous donne le goût? Moi pas, mais je ne suis pas la clientèle cible alors c’est tout à fait normal. Mais, est-ce que tout cela va donner le goût aux jeunes de bouger?

Je pense que l’initiative Wixx peut fonctionner (oui, oui, j’ai dit du bien de l’action de Québec en forme) si elle remplit des conditions importantes :

–          Il faut que la campagne soit perçue par les jeunes comme étant cool et non une imitation de cool par des adultes qui veulent leur faire faire des choses pour leur santé

–          Il faut que la campagne démontre de la profondeur et puisse étendre son action dans la communauté par des actions ciblées afin de créer un sentiment d’appartenance. Par exemple, il doit y avoir des initiatives de regroupement favorisant la pratique d’activités physiques dans les écoles débordant sur le web. Créer un flashmob pour chaque école du Québec et le mettre en ligne et voter pour le meilleur flashmob Wixx. D’autres idées : créer la sculpture humaine regroupant le plus de jeunes, créer le plus long serpentin humain dans une cour d’école (vous savez, cette danse que l’on fait dans tous les mariages alors que tout le monde se suit en essayant de faire suivre le plus de gens possible), filmer la récréation la plus active du Québec, etc.

–          Il faut que la campagne puisse aller rejoindre les familles, plus particulièrement réussir à activer la tête dirigeante du foyer. L’effet cool doit se traduire par un effet bénéfique aux yeux des adultes de la famille qui doivent s’engager eux aussi à être actif.

–          Il faut que la campagne soit en mesure de transmettre des informations clés concernant l’activité physique afin d’éduquer les participants en plus de les faire bouger.

–          Il faut que la campagne incite les jeunes à exercer une influence positive sur les autres afin de bouger plus et non de devenir une source d’intimidation. Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups et faire front commun avec une campagne contre l’intimidation? J’imagine que l’opération de combiner deux stratégies de deux programmes différents risque d’être trop compliquée. Il faudrait faire une table de concertation sur le sujet pour établir un processus d’analyse permettant de concevoir un plan d’action stratégique favorisant l’optimisation des structures décisionnels des organigrammes de fonctionnement au sein de chacun des partis impliqués. Bon, on oublie ça…

Toutefois, une chose m’inquiète. Est-ce que cette campagne va réussir à faire bouger ceux et celles qui en ont le plus besoin? Est-ce que les jeunes souffrant de surpoids ou d’obésité réussiront à s’y retrouver ou assistera-t-on à un phénomène d’ostracisme? Des activités « cool » proposées sur Wixx (danse, skateboard, etc.) beaucoup sont hasardeuses pour un enfant obèse. Par hasardeuses, je ne veux pas dire que l’enfant risque de se blesser physiquement, je sous-entends que l’enfant risque d’être mauvais et tourné au ridicule par ses pairs. En fait, est-ce que l’initiative Wixx ne va-t-elle pas uniquement donner une plateforme aux jeunes déjà actifs pour demeurer actifs? Pour l’instant, je ne vois pas de stratégie dans la campagne Wixx pour aider les jeunes physiquement moins bien nantis pour progresser vers un mode de vie plus en actif en leur fournissant les outils pour se développer tout en ayant un support positif de leurs pairs. Selon moi, on ne peut pas inciter les jeunes à être actifs sans leur en donner les moyens. Tout comme pour l’entraînement, il faut être en mesure de périodiser la pratique de l’activité physique dans le but de développer les aptitudes adéquates favorisant le plaisir de bouger. En somme, on ne demande pas à un néophyte de la course de courir un marathon en moins de 3h… Il en est de même pour un jeune sédentaire souffrant de surpoids et d’obésité, il faut le préparer en lui permettant d’obtenir les outils pour être en mesure d’avoir du plaisir en faisant de l’activité physique. Et pour obtenir les outils, il y a les efforts et le support de son environnement qui sont nécessaires.

Finalement, je me pose la question, est-ce que le gouvernement doit être cool pour rejoindre les jeunes ou bien doit-il fournir les ressources pour que les jeunes puissent y arriver? Personnellement, je n’ai pas d’objection profonde à ce que le gouvernement soit cool, cependant ce concours de popularité doit être appuyé par des ressources afin de favoriser l’accès et la pratique d’activités physiques pour tous. J’ai une collègue qui s’est démenée pour créer avec son équipe un index des ressources en activités physiques sur l’île de Montréal. Pour un petit groupe de recherche, il s’agit d’un travail colossal. Ce genre d’index permet à l’aide d’Internet à des familles de cibler les activités physiques qu’ils peuvent pratiquer dans leur quartier et selon leurs préférences. Ça n’a rien de cool, mais c’est quelque chose d’utile. Je m’explique mal pourquoi les grandes instances de promotions de l’activité physique avec leurs ressources de beaucoup supérieures à ma collègue n’ont pas eu l’idée de contacter Google pour créer une carte des activités physiques au Québec. J’ai soumis l’idée à Google à plusieurs reprises, venant de moi cela risque d’aboutir sur une tablette. Un téléphone de Lucie ou d’André (de la Fondation Lucie et André Chagnon) à Patrick Pichette (Vice-président sénior et directeur financier chez Google, un ancien de chez Bell) et le projet est lancé avec les ressources qu’il mérite. Imaginez un instant la puissance d’un tel outil : vous entrez vos préférences, une adresse et on vous sort une liste des activités physiques qu’il est possible de faire. On peut même s’amuser à faire une combinaison avec la météo et un registre d’entreprises. Difficile à faire? Kraft l’a fait avec des recettes. Vous entrez les ingrédients que vous avez et hop! Kraft vous donne des idées de recettes. Bon, je me calme…

Alors, suis-je un Wixx? Non, je ne suis pas assez cool pour ça. Mais, j’espère sincèrement que cette campagne aura un effet positif sur le niveau d’activité physique des jeunes qui en ont le plus besoin. Sinon, je vais commencer à croire que ces grands programmes de promotion de l’activité physique ne servent qu’à justifier des salaires et des dépenses sur le dos de la jeunesse.

Références

 1.            Bergh IH, van Stralen MM, Grydeland M, et al. Exploring mediators of accelerometer assessed physical activity in young adolescents in the health in adolescents study — a group randomized controlled trial. BMC public health. Sep 21 2012;12(1):814.

2.            Herrick H, Thompson H, Kinder J, Madsen KA. Use of SPARK to Promote After-School Physical Activity. The Journal of school health. Oct 2012;82(10):457-461.

3.            Kriemler S, Meyer U, Martin E, van Sluijs EM, Andersen LB, Martin BW. Effect of school-based interventions on physical activity and fitness in children and adolescents: a review of reviews and systematic update. British journal of sports medicine. Sep 2011;45(11):923-930.

4.            Lemstra M, Rogers M, Thompson A, Moraros J. Physical activity in youth: prevalence, risk indicators, and solutions. Canadian family physician Medecin de famille canadien. Jan 2012;58(1):e54-61.

5.            Patton GC, Coffey C, Cappa C, et al. Health of the world’s adolescents: a synthesis of internationally comparable data. Lancet. Apr 28 2012;379(9826):1665-1675.

6.            Salvy SJ, Bowker JC, Germeroth L, Barkley J. Influence of peers and friends on overweight/obese youths’ physical activity. Exercise and sport sciences reviews. Jul 2012;40(3):127-132.

7.            Staiano AE, Abraham AA, Calvert SL. Adolescent Exergame Play for Weight Loss and Psychosocial Improvement: A Controlled Physical Activity Intervention. Obesity (Silver Spring). Jun 14 2012.

8.            van Stralen MM, Yildirim M, te Velde SJ, Brug J, van Mechelen W, Chinapaw MJ. What works in school-based energy balance behaviour interventions and what does not? A systematic review of mediating mechanisms. Int J Obes (Lond). Oct 2011;35(10):1251-1265.

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La vie à l’école : Grasse matinée, grasse personne?

Est-ce que les grasses matinées peuvent influencer le niveau d’activité physique des élèves?

À la suite de tout le battage médiatique engendré par les modifications apportées aux recommandations en activité physique (quoi? Les médias en ont parlé pendant au moins 1 journée et demie ce qui est énorme pour la nature du sujet), j’ai eu l’occasion d’assister à plusieurs discussions animées tournant autour de l’activité physique. Tout juste au moment où les discussions commençaient à tourner en rond, le sujet a légèrement dévié pour se centrer sur l’activité physique des enfants et leurs cours d’éducation physique. J’avais en face de moi deux couples de jeunes parents qui étaient furieux de voir que les jeunes n’avaient plus d’occasion de pratiquer des activités physiques et qui s’inquiétaient de l’avenir qui était réservé à leur progéniture. Il n’en fallait pas plus pour que je ressorte une sympathique petite étude que j’avais menée il n’y a pas si longtemps que ça…

Étant, à la base un enseignant en activité physique, je me sens toujours interpellé lorsque l’on parle d’activité physique à l’école et surtout lorsque l’on y associe le terme ÉDUCATION. Moi, aussi, je m’étais jadis interrogé sur l’impact des cours d’éducation physique, mais, plus particulièrement de la répartition du temps d’activité physique chez les enfants d’âge primaire. À l’origine, je m’inquiétais de la diminution du nombre d’heures allouées au cours d’activité physique (davantage pour le nombre d’heure d’enseignement et de travail qui lui étaient associées, mais, comme je n’enseigne plus, mon intérêt s’est par la suite porté sur les enfants) et l’impact sur le quotidien des enfants. Plus particulièrement, je me suis intéressé à la répartition du temps d’activité physique sur la semaine de 7 jours. Bref, où et quand les enfants bougent le plus et où et quand bougent-ils moins?

Les détails du projet de recherche sont décrits dans un rapport disponible sur le site Internet de ma compagnie. En résumé, nous avons mesuré minute par minute la dépense énergétique d’enfants d’âge primaire pendant une période minimale de 7 jours. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que les enfants bougent davantage à l’école (448 min par jour en moyenne) qu’à la maison (360 min par jour en moyenne)! Revenons à nos couples de jeunes parents bouillant de rage contre le Ministère de l’Éducation du Québec et verbalisant leur indignation telle Gilles Proulx dans ses belles années.

Si les enfants bougent beaucoup à l’école et qu’ils bougent significativement moins la fin de semaine, doit-on blâmer l’école? Je vous dirais qu’il est tenant de blâmer les pôvres parents et de leur tomber dessus à bras raccourcis, mais, pour une fois, je vais tenter de couper la poire en deux (question de m’aliéner l’école et les parents…).

Oui, je pense que les parents ont un rôle important à jouer dans le niveau d’activité physique de leurs enfants. Insuffler un mode de vie actif à ses enfants n’implique pas uniquement d’allez au parc avec eux (et de s’asseoir sur le banc en lisant le journal), mais bien de les éduquer à jouer et à bouger (ça, ça veut dire que vous allez vous salir en allant jouer au parc). Il ne s’agit pas de se contenter d’aller reconduire ses enfants à l’aréna, mais bien de s’intéresser aux activités physiques pratiquées et surtout, surtout d’y associer le sentiment de plaisir qui doit venir avec la pratique d’une activité physique. Oui, je sais que de se lever à 5 h le matin pour aller reconduire le petit dernier à sa pratique du samedi matin ne semble pas agréable, mais, en maugréant tout au long du trajet, on contribue à développer un sentiment négatif quant à la pratique d’activités physiques. Là, vous voyez potentiellement où je veux en venir, sinon relisez le titre…

La principale cause de la baisse du niveau d’activité physique la fin de semaine se situe fort probablement au niveau du temps allongé (9.3 h par jour la semaine, 10 h la fin de semaine. Voilà, la grasse matinée à tourner dans les couvertures afin d’atteindre le toujours trop loin bouton snooze peut affecter le tour de taille. Bien évidemment, il ne s’agit pas d’un facteur unique, mais il s’agit souvent d’une heure passée allongée qui pourrait être mise à profit. L’argumentation de mes deux couples commençait à être dangereusement ébranlée.

J’aurais pu me contenter de blâmer les parents indignes qui s’enivraient de plaisir somnolent lorsque leurs enfants ne se réveillaient pas trop tôt la fin de semaine pour abruptement mettre fin à leur relation soporifique avec Morphée. La tentation est forte, mais, je vais plutôt diviser le blâme et me tourner vers les cours d’éducation physique dispensés à l’école.

Lorsque j’étais plus activement impliqué dans le milieu scolaire, la tendance des cours d’éducation physique était de tenter par tous les moyens possibles et imaginaires de faire bouger les élèves. Sommairement, personne ne reste assis et on bouge et gare à ceux et celles qui restent assis ou qui oublient leurs vêtements de sport… Dans cette quête vers un niveau optimal de temps actif d’activité physique, peu de temps était alloué à l’éducation. Oui, je sais très bien qu’on nous a expliqué en long et en large tous les règlements de chaque sport (habituellement, badminton, basketball, volleyball et athlétisme), mais on ne nous a pas expliqué ce qu’était l’activité physique et surtout, comment maintenir ou augmenter notre niveau d’activité physique au quotidien. L’accent était mis sur les activités physiques volontaires de nature sportive et praticable à l’école. Mais que faire à la maison? Bâtissez-vous un terrain de basket dans votre sous-sol pour les froids mois d’hiver…

Faisons une analogie avec les autres matières. Comme parents, si vos connaissances en géographie sont limitées, vous pouvez tout de même contribuer aux devoirs et leçons de vos enfants à l’aide du cahier d’étude. Vous n’avez donc pas besoin de connaître les grandes rivières du Québec, vous pouvez vous référer au petit document tout froissé qui sort du sac d’école. L’école aide les parents en leur fournissant des outils pour éduquer leurs enfants pour des matières spécifiques. Qu’en est-il de l’activité physique? Pas de cahier d’étude destiné aux parents parce que, tout le monde le sait, l’activité physique tout le monde connait ça. Comme la géographie et l’histoire…

Encore une fois, je pense que nous démontrons un esprit beaucoup trop réducteur face à l’activité physique et que l’atteinte d’un niveau d’activité physique plus important pour la population passe par une synergie pédagogique impliquant une éducation de l’enfant et un soutien aux parents.

Ce billet a été rédigé debout afin de diminuer le temps sédentaire de l’auteur.