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Le prix à payer: Lorsque la motivation mène à des blessures d’entrainement

Motivation blessures entrainement

Je ne saurais dire si la tendance est globale ou non, mais j’observe de plus en plus de gens qui s’inscrivent à des épreuves sportives diverses un plus plus tard dans leur vie. Que ce soit des compétitions de CrossFit ou des épreuves d’endurance en course à pied, triathlon, etc., on y retrouve des gens de tous les âges, avec un noyau assez important chez les trente ans et plus. Pour plusieurs, il s’agit du début de leur participation active à un sport, car plus jeunes ils n’ont pas eu l’opportunité de déployer leurs efforts lors d’une compétition ou de sports organisés. Pourtant, la motivation de ces gens peuvent bien souvent mener à des blessures en entrainement.

Pour beaucoup de ces gens, il s’agit d’une opportunité de vivre une ou plusieurs expériences incroyables. Nombreux sont ceux et celles qui veulent se dépasser, performer et parfois même faire compétition pour être parmi les meilleurs. Il s’agit d’une « première » vie sportive vécue dans une partie plus tardive de la vie.

Rien de bien méchant et à première vue rien de problématique à ce que quelqu’un souhaite goûter à la vie d’un athlète un peu plus tard dans la vie. Je m’adresse donc un peu plus à ceux qui commencent un sport plus tardivement dans la vie que des athlètes de longue date qui souhaitent étirer leur carrière sportive (bien que…).

Pourtant, une mise en garde importante se doit d’être prodiguée à ses athlètes en devenir qui n’ont plus vingt ans. Nombreux de ces athlètes voient la finalité (et l’idéalisent), soit la réalisation de leur(s) objectif(s) sportif(s) comme de compléter un marathon ou un Iron Man, comme étant la pièce maitresse de leur parcours. Certains sont en mesure de concevoir que l’entraînement sera en réalité la pièce maitresse de leur réussite. Mais, bien peu considèrent pleinement le prix à payer de vivre la vie d’un athlète.

Être un athlète ne se résume pas à gagner ou perdre, à faire ou ne pas faire une compétition. Être un athlète, même à temps partiel, exige des sacrifices coûteux.

Je réalise qu’il y a probablement une fraction non négligeable des athlètes en devenir mais vieillissants, qui n’est pas en mesure de concevoir le prix réel à payer pour atteindre ses objectifs. Et ici, par prix à payer, je ne parle pas uniquement des efforts à mettre à l’entraînement et lors des compétitions. Je parle de l’ensemble des concessions et sacrifices ainsi que des séquelles qui découlent de la vie d’un athlète. Parce que séquelles il y a.

Selon le bureau des statistiques américain, les athlètes sont parmi les couches de la population qui subissent le plus de blessures (plus de 1000 blessures par tranche de 10 000 individus) avec un taux assez élevé de blessures fatales (22 blessures fatales par tranche de 100 000 individus). Il y a un coût physique à payer qui ne se résume pas uniquement par la quantité de gouttes de sueur à verser pour performer. Personnellement, je ne connais pas d’athlète de haut niveau qui ne soit pas aux prises avec une ou plusieurs blessures. Une visite rapide chez le médecin pour pratiquement n’importe quel athlète de haut niveau se traduira par un diagnostic à peu près identique : Vous êtes en forme, mais vous avez de nombreuses blessures. Difficile à dire si l’athlète est en santé ou non… Les blessures arrivent avec la performance et ce, bien souvent, malgré les meilleures intentions de préparation.

Il y a également des coûts psychologiques à payer.

Certaines personnes voient dans leur performance beaucoup plus qu’un simple temps ou que d’un trophée. Elles y voient une valorisation externe importante ainsi que l’appropriation d’une identité. Si l’acquisition d’une identité caractérisée par des performances sportives peut être bénéfique chez des athlètes plus jeunes, je m’interroge (sérieusement, pas d’ironie, je m’interroge vraiment) sur les bienfaits potentiels chez une personne de 30 ou 40 ans. Alors qu’il est plus facile de « remettre à sa place » un jeune athlète de 18 ans, cela m’apparait plus délicat pour un « nouvel athlète » de 35 ans. Certains de ces athlètes vieillissants ont très peu de bagage sportif et d’expérience de compétition avant de savourer leur premier succès. Ce manque d’expérience sportive peut causer parfois une mauvaise gestion du stress associé aux succès (oui, la gestion du succès est une forme de gestion du stress). Cela peut mener à l’apparition de comportements plus typiques de l’adolescence comme la prise de risque démesuré (orienté généralement vers une performance sportive), la fuite (mise de côté de la famille et du travail au profit de la pratique excessive du sport de prédilection) et même l’apparition de l’influence des pairs sur ces décisions (achat d’équipement hyper haut de gamme parce que l’autre à côté en à un)…

Il y a également un coût social à payer.

J’ai vu des nouveaux athlètes de 40 ans négliger leur famille pour se consacrer à leur préparation en vue d’une performance sportive ne rapportant pas d’argent et n’offrant pas de contrat de publicité. Une compétition bien simple et inoffensive. Lorsque ces gens décident d’allouer près de 25h par semaine à leur entraînement, il faut qu’il y ait une réattribution du temps pour l’ensemble des activités. On ne parle pas d’individus qui ne faisaient rien de ces 25 heures par semaine, mais d’individus ayant déjà un horaire chargé et trouvant parfois difficilement du temps pour leur conjoint/conjointe ou leurs enfants. Il est donc important de considérer le coût social d’un mode de vie d’athlète et surtout de déterminer si l’investissement dans la pratique d’une activité sportive de performance en vaut la peine.

Il existe des différences fondamentales dans la pratique d’un sport en fonction de certaines tranches d’âge, tant au niveau psychologique, physiologique que social. Un corps vieillissant est capable de grandes choses surtout que bien peu de gens se rapprochent réellement de leur plein potentiel athlétique. Pour plusieurs, cela signifie que l’on risque d’observer une belle progression initiale lors des premières performances. Cependant, les capacités de récupérations deviennent progressivement moins productives avec l’âge et les traces d’un entraînement risquent de perdurer plus longtemps et de laisser des séquelles plus facilement que lorsqu’on avait 15 ou 16 ans.

Compléter un marathon, faire une épreuve de course à obstacles, une compétition de CrossFit, c’est bien et c’est bien pour beaucoup de gens. Toutefois, il est important de considérer les risques de la pratique d’un sport dans une optique de compétition ou de performance. Il y a faire du sport et il y a faire de la compétition.

Ne vous méprenez pas, j’encourage les gens, peu importe l’âge, à pratiquer le plus d’activité physique possible et de mettre à profit leurs aptitudes physiques quelles qu’elles soient. Cependant, lorsque l’on parle de performance ou de compétition il est essentiel de comprendre les enjeux en place, la réalité de ce que l’on entreprend ainsi que de nos capacités actuelles et futures. Il est donc très important de faire la distinction entre la pratique d’un sport et la pratique d’un sport dans une optique de performance ou de compétition, le prix à payer n’est définitivement pas le même.

Voici quelques questions à se poser avant de se lancer dans une préparation sportive avec une optique de performance :

  • Pourquoi est-ce que je fais ça ?

(si vous répondez pour le plaisir, vous risquez de déchanter… Si vous répondez pour le défi, assurez-vous de bien connaître les exigences du défi en question…)

  • Pour qui est-ce que je fais ça ?

(presque tout le monde répond habituellement « pour moi ». Si vous le faites pour vous, pourquoi vous inscrire à une compétition avec plein de gens ? Pourquoi ne pas faire la distance de course seul sur un parcours de votre choix pour vous prouver à vous seul que vous êtes capable ? Ou encore, pourquoi mettre sur les réseaux sociaux le résultat de vos entraînements ou de votre compétition si vous le faites noblement pour vous ?)

  • Est-ce que j’ai le temps ?

(si vous vous plaignez de ne pas avoir assez de temps, il va falloir prévoir une réorganisation majeure de votre horaire…)

  • Est-ce que j’en ai les capacités ?

(pour ça, il faut consulter un spécialiste qui sera en mesure de vous faire passer des tests spécifiques à la discipline/sport choisi et de déterminer votre état de départ et une progression réaliste)

  • Est-ce que j’en ai les moyens ?

(ça coûte toujours cher performer)

  • Est-ce que j’ai les moyens si… ?

(si vous vous blessez lors de la pratique de votre sport, avez-vous les moyens de maintenir le train de vie de votre famille et le votre si vous ne pouvez plus travailler ?)

Bonne réfléxion…

Références

  1. Geard, D., et al., Masters Athletes: Exemplars of Successful Aging? J Aging Phys Act, 2016: p. 1-35.
  2. McGuine, T., Sports injuries in high school athletes: a review of injury-risk and injury-prevention research. Clin J Sport Med, 2006. 16(6): p. 488-99.
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Forger une athlète…

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Félicitation à Laura Stevenson (première à gauche sur la photo) pour sa 3e place
Félicitation à Laura Stevenson (première à gauche sur la photo) pour sa 3e place

Il m’est difficile d’appeler les gens que j’entraîne des clients, je préfère définitivement le terme athlète. Ce n’est possiblement qu’une perception, mais je trouve que ce terme est plus approprié. J’éprouve une satisfaction immense à prendre par la main une personne au début de son parcours afin de l’accompagner le plus longtemps possible dans son cheminement. Pour moi, entraîner quelqu’un ne signifie pas uniquement développer des qualités physiologiques ou changer la composition corporelle. Il s’agit davantage d’aller chercher les matériaux bruts enfouis dans cette personne afin de les forger sous la forme d’un alliage immaculé.

Ce n’est pas une tâche facile tant pour moi que pour l’athlète. Il ne s’agit pas de créer une pièce parfaite, mais plutôt de parfaitement créer une pièce. La nuance est subtile, mais essentielle. Le cheminement donne le résultat final et en aucun cas, la fin ne peut justifier les moyens. Le chemin doit justifier la fin.

Lors d’une compétition récente, je fus frappé par le cheminement d’une de mes athlètes. Comme si, soudainement, je voyais défiler le parcours de cette athlète sous mes yeux, de ses débuts timides à sa plus récente performance. Cette participation à cette dernière épreuve sportive fut caractérisée par une assurance et une maturité déconcertantes. Ces éléments m’ont marqué bien au-delà de ses valeurs de composition corporelle ou bien des résultats de la compétition (une 3e place exéquo lors d’une compétition au calibre relevée). L’individu était devenu une athlète à part entière. Elle vivait selon les principes qui motivent son succès. Elle n’était pas une athlète à temps partiel qui arbore une discipline temporaire le temps d’une préparation pour un évènement, elle vivait selon des principes d’activité physique, d’entraînement et de nutrition. Sa participation à la compétition n’était qu’un moment ponctuel d’un mode de vie dévoué à l’amélioration de soi et à l’amélioration d’autrui et non le point culminant. Une athlète aux facettes multiples, une athlète à part entière.

Je n’écris pas ces lignes pour louanger cette athlète et gonfler inutilement son égo, mais bien pour souligner l’importance du développement multidimensionnel d’une personne. Un entraîneur peut se limiter à travailler avec des clients et se contenter de les mener à l’atteinte de leur objectif. C’est déjà beaucoup. Mais, c’est se priver de la satisfaction de contribuer plus intensément au développement d’une personne que de se limiter à l’atteinte d’objectifs. Il y a plus que de perdre du poids, gagner du muscle ou courir plus vite. Dans le contexte d’une compétition de fitness, on peut se limiter à développer une personne pour atteindre des niveaux exceptionnels de composition corporelle. On peut également chercher à contribuer au développement d’une personne exceptionnelle. C’est plus long, c’est plus difficile, c’est moins rentable et cela demande un réel partenariat entre l’entraîneur et l’athlète. Tous deux doivent partager des valeurs communes et surtout, tous deux doivent pleinement assumer ces valeurs et les choix qui en découlent.

Encore plus important, il faut accepter de mériter son cheminement et de trouver ses plus grandes victoires dans les défaites les plus amères. L’adversité est probablement le feu qui permet de forger les meilleurs alliages. En fait, je considère qu’une véritable athlète ne gagne jamais de victoires, elle les mérite. On gagne une expérience inestimable lors d’une défaite, mais on se doit de toujours mériter la victoire. C’est un concept frustrant et difficile à pleinement assumer.

Pourtant, lors des derniers IFBB International Event Qualifier à Winnipeg, j’ai agréablement constaté que Laura Stevenson avait atteint un autre niveau de compétition. Non pas parce qu’elle a réussi un top 5 et qu’elle a présenté d’excellentes valeurs de composition corporelle, mais parce qu’elle les a accompagnés d’excellentes valeurs d’athlète, d’excellentes valeurs de vie. Elle n’a pas été la meilleure selon les critères des juges (et pour une fois je suis d’accord), mais elle a dépassé nos objectifs tant sur le plan physique que sur le plan humain. Et ça, ça ne paraîtra jamais sur une feuille de jugement.

Forger une athlète à partir de matériaux bruts est une opportunité que je souhaite à tous les entraîneurs. Cependant, il est essentiel de réaliser qu’il s’agit également d’une responsabilité énorme, car nous influençons le parcours et le développement d’une personne et pas uniquement d’un cheval de course.

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Réponse à l’entraîneur X…

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IDFA MTL CLassic 2013
Félicitations à: (rangée arrière) Sirine, Gabrielle, Mélanie, Isabelle, Annie, Julie, Marie-Lyse, (rangée avant) Marie-Josée et Katy

Trhfpre, alias l’entraîneur X m’a demandé de retirer son nom de mon article. Ce n’est pas dans mes habitudes d’accepter ce genre de requête, mais comme le principal concerné me semble repentant et que le fond est plus important que la forme, j’ai acquiescé à sa demande.

Lors de la Classique IDFA de Montréal 2013, j’ai lancé une nouvelle cuvée d’athlète (en fait le j’ai représente plus un nous, car il s’agit d’un travail d’équipe). Comme je l’ai mentionné à de nombreuses reprises, je considère qu’une athlète, ça se construit. Et, qui dit construction, dit plan et dit étapes (et non enveloppe brune). Mais, je suis conscient que ce n’est pas l’approche de tout le monde. Il y a des entraîneurs qui veulent avoir des gagnants tout de suite et l’idée de développer une athlète signifie uniquement de gagner de compétition en compétition. Des trophées et des médailles, on aime ça et on en veut toujours plus.

Je crois que c’est le cas de Trhfpre, alias entraîneur X.

Je suis tombé par un hasard heureux (ou non) sur un message texte que Trhfpre a envoyé à une de mes athlètes immédiatement après sa sortie de scène. En résumé, il la félicitait et le message mentionnait également qu’elle n’était pas prête et qu’elle n’aurait pas dû se présenter à la compétition (je résume l’idée). Alors que certains entraîneurs que je connais auraient allègrement bastonné Trhfpre  jusqu’à ce qu’il régurgite ses rotules, j’ai plutôt cherché à comprendre son message. Comprendre, parce que si à un premier niveau il s’adressait à mon athlète, au second niveau il s’adressait directement à moi. Si mon athlète était mal préparée, c’est en réalité parce que j’ai failli à ma tâche d’entraîneur. J’aurais donc livré en pâture certaines de mes athlètes, soit par insouciance, soit par incompétence. Il n’en fallait pas plus pour que je te réponde l’entraîneur X afin de tenter de t’expliquer mon insouciance et mon incompétence. Ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas d’un article contre ceux et celles qui aiment obtenir des trophées, mais plutôt d’une brève explication d’une autre approche. Assurément, il ne faudrait surtout pas que d’autres entraîneurs fassent les mêmes erreurs que moi.

Dans le domaine du Fitness, il ne faut pas se le cacher, beaucoup d’entraîneurs souhaitent voir leurs athlètes remporter des trophées, beaucoup de trophées. C’est normal, c’est valorisant, agréable et c’est un des buts de ces compétitions (il ne faut pas oublier qu’il s’agit aussi d’un revenu essentiel pour plusieurs entraîneurs). Plus les athlètes remportent de nombreux prix, meilleur est l’entraîneur n’est-ce pas? Un entraîneur n’est aussi compétent que le meilleur résultat de ses athlètes, non? Ce genre de raisonnement fait en sorte que de nombreux entraîneurs sélectionnent leurs athlètes en fonction de leur condition initiale. En somme, on prend les athlètes qui sont déjà le plus près du but afin d’espérer gagner le plus rapidement possible. Et c’est tout à fait correct comme ça. Des trophées et des médailles, on aime ça parce que cela signifie que l’on est bon. C’est rassurant et réconfortant comme un biscuit Oréo et un grand verre de lait (désolé pour les produits laitiers et le gluten).

Sauf que moi Trhfpre, je n’ai aucune ambition à entraîner Wayne Gretzky ou Mario Lemieux au hockey, ça serait trop facile. Je souhaite développer des athlètes peu importe de leur niveau initial. Je suis intéressé par le potentiel de développement athlétique et personnel de chacune de mes athlètes. Je ne suis pas intéressé par où elles vont aujourd’hui, mais bien par jusqu’où elles pourront aller demain. Mes critères de sélection sont plus axés sur le désir de changement que sur le potentiel athlétique. Probablement qu’on m’a trop souvent raconté l’histoire de cendrillon quand j’étais jeune…

Tu vois Trhfpre, les athlètes avec lesquelles j’ai l’honneur et le privilège de travailler acceptent de mettre leur développement entre mes mains, pas pour des trophées ni des médailles, mais bien pour devenir ce qu’il y a de mieux. Elles acceptent de s’engager dans un long processus de développement multidimensionnel nécessitant apprentissage, croissance, changement de mode de vie et bien sûr amélioration de leur condition physique et composition corporelle. Pour les trophées et les médailles, on en retrouve au Dollorama ou chez Castel trophée si le budget y est…

Je peux concevoir que cette idéologie de développement ne rejoigne pas tout le monde. Il y en a qui veulent gagner des trophées, ne l’oublions pas. Pourquoi j’accorde une aussi grande importance au développement? Parce lors des compétitions de Fitness, il est possible de terminer première avec un physique moins bon que lors de sa compétition précédente, simplement parce que les autres compétitrices étaient moins fortes cette fois ou bien que les juges nous étaient plus sympathiques. J’ai déjà vu des athlètes gagner leur carte PRO avec possiblement leur moins bon physique de compétition de l’année. J’ai déjà vu des athlètes se désister d’une compétition parce qu’une athlète plus forte qu’elle s’y présentait et choisir une compétition moins forte pour remporter leur titre. C’est pourquoi à chaque compétition, mes athlètes ont des objectifs autres que le simple classement. C’est difficile à accepter, ça prend de l’humilité et une bonne tête sur les épaules. Mes athlètes en sont pleinement conscientes et acceptent de vivre avec ce fardeau additionnel: il ne suffit pas de gagner, il faut performer à la hauteur de son talent.

Je veux que mes athlètes s’améliorent constamment, qu’elles repoussent continuellement leurs limites. Ça, c’est une pression énorme. J’insiste pour qu’elles présentent des meilleures valeurs de masse grasse et de masse maigre à chaque compétition, peu importe contre qui elles se présenteront, peu importe la compétition. Je souhaite qu’elles améliorent leur prestance sur scène en améliorant chaque détail. J’insiste également pour que chacune de ces améliorations repose sur des changements de mode de vie sains. Je ne veux pas de physique éphémère, je veux des athlètes 365 jours par année. Des athlètes inspirées et intègres tant dans l’adversité que dans le succès. Ça, ça ne se grave pas sur un trophée, ça s’imprègne dans l’âme et dans le coeur à travers les joies et les déceptions.

Pour revenir à ton message Trhfpre, je me demande comment tu pouvais connaître les objectifs de mes athlètes ? Simplement en regardant leur physique (un peu trop de gras par-ci, pas assez de muscle par-là)? En suivant ce raisonnement Trhfpre, on doit comprendre qu’il n’y a qu’une seule athlète qui était prête lors de la compétition et c’est celle qui a fini première? Pourtant, j’ai vu beaucoup trop d’athlètes de fitness gagner une fois pour ne plus jamais compétitionner par la suite. Pourquoi? Parce que trop souvent, si leur physique était impeccable, elles n’étaient pas réellement prêtes. Mais, des trophées et des médailles, on aime ça, peu importe le prix ou les conséquences…

Alors, cher Trhfpre, il me fait plaisir d’être incompétent ou insouciant et de sortir des filles dont le physique initial ne leur permet pas de gagner un trophée à leur première compétition. Tu vois, je préfère de loin que mes athlètes et moi empruntions le chemin le plus difficile, celui qui implique de nombreuses adaptations qui dépassent largement les tonnes de fonte soulevées ou encore une diète restrictive. Ce parcours permet à mes athlètes d’apprécier chaque compétition à sa juste valeur, de leur première compétition de calibre régional jusqu’aux événements d’envergure mondiale auxquels elles participent et se classent avantageusement (si tu veux des beaux trophées, je peux t’en envoyer, ils commencent à encombrer mon sous-sol). Un chemin lucide, mais sans pitié. Mais ça, je ne pense pas que tu puisses le comprendre.  Astique bien les trophées de tes athlètes, car ils brillent sans aucun doute grâce au reflet de ton égo.

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Suis-je le seul à entraîner des perdantes?

ropebridgeJ’aurais pu également tomber dans le cliché et intituler cet article : l’herbe est toujours plus verte chez le voisin. Lorsque je navigue sur les réseaux sociaux, je suis à même de constater différents statuts, commentaires et photos qui font l’éloge du succès de nombreux entraîneurs et entraîneuses (ô combien je déteste cette version féminine, pourquoi n’a-t-on pas choisi entraîneure?). Des résultats incroyables, des histoires de succès dignes des plus beaux contes de fées.

À partir de ces informations, je suis forcé d’admettre que mes athlètes ne cadrent pas du tout dans ce profil. Pour être honnête, elles en arrachent, doivent travailler extrêmement fort, doutent constamment de ce qu’elles font, hésitent et n’obtiennent bien souvent pas les résultats de performance tant souhaités. Soit par ma faute, soit par la leur, je dois me résoudre à l’évidence : j’entraîne des perdantes.

En poussant mon raisonnement plus loin, je me suis interrogé à savoir si d’autres entraîneurs (et entraîneuses, je sais…) se retrouvaient dans la même situation que moi. Probablement. Assurément.

J’ai réalisé que je vivais exactement la même chose que mes athlètes peuvent vivre et que, presque assurément, les athlètes et les adeptes du conditionnement physique des autres entraîneurs vivent aussi. Je réalise qu’il existe une profonde insécurité dans le domaine de l’entraînement qui anime plusieurs comportements très caractéristiques du milieu.

Ce phénomène a pris de l’importance depuis l’avènement des médias sociaux qui permettent la diffusion rapide et à grande échelle de l’information. Maintenant, on peut avoir un aperçu de ce qu’unetelle ou untel fait. Cette parcelle d’information alimente bien souvent l’imagination de ceux et celles qui l’aperçoivent. Quoi? Miss Unetelle mange du Mahi-Mahi avec du brocoli tordu? Avez-vous vu la voie ferrée qui lui sert d’abdominaux? Moi qui mange du thon et des épinards, vite il faut que je change ma diète…

Et si cette athlète ne faisait pas que ça? Et si elle faisait autre chose que ça, mais affichait tout de même cette photo et ce commentaire? Et si cette athlète était dopée? Non, impossible. Afin d’avoir des abdominaux comme elle, il faut faire comme ses statuts Facebook…

Il en va de même dans les centres de conditionnement physique. Lorsque l’on voit quelqu’un s’y entraîner d’une façon X ou Y ou bien parler de son nouveau plan alimentaire qui incorpore tel ou tel aliment, plusieurs vont remettre en question leur mode de fonctionnement si cette personne obtient des résultats. Le manque de confiance en ses capacités et dans le processus actuel de l’intervention que l’on suit nous pousse à chercher bien souvent une solution quasi-miracle chez le voisin. Pourtant, on ne peut baser une intervention sur un simple tweet ou sur une photo provenant d’instagram.

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Il ne faut pas banaliser ce phénomène, car il affecte autant les entraineurs que les entraînés. Il prend naissance dans un manque de confiance et/ou un manque de compréhension du processus d’intervention. Personne n’est à blâmer, il faut seulement travailler sur les bons éléments pour permettre une évolution des comportements. Ces éléments sont davantage de nature psychologique que physiologique. Voici quelques recommandations afin d’éviter de tomber dans une spirale de questions et de réorientations continuelles ne faisant qu’imiter un chien qui poursuit sa queue.

1)      Comprendre ce que l’on fait

Les insécurités proviennent habituellement d’un manque d’expérience et/ou d’un manque de connaissances. En tant qu’entraîneur, il est important d’accepter que ses athlètes soient affligés par un certain niveau d’incertitude et d’incompréhension. C’est normal, sauf qu’il ne faut pas s’arrêter là. Il est essentiel de fournir les informations nécessaires et les outils afin que nos athlètes (ou adeptes du conditionnement physique) puissent apprendre davantage. La pire erreur est sans aucun doute de tenter d’isoler ces athlètes des différentes sources d’information. Cette voie dogmatique empêche un développement complet de l’athlète et risque d’exacerber le problème initial. En somme, il est important que vos athlètes soient au courant de ce que les autres font et pourquoi ils le font. En demeurant accessible aux questions de vos athlètes et en prenant le temps d’y répondre, il est possible de réussir un important travail d’éducation qui sera profitable à tous.

2)      Accepter que ce que l’on fait, on le fait pour soi

Il est tout à fait normal de se comparer, dire le contraire tient du mensonge. Cependant, il est essentiel de ne pas perdre de vue son individualité et l’unicité de son parcours. Vous cheminez, personne ne le fait pour vous. Vous devez parcourir votre chemin et vaincre chacun de VOS obstacles. La comparaison doit également être juste et éclairée. J’ai déjà eu une athlète qui me disait qu’elle admirait une autre athlète parce qu’elle présentait toujours un physique admirable. Elle me demandait comment elle pouvait arriver à ce niveau de composition corporelle et si on ne pouvait pas utiliser la même recette. Pourtant, en suivant son propre chemin, cette athlète a dépassé les succès connus par la source de son envie.

3)      Mesurer et comprendre les changements

Lorsque l’on navigue à tâtons, on ajoute une dose importante d’insécurité dans l’équation. Plusieurs entraîneurs qui n’évaluent pas vont avoir recours à la comparaison pour donner confiance à leurs athlètes. On fait comme elle, tu vas avoir des résultats comme elle ne t’inquiète pas. Ce lien de confiance aveugle prend trop souvent une teinte malsaine qui découle plus de principes sectaires que d’une relation de mentorat. On n’en sort pas, les mesures servent d’assises pour bâtir une relation de confiance face à la progression. Il faut cependant ne pas oublier le point 1, et s’assurer de bien comprendre les résultats…

4)      Accepter qu’il y ait des gens qui travaillent différemment

Il existe bien des façons d’atteindre ses objectifs. L’important n’est pas uniquement d’atteindre lesdits objectifs, mais bien de choisir et de parcourir SON chemin. Ce qui reste une fois nos objectifs atteints est le vécu qui nous a permis d’y arriver. Il faut faire son cheminement, pas celui des autres. Cependant, il est tout à fait sain de remettre en question son cheminement. Les informations provenant des autres peuvent servir à alimenter ce questionnement, mais ne doivent pas servir de base pour les décisions importantes.

 5)      Accepter qu’il y ait une dose de marketing sur les réseaux sociaux

Bien peu de gens vont diffuser des images peu flatteuses ou des résultats décevants sur les réseaux sociaux. Ces plateformes technologiques sont le théâtre d’un éternel combat de marketing. On cherche à se mettre en valeur, à valoriser ses résultats et on affiche ce qui nous convient. Pour l’œil externe, cette mise de l’avant sélective de l’information peut donner l’illusion d’une perfection virtuelle. Les réseaux sociaux ne sont pas garants de la réalité, détrompez-vous.

En terminant, je préfère de loin entraîner des « perdantes » qui remettent constamment leur cheminement en question que des « gagnantes » qui me suivent aveuglément. Je préfère de loin mettre l’emphase sur le cheminement plutôt que sur les résultats. La réelle victoire n’est pas déterminée par un panel de juge, mais plutôt en surmontant l’adversité.

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