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Le vibrateur à la rescousse de la perte de poids?

Plusieurs personnes m’ont récemment questionné sur les effets potentiels d’un « nouvel » appareil pour la perte de poids, la fameuse plateforme vibrante. Nouveau? Mais, ce principe date des années 30 où les vibrations furent initialement utilisées pour contrer les effets d’un déconditionnement prolongé, principalement chez des personnes alitées (on utilisait alors un lit vibrant, probablement l’ancêtre des modèles que l’on retrouve aujourd’hui dans les motels bas de gamme, pas que j’en sache quelque chose…). L’intérêt pour ce type d’équipement diminua rapidement et ce n’est que dans les années 80 que l’on commença à s’intéresser à nouveau au principe, mais cette fois chez les athlètes. Depuis les années 2000, plusieurs publications ont supporté la méthode généralement pour l’amélioration de la force et de la puissance musculaire.

Cependant, l’industrie du conditionnement physique, toujours à l’affut de nouvelles modes ou tendances « in » a commencé à s’y intéresser. Et la folie du marketing s’empara des plateformes vibrantes. Les revendications sont nombreuses : cure de rajeunissement, brûle cellulite, tonification facile, sculptage musculaire, prévention de l’ostéoporose, amélioration de l’équilibre, amélioration de la force et de la puissance, entraînement sans impact, fonte de gras, 10 min d’entraînement par vibration équivalent à 60 min d’entraînement traditionnel et j’en passe (c’est fou tout ce qu’on peut dire dans une 30s d’infopub!).

Mais, comment ça marche?

Le principe est à la fois simple et complexe. Nous avons une surface à laquelle une force sera appliquée selon une fréquence (combien de déplacements par unité de temps) et une amplitude (longueur du déplacement à chaque fois). Cette force, sera transmise à tout ce qui se trouvera en contact avec la surface. Si vous vous tenez debout sur une plateforme, la vibration (on devrait dire oscillation) est transmise par le point de contact et propagée à l’ensemble des structures qui y sont connectées (des pieds jusqu’à la tête). Si le corps se trouvant sur la plateforme est rigide et uniforme, l’oscillation se propage dans l’ensemble de la structure (si vous êtes de glace par exemple, désolé pour le mauvais jeu de mots). Si le corps n’est pas rigide (comme l’être humain), l’oscillation se propage et se dissipe au fur et à mesure qu’elle est absorbée par les différentes composantes du corps. Pour ceux et celles qui ne connaissent pas du tout, vous vous tenez debout ou assis sur une plateforme qui vibre en faisant vos exercices. On remarque une activation plus prononcée des muscles impliqués dans le mouvement tout comme une perception d’effort plus élevée à dépense énergétique égale. Cette suractivation des muscles est probablement à l’origine des gains observés au niveau de la force et de la puissance musculaire. Selon la fréquence et l’amplitude de l’oscillation, on fait subir à notre corps une grande quantité de microimpacts (on repassera pour l’entraînement sans impact…). D’ailleurs, ces impacts seraient potentiellement à l’origine des bienfaits observés sur la densité osseuse1, 2. Cependant, la littérature demeure encore floue à ce sujet.

Je pourrais discuter longuement des effets neurophysiologiques de ce type d’entraînement, mais je souhaite plutôt orienter le sujet spécifiquement sur la perte de poids. Pourquoi? Parce que la littérature est assez convaincante concernant les avantages sur certains volets de l’entraînement comme les gains en force et en puissance musculaire ainsi que sur la prévention de l’ostéoporose. Je dis assez convaincante, parce que les modalités d’entraînement ne sont pas encore clairement établies (fréquence utilisée, amplitude, volume, intensité, etc.) et qu’il existe peu d’études comparant directement l’entraînement conventionnel à l’entraînement par vibrations. Bref, ça semble bon, mais il faut clarifier la posologie afin de pouvoir conclure tel un vendeur de marché aux puces.

Maintenant, la perte de poids par vibration…

Les arguments que j’ai reçus de distributeurs de ce type d’équipement m’ont semblé peu convaincants et j’ai tenté de trouver un fondement scientifique dans la littérature pour les supporter. Sans trop de succès. Reprenons leurs arguments…

L’entraînement par vibration augmente le rythme métabolique (10 min équivaut à 60 min d’entraînement conventionnel).

Vrai! Oui, l’entraînement par vibration augmente le rythme métabolique (je mettrais un sérieux bémol sur l’équivalence du 10 min pour 60 min cependant). Il en coûte plus de calories pour effectuer un squat sur ce type de plateforme que de faire un squat sur le bon vieux plancher des vaches (avec une charge identique). Donc, on brûle plus de gras… Quoi? J’ai probablement manqué une étape ou bien je n’ai pas vu le mémo passer? Ce n’est pas parce que l’on dépense plus d’énergie que l’on brûle forcément plus de gras, cela dépend des filières énergétiques utilisées pour transformer l’énergie. Commençons par déterminer l’augmentation de la dépense énergétique (d’autres l’ont déjà fait3, 4). On rapporte un coût énergétique de ~11 kcal par minute pour un squat complété sur une plateforme oscillant à une fréquence de 26 Hz avec une amplitude de 10.5 mm pour une personne de 70 kg avec 30-40 % de son poids corporel comme charge supplémentaire. Si nous diminuons l’amplitude de l’oscillation à 3mm, le coût énergétique chute à ~2 kcal par min. Pour une heure de squat sans arrêt, nous obtenons un retentissant 660 kcal ou 120 kcal si nous réduisons l’amplitude. Il serait surprenant (et surtout malsain) de tenter l’expérience…

L’entraînement par vibration permet de brûler plus de gras (parce que ça vibre).

Combien de gras oxydé maintenant? Une étude5 (douteuse) a comparé l’oxydation des substrats pendant le squat avec et sans plateforme. Je dis douteuse parce qu’il m’apparait extrêmement difficile de mesurer l’oxydation des substrats lors d’efforts très courts (on parle de <3 min) de type anaérobie. Loin de moi l’idée de tomber dans la physiologie poussée, mais disons que ce que nous mesurons à la bouche (oxygène, dioxyde de carbone), n’est pas nécessairement représentatif de ce qui se passe dans la cellule lors de ce type d’effort. À ma connaissance, il est plus que hasardeux d’effectuer ce genre de mesure (et là, je suis poli). Il est d’autant plus étrange que je n’ai trouvé aucune autre étude du même genre…

Poussons tout de même le raisonnement à l’extrême et supposons que l’entraînement par vibration permet une utilisation totale du gras comme carburant. Pour 60 min de squat en continu (personne de 70 kg avec 35 % de son poids en surcharge supplémentaire) nous obtiendrions 67 g de gras oxydés. Et ça, c’est avec des conditions absolument impossibles… Dans la vraie vie, 3 min de squat sur plateforme vibrante risque de se solder par une utilisation du gras frôlant le ridicule.

En somme, l’entraînement par vibration comporte certains avantages au niveau du développement neuromusculaire, mais ne semble présenter aucun bénéfice direct pour la perte de poids. Cependant, d’autres d’études sont nécessaires pour mieux définir les modalités d’entraînement et les paramètres de surcharge afin de permettre un développement optimal et sécuritaire de qualités physiologiques spécifiques. Mais pour la perte de poids, on repassera…

Références

1.            Cardinale M, Wakeling J. Whole body vibration exercise: are vibrations good for you? Br J Sports Med. Sep 2005;39(9):585-589; discussion 589.

2.            Mikhael M, Orr R, Fiatarone Singh MA. The effect of whole body vibration exposure on muscle or bone morphology and function in older adults: a systematic review of the literature. Maturitas. Jun 2010;66(2):150-157.

3.            Cochrane DJ. Is vibration exercise a useful addition to a weight management program? Scand J Med Sci Sports. Nov 3 2011.

4.            Rittweger J. Vibration as an exercise modality: how it may work, and what its potential might be. Eur J Appl Physiol. Mar 2010;108(5):877-904.

5.            Garatachea N, Jimenez A, Bresciani G, Marino NA, Gonzalez-Gallego J, de Paz JA. The effects of movement velocity during squatting on energy expenditure and substrate utilization in whole-body vibration. J Strength Cond Res. May 2007;21(2):594-598.

6.            Cardinale M, Bosco C. The use of vibration as an exercise intervention. Exerc Sport Sci Rev. Jan 2003;31(1):3-7.

7.            Cardinale M, Pope MH. The effects of whole body vibration on humans: dangerous or advantageous? Acta Physiol Hung. 2003;90(3):195-206.

8.            Cardinale M, Rittweger J. Vibration exercise makes your muscles and bones stronger: fact or fiction? J Br Menopause Soc. Mar 2006;12(1):12-18.

9.            Christiansen BA. Whole-body vibration and weight loss: truth or consequence? Int J Obes (Lond). Mar 2009;33(3):384; author reply 382-383.

10.          Cochrane DJ. Vibration exercise: the potential benefits. Int J Sports Med. Feb 2011;32(2):75-99.

11.          Jordan MJ, Norris SR, Smith DJ, Herzog W. Vibration training: an overview of the area, training consequences, and future considerations. J Strength Cond Res. May 2005;19(2):459-466.

12.          Klarner A, von Stengel S, Kemmler W, Kladny B, Kalender W. [fusion_builder_container hundred_percent=”yes” overflow=”visible”][fusion_builder_row][fusion_builder_column type=”1_1″ background_position=”left top” background_color=”” border_size=”” border_color=”” border_style=”solid” spacing=”yes” background_image=”” background_repeat=”no-repeat” padding=”” margin_top=”0px” margin_bottom=”0px” class=”” id=”” animation_type=”” animation_speed=”0.3″ animation_direction=”left” hide_on_mobile=”no” center_content=”no” min_height=”none”][Effects of two different types of whole body vibration on neuromuscular performance and body composition in postmenopausal women]. Dtsch Med Wochenschr. Oct 2011;136(42):2133-2139.

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