Publié par

La supercherie de la méthode Tabata…

méthode tabata entrainement tabata programme

I TabataTabata, le célèbre inventeur de la non moins célèbre MÉTHODE TABATA est mort. En fait, ce n’est pas tout à fait juste, car il n’a jamais existé. Enfin, il a existé et existe toujours, mais il n’a jamais inventé la méthode qui porte son nom. Ça porte à confusion? Attendez de lire la suite…

Suite à un article publié dans LaPresse+, je me suis senti obligé de revenir sur le sujet de la fameuse méthode Tabata. Je dois l’avouer, je suis sérieusement agacé par toute cette histoire frauduleuse de la damnée méthode Tabata. Pour moi, il s’agit d’une arnaque. Voici pourquoi.

La méthode Tabata qui est utilisée en conditionnement physique prend la forme d’un entraînement en circuit où l’on effectue des exercices de musculation (avec appareils, TRX ou le poids du corps, etc.) pendant un bref intervalle de temps (20 s) accompagnés de repos très court (10 s). On effectue généralement entre 2 et 4 vagues de 5 à 10 intervalles. Après avoir fait tout ça, notre métabolisme est hyper élevé, l’oxydation des lipides est maximale, notre capacité aérobie décuplée et par-dessus tout on devient beau riche et célèbre. Wonderful!

En plus, cette méthode provient directement de l’univers de la science, les résultats ci-haut mentionnés ont été clairement démontrés dans une étude scientifique béton. Izumi Tabata a réussi à démontrer que la musculation à haute intensité pendant 20 s permettait d’améliorer la capacité aérobie, l’oxydation des gras et de changer la composition corporelle. Comment a-t-il réussi ce coup de maître?

Ce cher Dr Tabata a démontré tout cela en testant 2 groupes de cyclistes. Le premier groupe devait compléter pendant 6 semaines un entraînement en continu à intensité modérée (70 % de la capacité aérobie pendant 60 min, 5 jours par semaine) alors que le second devait compléter un entraînement par intervalles à haute intensité (170 % de la capacité aérobie, 7 ou 8 séries de sprints de 20 s avec une récupération active de 10 s). Le tout était bien sûr complété sur ergocycle et on a mesuré la capacité aérobie avant et après les 6 semaines d’entraînement. Bon, les puristes diront qu’on n’a pas mesuré la composition corporelle ou bien l’oxydation des substrats, mais à quoi bon? Tout le monde sait que la méthode Tabata permet de perdre du gras, ça crève les yeux. Quant à ceux et celles qui vont crier au scandale parce que l’entraînement était effectué sur ergocycle et non sur des exercices de musculation, je vous répondrai que ce n’est qu’un détail, car tout le monde sait qu’un vélo et un squat c’est la même chose. Tout le monde sait ça, non?

Tabata (exemple)

HIIT 1 (exemple)

 

Voilà l’immense fraude de la « méthode Tabata ». Aucune des affirmations associées à l’article scientifique n’a été démontrée dans l’étude sinon l’amélioration de la capacité aérobie (mais avec un ergocycle, pas de la musculation). J’ai fouillé les entrailles d’Internet pour tenter de trouver la source de cette dérive marketico-pop-du-conditionnement-physique, mais sans succès. Quelqu’un quelque part est franchement incompétent et confond musculation et cardio ou bien quelqu’un quelque part est un génie du marketing.

Que ce soit l’article dans LaPresse+ ou bien les informations sur un site « reconnu » de la méthode Tabata , la réalité demeure la même : les sources d’informations utilisées ont été mal citées, déformées et corrompues. Bien sûr, cela n’implique pas forcément que la méthode Tabata ne procure pas de bénéfice pour la santé ou la condition physique. Toutefois, il est essentiel de comprendre qu’aucune étude (à ma connaissance) n’a mesuré les effets de la méthode Tabata telle qu’employée en conditionnement physique. En analysant ce qui est  fait lors de ce type d’entraînement, je peux me permettre de spéculer que la capacité aérobie ne bougera pas d’un iota, que la force musculaire demeurera la même, qu’il y aura possiblement une légère augmentation de la puissance musculaire et que l’on pourra possiblement développer un peu d’endurance musculaire locale. En ce qui concerne la composition corporelle, la quantité infime de calories dépensées lors de ce type d’entraînement (quand on a recours à la musculation et non à un ergocycle ou à de la course) ne pèsera pas lourd dans la balance énergétique.

Le Dr Izumi Tabata, s’il le savait, serait le premier à rire (ou à rager) de l’utilisation perverse qui est faite de ses efforts académiques.  Cette métode d’entraînement est un exemple flagrant d’un manque de rigueur et d’esprit critique de la part de la communauté du conditionnement physique (je sais, je suis dur…). Je pense que l’on devrait changer le nom de la Méthode Tabata pour la Méthode Tabarn&*…

Pour ceux que ça intéresse, voici l’abrégé de l’article qui est le plus souvent cité en référence pour la méthode Tabata:

This study consists of two training experiments using a mechanically braked cycle ergometer. First, the effect of 6 wk of moderate-intensity endurance training (intensity: 70% of maximal oxygen uptake (VO2max), 60 min.d-1, 5 d.wk-1) on the anaerobic capacity (the maximal accumulated oxygen deficit) and VO2max was evaluated. After the training, the anaerobic capacity did not increase significantly (P > 0.10), while VO2max increased from 53 +/- 5 ml.kg-1 min-1 to 58 +/- 3 ml.kg-1.min-1 (P < 0.01) (mean +/- SD). Second, to quantify the effect of high-intensity intermittent training on energy release, seven subjects performed an intermittent training exercise 5 d.wk-1 for 6 wk. The exhaustive intermittent training consisted of seven to eight sets of 20-s exercise at an intensity of about 170% of VO2max with a 10-s rest between each bout. After the training period, VO2max increased by 7 ml.kg-1.min-1, while the anaerobic capacity increased by 28%. In conclusion, this study showed that moderate-intensity aerobic training that improves the maximal aerobic power does not change anaerobic capacity and that adequate high-intensity intermittent training may improve both anaerobic and aerobic energy supplying systems significantly, probably through imposing intensive stimuli on both systems.

Références

1.            Medbo, J.I. and I. Tabata, Relative importance of aerobic and anaerobic energy release during short-lasting exhausting bicycle exercise. J Appl Physiol, 1989. 67(5): p. 1881-6.

2.            Tabata, I., et al., Metabolic profile of high intensity intermittent exercises. Med Sci Sports Exerc, 1997. 29(3): p. 390-5.

3.            Tabata, I., et al., Effects of moderate-intensity endurance and high-intensity intermittent training on anaerobic capacity and VO2max. Med Sci Sports Exerc, 1996. 28(10): p. 1327-30.

Publié par

La muscu, c’est cardio !?

[fusion_builder_container hundred_percent=”yes” overflow=”visible”][fusion_builder_row][fusion_builder_column type=”1_1″ background_position=”left top” background_color=”” border_size=”” border_color=”” border_style=”solid” spacing=”yes” background_image=”” background_repeat=”no-repeat” padding=”” margin_top=”0px” margin_bottom=”0px” class=”” id=”” animation_type=”” animation_speed=”0.3″ animation_direction=”left” hide_on_mobile=”no” center_content=”no” min_height=”none”]

Est-ce que l'entraînement en musculation peut être cardio?

J’ai récemment reçu quelques questions/commentaires concernant l’entraînement en circuit et la perte de poids. Plusieurs me questionnaient à savoir si la composante « cardio » de ce type d’entraînement favorisait la perte de poids. L’ensemble de l’argumentation reposait sur le fait que ce type d’entraînement fait augmenter les fréquences cardiaques et cause un essoufflement. Donc, c’est cardio et si c’est cardio, c’est bon pour la perte de poids…

J’imagine que l’avis des lecteurs sera partagé : les uns vont affirmer que des entraînements en circuit améliore le cardio, les autres vont rétorquer que la musculation, c’est anaérobie donc pas d’effet sur le cardio. Essayons de mettre les choses au clair.

Lorsqu’on parle de « cardio », on fait généralement référence au métabolisme aérobie, soit la transformation d’énergie à l’aide d’oxygène. Le métabolisme anaérobie quant à lui est caractérisé par sa capacité à transformer de l’énergie sans avoir immédiatement recours à l’oxygène. Lorsque l’on enseigne ces notions, on prend toujours bien soin de tout compartimenter : d’un côté, vous avez le système aérobie, de l’autre le système anaérobie. Sécurisant. Mais, ce n’est pas tout à fait comme ça. Il ne s’agit pas de deux moteurs distincts, mais plutôt de deux systèmes de transformation d’énergie qui sont reliés. Je sais, je sais, l’univers de plusieurs s’effondre…

Les activités que nous pratiquons sollicitent l’ensemble de nos systèmes de transformation d’énergie en proportions différentes. Lorsque vous faites de la musculation, votre système aérobie fonctionne et cherche à fournir suffisamment d’énergie pour répondre à la demande. Malheureusement, il n’est pas en mesure de fournir la quantité d’énergie requise dans les délais exigés. La musculation, ça ne coûte pas très cher en énergie, mais les demandes sont très rapides. Comme le métabolisme aérobie ne peut répondre à la demande (mais, vous réalisez quand même la tâche donc il doit y avoir du support qui vient d’ailleurs), le métabolisme anaérobie transforme rapidement de l’énergie pour combler le manque à gagner. Plus ce manque à gagner est important, plus la contribution du métabolisme anaérobie à la tâche est importante. C’est là que l’on parle de tâches anaérobies (comme de la musculation). Cependant, cela n’implique pas que la tâche est 100 % anaérobie mais plutôt à dominance anaérobie.

Alors, est-ce possible de faire du cardio en faisant de la musculation? Oui et non. Je dirais que pas mal tout le monde se trompe (je sais, ça fait quelque peu prétentieux…).

Commençons par ceux qui disent que l’entraînement en circuit c’est cardio. J’ai fouillé dans quelques-uns de mes livres [/fusion_builder_column][fusion_builder_column type=”1_1″ background_position=”left top” background_color=”” border_size=”” border_color=”” border_style=”solid” spacing=”yes” background_image=”” background_repeat=”no-repeat” padding=”” margin_top=”0px” margin_bottom=”0px” class=”” id=”” animation_type=”” animation_speed=”0.3″ animation_direction=”left” hide_on_mobile=”no” center_content=”no” min_height=”none”][1] pour trouver des données sur le sujet (eh oui, d’autres se sont penchés là-dessus, moins de travail pour moi!). J’ai trouvé quelques informations très intéressantes. Par exemple, on a demandé à un groupe de participants de réaliser un effort maximal sur un exercice similaire à une extension de la jambe (leg extension) en maintenant une surcharge constante. La figure 1 présente la contribution (en %) du métabolisme anaérobie et du métabolisme aérobie à la tâche. Vous êtes à même de constater que plus l’effort progresse (toujours avec la même surcharge), plus le système aérobie contribue à fournir l’énergie requise. Ce système devient même prédominant après 2-3 min d’effort. Cette figure confirme donc l’implication du système aérobie lors d’effort de musculation. Vous me direz qu’il s’agit d’un effort assez long pour une série de musculation et je serai d’accord. Néanmoins, faire de l’extension de la jambe avec une surcharge quand même respectable (un effort jusqu’à l’épuisement qui ne dépasse pas 3 min) demeure une tâche que l’on considère traditionnellement comme purement anaérobie. Je sens que les partisans de l’entraînement en circuit jubilent…

Figure 1: Contribution du métabolisme aérobie et anaérobie à un effort maximal d'extension de la jambe avec charge constante

Pourquoi en est-il ainsi? Parce que le métabolisme anaérobie est un système d’appoint brillamment conçu! Dès qu’il se met en branle, son activité ou plutôt les sous-produits de son activité, alimentent et stimulent l’activation du métabolisme aérobie. Comme tout bon système d’appoint, l’autonomie du système anaérobie lorsque mobilisé à plein régime (effort max) est très éphémère (< ~30 s). Cette autonomie est suffisante pour permettre au métabolisme aérobie de s’activer et de fournir de l’énergie afin de répondre à la demande. Cependant, la contribution du métabolisme anaérobie demeure nécessaire comme en témoigne la figure 1 (le métabolisme anaérobie est toujours actif à 180 s d’effort). Si l’apport du métabolisme aérobie ne peut rencontrer les exigences de la tâche, on observe une diminution du travail. Dans notre exemple, la fatigue causant la fin de l’effort n’est pas causée par un manque d’énergie, mais plutôt par d’autres facteurs comme la réduction du pH, la migration d’ions importants à la contraction musculaire (calcium, sodium, potassium), etc.

Donc, la musculation, c’est cardio !

Non, j’ai déjà dit que tout le monde se trompait. Maintenant, il faut déterminer quel pourcentage de la capacité aérobie est mis à contribution lors de ce type d’effort. Pour que ce soit cardio, il faut qu’il y ait un minimum de sollicitation. Faire du jogging à 30 % ou à 85 % de ses capacités n’implique pas du tout le même type d’effort qui va générer des adaptations spécifiques (la première va vous ennuyer alors que la seconde va améliorer votre capacité aérobie). Quand on dit que l’entraînement en circuit c’est cardio, il faut donc que ce type d’entraînement sollicite un tant soit peu un pourcentage décent de la capacité aérobie. Si ce n’est pas le cas, il n’y aura pas d’adaptation du métabolisme aérobie (donc, pas d’amélioration de votre cardio). On commence à moins jubiler…

Tableau 1: Dépense énergétique et fraction utilisée de la capacité aérobie pour différents niveaux de condition physique

Nous voici rendus à l’étape des calculs! J’ai déterminé le coût énergétique de la tâche présentée à la figure 1 afin d’établir le % de la capacité aérobie utilisé pour accomplir la tâche. Le tableau 1 nous présente précisément cette information pour 3 cas distincts, du plus faible (larve de sofa) au plus fort (athlète). Si nous mettons de côté la larve de sofa dont la capacité aérobie lui permet à peine de sortir du sofa et nous nous concentrons sur les autres valeurs, il est possible de constater que dans le meilleur des cas, l’entraînement en musculation sollicite le quart des ressources aérobie. Ce 25 % n’est pas suffisant pour améliorer la capacité aérobie ni l’endurance aérobie. L’entraînement en circuit ne sollicite pas suffisamment le métabolisme aérobie pour pouvoir affirmer qu’il s’agit d’un entraînement cardio.

Oui, mais les fréquences cardiaques et l’essoufflement, ça compte? Dernier spasme d’argumentation. Non, ce qui fait qu’un entraînement est cardio, c’est le niveau de sollicitation de l’ensemble des composantes qui donnent vie au métabolisme aérobie pas seulement les fréquences cardiaques ou la ventilation (sinon, une fibrillation cardiaque serait un excellent entraînement cardio). Les fréquences cardiaques augmentent lors d’un entraînement en musculation pour plusieurs raisons, mais pas pour répondre à la demande en énergie de la tâche. À 25 % de votre capacité aérobie, votre cœur n’a pas besoin de battre 160 fois par minute pour fournir l’énergie requise. S’il le fait, ce n’est pas pour uniquement pour fournir l’oxygène aux muscles. Il en va de même pour votre ventilation (essoufflement) qui s’ajuste principalement pour réguler l’équilibre acido-basique de votre corps lors de ce type d’effort.

En résumé, l’entraînement en musculation possède une composante aérobie qui n’est toutefois pas suffisamment importante pour mobiliser le système aérobie de façon à générer des adaptations. De plus, l’entraînement en musculation ne mobilisera pas les graisses comme source d’énergie contrairement à ce que plusieurs véhiculent. Alors, si vous faites un entraînement en circuit, faites-le pour autre chose que votre cardio ou la perte de poids. Et, non, l’entraînement en musculation ce n’est pas cardio.

Référence

1. Spriet, LL, Anaerobic metabolism during exercise, in Exercise metabolism, M. hargreaves and L.L. Spriet, Editors. Human Kinetics: Champaign. 2006. p. 7-28.[/fusion_builder_column][/fusion_builder_row][/fusion_builder_container]