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Il ne faut pas tuer les abeilles…même si elles font grossir

Récemment, la Harvard School of Health a publié sa version du Guide Alimentaire visant à informer la population américaine (et pourquoi pas canadienne) sur ce à quoi devrait ressembler notre alimentation quotidienne. Mais, attention au scandale!

Initialement, lorsque j’ai regardé le Healthy Eating Plate de Harvard, j’ai trouvé le tout simple, concis et rempli de bon sens. On y retrouve des recommandations classiques (que la population tarde encore à respecter) comme manger moins de produits raffinés ou transformés, plus de fruits et légumes, moins de viande rouge, plus de protéines de sources variées, etc. Après ce premier survol, je me suis dit que ce serait un outil à ajouter à ma collection. Ce n’est que quelques jours plus tard que j’ai été témoin d’un scandale en devenir. Harvard bannit le lait et les produits laitiers!

Quoi, ils ont déjà fait une mise à jour?

J’ai reçu quelques courriels, j’ai vu des informations sur le fil de presse de Twitter et Facebook qui soulignaient avec passion que Harvard reconnaissait que le lait et les produits laitiers étaient mauvais pour la santé. Qu’est-ce que j’ai manqué? Ahhhh! Le Healthy Eating Plate propose une réduction de la consommation de produits laitiers à 1-2 portions par jour…

Le Lobby Anti-Lait (ou LAL si vous aimez les acronymes) a sauté sur l’occasion pour clamer haut et fort qu’une des plus grandes instances en santé publique (moi qui pensais que Harvard était reconnu pour le côté business) reconnait publiquement que le lait est mauvais pour la santé et que, la pyramide nutritionnelle américaine est corrompue par le lobbying de l’industrie laitière et que le Canada n’est pas mieux. Ciel, vivement des élections!

En fait, ce n’est pas exactement ce que le Healthy Eating Plate et Harvard mentionnent. Premièrement, la quantité de portions de produits laitiers recommandées est similaire à ce qui est recommandé dans le Guide Alimentaire Canadien (~2 portions). Deuxièmement, l’argument principal et sans controverse de Harvard afin de réduire les apports en produits laitiers se situe au niveau des apports en lipides, plus particulièrement au niveau des gras saturés. L’autre argument, celui soulignant le lien entre certains cancers (prostate et ovaires) est plus difficile à soutenir et doit être présenté objectivement avec d’autres données. Par exemple, la consommation de produits laitiers est associée à une diminution des risques de cancer colorectal. Donc, l’affirmation principale devrait être de limiter les apports en gras saturés, que ce soit par une réduction des apports en produits laitiers ou autres.

Rien dans le rapport déposé par Harvard ne parle de bannir le lait ou les produits laitiers parce qu’ils sont mauvais pour la santé (outre le lien discutable pour les cancers, je vous invite à lire les références pour vous faire une idée). Pourtant, la nouvelle a été reprise selon cet angle. Personne ne parle de l’augmentation des apports en fruits et légumes, des produits céréaliers de blé entier (tiens, le Lobby Anti-Gluten ou LAG va être drôlement déçu). De plus, personne ne s’est insurgé à ce qu’une substance psychoactive pouvant causer la dépendance ne soit incluse dans l’assiette santé de Harvard (le café…).

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J’arrive difficilement à comprendre la hargne contre certains aliments alors que l’on tolère encore la cigarette malgré le fait que la communauté scientifique s’entende à l’unisson pour en condamner les méfaits sur la santé. Plus je regarde la situation, plus je suis en mesure de caricaturer les deux parties en présence. D’un côté, nous avons l’homme d’affaires (pourquoi toujours un homme d’ailleurs?), dans son complet bleu ou noir avec sa mallette (ou maintenant sa tablette), la mâchoire carrée, bien rasé et l’étincelle sur la canine droite. De l’autre, nous avons une femme (pourquoi toujours une femme?), en sandales et salopettes, des pâquerettes dans les cheveux, avec un léger maquillage bio et son sac de compost à la main. Les deux s’affrontent à grands coups d’études de cas, d’études scientifiques, de témoignages, etc. Malheureusement, je crains que la réalité échappe aux deux parties.

Lorsque quelqu’un me dit que l’arrêt de la consommation de produits laitiers a changé sa vie pour le mieux, je suis sincèrement content pour cette personne. Lorsque quelqu’un me dit que l’arrêt de la consommation de produits contenant du gluten a changé sa vie pour le mieux, je suis sincèrement content pour cette personne. Cependant, ça n’implique pas que les produits laitiers ou le gluten soient mauvais pour autant. Ce qui m’attriste, c’est que la bonne foi des gens ayant vécu ce genre d’expérience se transforme souvent en croisade hystérique contre ces produits. On cherche alors à imposer sa vision sans objectivité et surtout, on tente de priver la population d’un choix en imposant le sien. En réalité, les opposants aux produits laitiers font usage des mêmes stratégies que les partisans des produits laitiers et l’émotivité qui mène le débat fait en sorte que l’on perd de vue la réalité.

Ce n’est pas parce que quelqu’un est allergique aux abeilles que l’on doit tuer ces petits insectes. Car, si c’était le cas, il y aurait une perturbation irréparable de notre écosystème. Alors, on offre des alternatives aux personnes allergiques aux sympathiques petites bestioles en leur offrant des traitements et en leur soulignant l’importance d’éviter de se faire piquer. Il en va de même pour notre alimentation, avant de bannir, nous devons comprendre l’ensemble de notre écosystème nutritionnel et toutes ses ramifications.

Références

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9.            Elwood, PC, JE Pickering, DI Givens, and JE Gallacher. The consumption of milk and dairy foods and the incidence of vascular disease and diabetes: an overview of the evidence. Lipids 2010; 45(10). 925-39.

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