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Les temps des sucres: la fin du monde est proche…

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Yvon Bélanger, artiste-peintre, Collection 2012 Bois-francs
Yvon Bélanger, artiste-peintre, Collection 2012 Bois-francs

Saviez-vous que le sucre est toxique pour l’organisme? Sa consommation est associée à une panoplie de complications métaboliques toutes plus fâcheuses les unes que les autres. Pour la majorité de la population, cela veut dire qu’il faut couper le pain, les pâtes, les patates et même certains fruits. Il y a aussi les boissons gazeuses, mais ça, la majorité de la population n’en consomme que très, très rarement (sic!). S’il persiste certains sceptiques parmi vous, je vous invite à lire l’article Le sucre, doux poison? de Vanessa Fontaine. On y rapporte les ravages causés par la consommation de sucre, preuves à l’appui (on y affirme que le sucre est le principal problème de notre alimentation, moi qui pensais que c’était le gluten, non, les produits laitiers, non la malbouffe, etc.).

Mais, le sucre dont il est question dans cet article ne rime pas entièrement avec glucides. On y parle de fructose et de sucrose qui font partie de la famille des glucides, mais qui ne sont pas la totalité des glucides. Il importe donc d’apporter une subtile précision : on nous dit que certains glucides, lorsque consommés en excès, sont problématiques pour la santé. Autre problème, les aliments dans lesquels on les retrouve ont habituellement très pauvres en autres nutriments et sont facilement consommables en grande quantité (jus, liqueur, friandises, etc.). Si nous résumons, les glucides comme le sucrose, le fructose et autres similaires ne procurent que de l’énergie et leur valeur nutritive est faible. Leur surconsommation est problématique.

En fait, tout macronutriment, lorsque consommé en excès, devient problématique. Il s’agit d’une nuance subtile, mais ô combien critique. Il est vrai que la présence d’une grande concentration de glucose (la plupart des glucides consommés finissent en glucose) dans l’organisme est toxique. Une preuve biologique concluante se manifeste par la très grande capacité de notre corps à finement réguler la glycémie. Notre balance organique du sucre est très sensible afin de permettre des réajustements rapides et adaptés pour éviter d’exposer nos entrailles à une trop grande quantité de glucose. Il est donc normal de conclure qu’une surconsommation de sucre peut poser problème. Presque…

En raisonnant de la sorte, on oublie un élément essentiel à toute notion de balance ou d’équilibre; on omet de parler de l’utilisation du glucose. De mon point de vue, le problème se présente bien différemment que ce qui est projeté par les Dr Garrel,Gary Taubes et cie. Ce n’est pas uniquement un problème de consommation, mais bien un problème d’équilibre. On ne peut pas passer sous silence l’utilisation du glucose comme carburant métabolique. La problématique se présente plutôt comme ceci : certaines personnes consomment trop de glucides/sucres (ici, je ne ferai pas de différence) pour l’utilisation qu’ils en font. Pour faire une analogie à la Joe Mécanicien, si votre réservoir d’essence déborde (d’essence de qualité ou non), le problème vient du fait que vous mettez trop d’essence pour votre utilisation. Le problème, ce n’est pas l’essence…

Pourtant, la tendance actuelle est de vilipender le sucre et de se contenter de dire aux gens de bouger30 min par jour. Au Québec, on veut taxer les boissons gazeuses afin d’en limiter la consommation. C’est une politique simpliste qui ne fera que reporter un problème de plus en plus criant : la sédentarité. Dans 10 ans, lorsque le sirop d’érables ne sera disponible que par l’entremise de la contrebande et que le sucre de table sera triplement taxé, nous ne bougerons pas plus et nous serons affligés d’autres problèmes associés à la sédentarité (obésité, ostéoporose, cancers et je ne sais trop quoi encore). Et si on taxait la sédentarité? Non, oubliez ça je vais me faire traiter de tous les noms, imaginez cela : forcer les gens à bouger sinon ils doivent payer…

Pourtant, de nombreuses études démontrent l’effet cardioprotecteur de la pratique régulière d’une quantité modérée d’activité physique. Bailey et coll1 ont observé un profil métabolique plus favorable chez des athlètes de haut niveau et chez des étudiants physiquement actifs que chez des individus sédentaires. L’activité physique est également au cœur d’une autre étude observant le profil métabolique de groupes de femmes en fonction de leur niveau d’activité physique2. Les auteurs ont remarqué un meilleur profil métabolique (LDL, HDL, triglycérides) chez les femmes les plus actives et ce, malgré le fait que plus de 65 % des calories consommées provenaient des glucides. Ces femmes consommaient en moyenne plus de 300 g de glucides, 40 g de lipides et 58 g de protéines quotidiennement. Malgré leur apport proportionnellement important en glucides, elles ne présentaient qu’un IMC moyen de 22.5 kg/m². Elles n’étaient pas obèses et elles ne souffraient pas de dyslipidémies malgré leur consommation importante de glucides. Pourquoi? Parce qu’elles consommaient environ 1800 kcal par jour et qu’elles menaient une vie active. C’est simple.

Vous voulez consommer beaucoup de glucides voire même de sucres? Faites en sorte qu’ils proviennent majoritairement de sources nutritives (du sucre avec plein d’autres bonnes choses pour la santé comme des fibres, des vitamines et des minéraux) et surtout que vous allez les utiliser. Pourquoi la consommation de sucrose, fructose et autres est si problématique pour la population? Parce que la population ne bouge plus et souhaite de moins en moins bouger.

 Références

1.            Bailey DM, Davies B, Williams S, Baker J. Blood lipid and lipoprotein concentrations in active, sedentary, healthy and diseased men. Journal of cardiovascular risk 1998;5:309-12.

2.            Mazloom Z, Salehi M, Eftekhari MH. Blood lipid and lipoprotein profile of female athletes with respect to their jobs and nutrients intake. Pakistan journal of biological sciences: PJBS 2008;11:142-4.[/fusion_builder_column][/fusion_builder_row][/fusion_builder_container]

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Et si le manque d’activité physique n’était pas la cause de la prise de poids?

La réponse peut paraitre évidente pour certains, mais la parution d’un article dans le New York Times (article original chez PloSone) semble faire état du contraire. Mon collègue Louis-Marie Colasm’a demandé mon opinion sur l’article en question. Comme il m’apparaissait difficile de répondre en quelques lignes, je lui ai promis d’en faire le sujet de mon prochain article. Voici donc mon analyse et mes commentaires sur l’article Hunter-Gatherer Energetics and Human Obesity.

Tout d’abord, il importe de bien présenter les choses en commençant par un survol du contenu de cette publication (je vous invite à suivre le lien de l’article et à le lire). L’étude du Dr Pontzer (très sympathique en passant, j’ai eu l’opportunité d’échanger quelques courriels avec lui) est des plus intéressantes. Son équipe a étudié la dépense énergétique des Hadzas, une tribu du nord de la Tanzanie dont le mode de vie traditionnel ressemble probablement à celui de nos lointains ancêtres, du temps où se raser était du domaine de l’impossible. À l’aide de mesures sophistiquées, ils ont été en mesure de déterminer la composition corporelle et la dépense énergétique journalière sans interférer dans le mode de vie des sympathiques aborigènes. Les chercheurs ont découvert que la dépense énergétique totale n’était pas différente d’un groupe d’Occidentaux contemporains. Pourtant, les Hadzas sont un peuple svelte et athlétique et leur quotidien (chasse, cueillette, etc.) est très exigeant physiquement. En comparaison, l’homme ou la femme moyenne d’Amérique du Nord ne sont pas tout à fait l’exemple de la minceur et des vertus athlétiques. Conclusion, les différences au niveau des apports nutritionnels sont la cause de notre mauvaise condition physique et de notre composition corporelle peu éloquente.

Et moi qui m’époumone à tout vent que la baisse de l’activité physique est un facteur critique dans le débordement de la crise de l’obésité. Le sucre, le gras, l’alcool sont les seuls responsables… Zut! Tant d’années d’étude à l’eau.

Pas tout à fait.

Il s’agit d’un bel exemple que la science à réponse à tout, mais que les chercheurs n’ont pas forcément la bonne réponse (du moins, il faut nuancer). Par exemple, dans l’étude de Pontzer, on a comparé les Hadzas avec des gens de poids normal ou en surpoids et non pas avec des individus obèses. Donc, il peut s’avérer hasardeux de conclure que l’augmentation de l’incidence de l’obésité n’est pas reliée à une diminution de l’activité physique, car les participants ayant servi à la comparaison ne sont pas obèses. Les auteurs mentionnent qu’ils ont mathématiquement corrigé les analyses pour éviter que le poids ne soit un facteur confondant. Je vous épargne le cours de statistiques, mais je doute que dans ce cas-ci, la correction mathématique puisse circonvenir à des limitations propres à l’échantillon.

Autre élément intéressant de l’article, la présence d’une mesure ou d’une estimation des compartiments de la dépense énergétique. Le calcul du métabolisme de repos et la mesure de la dépense énergétique nous permettent d’obtenir la dépense énergétique associée à l’activité physique (oui, il s’agit tout de même d’un estimé, car le métabolisme de repos n’a pas été systématiquement mesuré de même que la thermogenèse alimentaire). Néanmoins, ces informations nous permettent certaines observations intéressantes. Par exemple, les femmes Hadzas qui vaquent à des occupations familiales et de cueillette dépensent approximativement 1054 kcal par jour en activité physique comparativement à une femme occidentale qui en dépense approximativement 933 kcal dans une journée. Sans faire d’analyse statistique, il est possible de constater que la différence est mince. Si nous comparons les femmes Hadzas à des femmes actives (des fermières), nous avons un 1054 kcal par jour versus 1299 kcal par jour, toujours pour l’activité physique. La différence est plus grande, mais étant donné la grande variabilité de la dépense énergétique associée à l’activité physique, il est peu probable que cette différence soit significative (oui, je sais, encore des statistiques). Chez les hommes, on observe des valeurs d’activité physique de l’ordre de 1477 kcal par jour pour les Hadzas, 1366 kcal pour les Occidentaux et 1482 kcal par jour pour les fermiers. Encore une fois, les différences sont relativement faibles. Le tableau 1 nous résume tout ça.

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Tableau: Comparaison des compartiments de la dépense énergétique entre les Hadzas et les Occidentaux

Si nous revenons à l’article de Pontzer, ils ont exprimé une idée similaire en la présentant sous la forme du PAL (Physical Activity Level; dépense énergétique totale ÷ métabolisme de repos). Le PAL est une forme de mesure de l’activité physique. Habituellement, une valeur de1.4 représente quelqu’un de sédentaire, 2.1 très actif, etc. Les auteurs mentionnent qu’il existe une différence significative entre les valeurs de PAL entre les Hadzas et leurs contreparties contemporaines. De façon encore plus intéressante, ils soulignent que les différences de PAL sont associées aux différences de gabarit entre les Hadzas (Poids moyen femmes Hadza : 43.4 kg, hommes Hadzas : 50.9 kg) et nous (Poids moyens femmes dans l’étude : 74.4 kg, hommes : 81 kg). En fait, il s’agit d’une adaptation dont je vous parlais dans le dernier article. En présence d’un surplus énergétique, la dépense énergétique augmente de façon à atteindre un nouveau statu quo, à une composition corporelle différente. Notre poids plus important fait en sorte que notre métabolisme de repos est plus élevé que celui des Hadzas (voir le tableau 1) et notre dépense énergétique associée à l’activité moins élevée font en sorte que nous ne dépensons pas réellement plus de calories par jour que les Hadzas. Nous sommes plus gros et nous bougeons moins.

Je suis d’accord avec Pontzer sur un point, certains membres actuels de l’espèce humaine ne dépensent pas plus de kcal que nos lointains ancêtres. Cependant, j’aimerais attirer votre attention sur deux figures (complexes, mais intéressantes croyez-moi) qui nous tracent un portrait assez intéressant. Dans la figure 1, nous pouvons voir l’évolution de la dépense énergétique relative (encore des statistiques alors je vous épargne les détails) qui représente la quantité de kcal dépensées sur une journée exprimée de façon indépendante du poids (donc, on peut comparer tout le monde, les petits, les moins petits, etc.). On peut voir que nos ancêtres avaient une dépense énergétique relative passablement constante. Lorsque l’on observe nos valeurs, il est possible de constater une étendue assez importante (pour les petits futés, la moyenne contemporaine arrive légèrement sous la ligne rouge). Ce qui m’intéresse, ce sont les caractéristiques des individus au-dessus de la ligne et celles de ceux sous la ligne. Vous êtes à même de constater un fait étonnant : les personnes qui ont une dépense énergétique relative plus élevée sont moins corpulentes que les personnes ayant une dépense énergétique relative sous la ligne. Pourtant, la dépense énergétique absolue totale est pratiquement la même. La différence se situe au niveau des compartiments de la dépense énergétique : les personnes plus corpulentes ont un métabolisme de repos plus élevé, mais un niveau d’activité physique moindre. Contrairement à Pontzer, je ne crois pas que la dépense énergétique soit régie par des traits génétiques, mais plutôt par des facteurs socio-physicoenvironnementaux.

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Figure 1: Évolution de la dépense énergétique

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Figure 2: Évolution de la dépense énergétique associée à l’activité physique

Lafigure 2 nous permet d’entrevoir cette possibilité. On peut y observer l’évolution de l’activité physique de nos ancêtres (Lucy) jusqu’à nous. L’arrivée de l’homo a marqué un bond fulgurant en matière d’activité physique et aujourd’hui, nous assistons à une énorme diversité dans l’expression de la dépense énergétique associée l’activité physique. Personnellement, je pense que cette diversité est principalement issue de la grande variété des relations que nous entretenons avec notre environnement. En somme, nous bougeons moins pour diverses raisons, mais nos apports alimentaires ne se sont pas ajustés à cette diminution de l’activité physique causant ainsi une augmentation du poids.

Certes, il s’agit d’un article assez pointu, mais je jugeais nécessaire d’aborder l’étude de Pontzer avec une réponse respectable. Je trouve ces travaux très intéressants et j’espère pouvoir continuer d’échanger des courriels avec Herman.

Références

1.            Cordain L, Gotshall RW, Eaton SB. Evolutionary aspects of exercise. World review of nutrition and dietetics. 1997;81:49-60.

2.            Eaton SB, Cordain L. An evolutionary foundation for health promotion. World review of nutrition and dietetics. 2001;90:5-12.

3.            Eaton SB, Strassman BI, Nesse RM, et al. Evolutionary health promotion. Preventive medicine. Feb 2002;34(2):109-118.

4.            Eaton SB, Cordain L, Lindeberg S. Evolutionary health promotion: a consideration of common counterarguments. Preventive medicine. Feb 2002;34(2):119-123.

5.            Eaton SB. An evolutionary perspective on human physical activity: implications for health. Comparative biochemistry and physiology. Part A, Molecular & integrative physiology. Sep 2003;136(1):153-159.

6.            Cordain L, Gotshall RW, Eaton SB, Eaton SB, 3rd. Physical activity, energy expenditure and fitness: an evolutionary perspective. International journal of sports medicine. Jul 1998;19(5):328-335.

7.            Kaplan H, Hill K, Lancaster J, Hurtado AM. A theory of human life history evolution: Diet, intelligence, and longevity. Evolutionary Anthropology: Issues, News, and Reviews. 2000;9(4):156-185.

8.            Pontzer H, Raichlen DA, Wood BM, Mabulla AZ, Racette SB, Marlowe FW. Hunter-gatherer energetics and human obesity. PloS one. 2012;7(7):e40503.

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