Publié par

Comment trouver des suppléments nutritionnels de qualité ?

supplements-nutritionnels

Le marché des suppléments nutritionnels en est un des plus lucratifs qui s’adresse à pratiquement toutes les tranches de la société, des enfants aux personnes âgées en passant bien sûr par les sportifs. Ce sont plus souvent ces derniers qui attirent l’attention avec des histoires de suppléments nutritionnels contaminés avec des produits dopants. Chose certaine, l’univers des suppléments nutritionnels est riche en scandales de toutes sortes et conserve une aura pour le moins particulière.

Pourquoi est-ce ainsi ?

Sincèrement, je n’arrive pas à formuler une réponse qui permettrait de clarifier la situation et donner l’heure juste.

Ce que je sais, c’est que le manque de contrôle de ce milieu y est sûrement pour quelque chose. Saviez-vous que l’efficacité des suppléments n’a pas à être démontrée afin qu’ils puissent se retrouver sur les tablettes ? La raison principale pourquoi les consommateurs achètent un produit n’est même pas vérifiée. C’est comme si un concessionnaire automobile vendait des voitures alors qu’on ne sait même pas si elles peuvent rouler. Ce premier point est crucial et dépeint de façon assez claire l’essence même du problème avec l’univers des suppléments nutritionnels. Le manufacturier n’a pas besoin de vendre un produit qui fonctionne, il n’a qu’à bien le mettre en marché.

Autre élément clé étroitement associé au point précédent : l’impossibilité chez le consommateur de vérifier si le produit fonctionne ou non. La vaste majorité des suppléments ont des effets présumés qui ne peuvent être vérifiés par le commun des mortels. Par exemple, impossible de déterminer si un produit augmente la synthèse des protéines ou augmente l’oxydation des lipides à l’effort sans avoir recours à des mesures onéreuses, difficilement accessibles et souvent inconnues du public. Très peu de suppléments ont des effets dont les manifestations sont facilement identifiables par le consommateur. Ron Maughan a déjà mentionné dans une de ces présentations qu’il y avait trois choses à retenir des suppléments :

  • Si le produit fonctionne, c’est qu’il est probablement banni ou illégal
  • S’il n’est pas banni ou illégal, le produit ne fonctionne probablement pas
  • Il peut exister quelques exceptions

Le manufacturier n’a pas à démontrer que son produit est efficace avant de le vendre et le consommateur ne peut aisément déterminer si le produit fonctionne. Un match parfait pour des stratégies marketing douteuses ! L’important est désormais de convaincre le consommateur que le produit est incroyable et ensuite de le réconforter dans son achat.

Le manque de contrôle de l’industrie des suppléments nutritionnels a sans l’ombre d’un doute été la source d’histoires d’horreur ayant eu des conséquences terribles (il y a déjà eu des décès). C’est pour cela que des mécanismes de contrôle ont été mis en place pour tenter de remettre cette industrie dans le droit chemin, la définition du droit chemin ici étant ne pas tuer personne et non pas de vendre des produits efficaces…

Il existe une multitude de certifications qui « attestent » qu’un supplément est de qualité « supérieure ». Toutefois, la majorité de ces certifications sont en fait des accréditations autoproclamées par l’industrie elle-même et ne satisfait pas des critères précis et objectifs de certification. En réalité, c’est plus du marketing que du contrôle de qualité et il existe très peu de programmes de certification fiables et rigoureux. Pire encore, ces programmes sont souvent totalement inconnus des consommateurs.

Voici quelques critères qui ont été proposés comme étant essentiels pour qu’un programme de certification soit légitime :

  • Le programme de certification doit être une tierce partie (ne pas avoir de lien ou être en conflit d’intérêts avec les manufacturiers ou distributeurs de suppléments)
  • Le programme de certification devrait être accrédité ISO 17065
  • Le programme de certification doit contrôler son sceau d’approbation de sorte qu’il soit possible d’identifier clairement quels contenants, lots ou items sont certifiés
  • Le programme de certification doit certifier les produits selon des standards établis (comme le NSF/ANSI 173 — Dietary Supplements standard)
  • Le programme de certification devrait inclure un audit complet selon les normes 21 CFR 111 (États-Unis)
  • Le programme de certification devrait assurer que la compagnie dispose d’un registre écrit des procédures de rappel
  • Le programme de certification devrait assurer que la compagnie est légalement enregistrée auprès des instances de santé (FDA aux États-Unis par exemple)
  • Le programme de certification devrait assurer que la compagnie dispose de procédures de gestion des effets adverses avec un registre écrit
  • Le programme de certification devrait assurer que les produits sont élaborés uniquement à partir des ingrédients qui rencontrent la définition légale d’ingrédients nutritionnels
  • Le programme de certification devrait conduire des analyses de toxicité de tous les ingrédients et composés afin d’assurer qu’il n’existe pas de teneur plus élevée que les apports recommandés par les autorités (si des valeurs existent)
  • Toutes les analyses doivent être réalisées dans des laboratoires agréés ISO 17025 avec un volet dédié aux suppléments nutritionnels
  • Le programme de certification doit avoir une politique écrite portant sur les conflits d’intérêt qui est en accord avec les normes ISO 17065 et ISO 17025 ainsi que des politiques additionnelles qui empêchent les biais influençant les résultats de la certification.

Bref, il faut beaucoup de critères avant de pouvoir être reconnue comme une certification digne de confiance ce qui fait en sorte qui bien peu rencontrer l’ensemble de ces critères. En 2016, Akabas et coll.1 rapportaient trois certifications de type tiers parties pouvant être reconnues comme valides, fiables et rigoureuses.

Consumerlab.com

Il s’agit d’une compagnie privée qui est représentée aux États-Unis, au Canada et en Chine. Leur mission est d’identifier les produits de meilleure qualité à l’aide d’évaluations indépendantes. Leur financement provient des abonnements des particuliers et d’institutions (l’abonnement est requis pour pouvoir accéder aux résultats des analyses de produits). Également, les compagnies doivent payer des frais afin de pouvoir utiliser le logo ConsumerLab sur leurs produits qui ont été testés avec succès. Personnellement, j’affection beaucoup ce site et l’abonnement est très abordable (~3.95$ USD par mois) et permet d’avoir beaucoup d’informations sur les produits testés. Cependant, plusieurs produits testés ne sont pas disponibles pour le marché canadien.

NSF International (NSF Certified for Sport)

Il s’agit d’un organisme privé sans but lucratif qui est représenté à l’échelle internationale. Leur mission est de protéger et d’améliorer la santé de la population en offrant des solutions de gestion du risque en matière de santé pour les compagnies, gouvernements et consommateurs à travers le monde. Leurs revenus proviennent des compagnies qui doivent payer pour obtenir les services de certification. Je considère personnellement cette certification comme le standard et je ne recommande pas l’utilisation de produits n’ayant pas été certifiés par cet organisme. Jusqu’à preuve du contraire, il s’agit de la certification la plus rigoureuse et complète.

USP (US Pharmacopeia Convention)

Il s’agit d’un organisme privé sans but lucratif qui est représenté à l’échelle internationale. Leur mission est d’améliorer la santé globale à travers des standards et des programmes associés permettant d’assurer la qualité, innocuité et bienfaits de médicaments, suppléments et aliments. Leurs revenus proviennent des compagnies qui participent au programme de certification qui doivent défrayer des frais. L’USP vend également un compendium des suppléments qui ont été testés par l’organisme (assez dispendieux, ~200$).  Cette accréditation est mois connue que les deux précédentes, mais démontre des qualités indéniables. Cependant, relativement peu de produits avaient été testés par cet organisme la dernière fois que j’avais consulté leur compendium (2017 il me semble).

Chacune de ces organisations propose des certifications légèrement différentes, mais qui semblent respecter les critères établis en matière de rigueur et d’indépendance. Lorsqu’un supplément arbore le sceau d’approbation d’une de ces organisations, on peut s’attendre à :

  • Ce que le supplément contient uniquement les ingrédients listés sur le produit, et ce dans les quantités indiquées
  • Ce que le supplément ne contient aucun produit prohibé ou contaminant
  • Que le produit se désintègre ou se dissout convenablement selon des standards établis et reconnus
  • Que le produit a été produit selon les normes GMP (Good Manufacturer Practices) et qu’un audit a été conduit annuellement aux installations et chez les fournisseurs de matières premières (NSF seulement)

Toutefois, aucune de ces certifications n’atteste que le produit fonctionne. ConsumerLab effectue une revue de littérature afin de déterminer l’efficacité potentielle d’un produit, c’est le plus proche de ce qu’on peut retrouver comme contrôle d’efficacité.

Vous retrouverez relativement peu de produits qui ont une ou plusieurs de ces certifications dans chez la majorité des distributeurs de suppléments nutritionnels. On tend à observer une légère croissance des produits certifiés NSF. Il y a environ 3 ans, j’avais effectué une tournée des commerces distribuant des suppléments nutritionnels dans la grande région de Montréal et je n’avais trouvé qu’un seul produit parmi la dizaine de commerces visités qui arborait la certification NSF. Aucun pour USP et ConsumerLab. La totalité des représentants des ventes que j’avais consultés ignoraient l’existence de telles certifications et me référaient constamment aux « certifications maisons » des fabricants (Pharmaceutical Grade, Research Grade, Scientifically Proven, GMP.) Le plus fort argument poussait en faveur de l’accréditation GMP. Cette dernière est moins rigoureuse que celles offertes par les trois organismes précédemment mentionnés, car elle effectue moins de contrôle post certification et obéi à des standards moins rigoureux.

Plus récemment, j’ai été agréablement surpris de constater que de plus en plus de produits rencontraient les exigences de la certification NSF (même certains suppléments chez Pharmaprix). Il s’agit assurément d’un pas dans la bonne direction, mais le principal problème persiste, celui de l’efficacité des produits.

En réalité, des centaines de produits de supplémentation nutritionnelles, il n’y a probablement qu’une poignée de ces produits qui permet d’obtenir des effets potentiellement intéressants pour une majorité de personnes (si on se fie à la littérature scientifique). Par exemple, on peut noter certains suppléments en nutriment spécifiques (Fer, B12, acide folique, etc.) qui peuvent permettre de résorber certaines carences (mais qui ne procurent aucun bénéfice en absence de carence), les suppléments de protéines et la créatine. La plupart des autres produits ne bénéficient pas suffisamment d’appui scientifique pour justifier un usage concluant ou encore ne possèdent pas de certification de contrôle de qualité adéquate.

Tout cela ne veut pas dire que les autres suppléments ne fonctionnent pas. Ça veut dire que les probabilités que leur usage procure des bénéfices sont minces et/ou qu’il y a des risques de contamination (contaminant comme des métaux lourds ou encore des produits dopants).

Alors, comment s’y retrouver ?

  • Toujours se procurer des suppléments certifiés NSF et/ou ConsumerLab et/ou USP (une liste de produits certifiés se retrouve sur leur site respectif)
  • Toujours garder à l’esprit que l’effet des suppléments est mineur et secondaire. La prise de suppléments engendre rarement des effets notables (sauf pour les stimulants dont l’effet est plus facilement perceptible)
  • Ne pas se fier sur la bonne foi du manufacturier ou du vendeur. Je ne doute pas de leur bonne foi, mais celle-ci n’analyse pas les produits et ne les certifie pas
  • Ne pas se fier sur n’importe quelle certification, certaines sont bien loin d’atteindre les standards requis

En terminant, j’offre une formation en ligne sur les suppléments nutritionnels qui permet de mieux comprendre comment choisir et utiliser efficacement les suppléments les plus appuyés par la science. C’est une formation complète et approfondie traitant des processus de certification, des produits ayant démontré leur efficacité et des dosages recommandés. Vous pouvez vous procurer cette formation en ligne ici. Lors de votre achat, vous pouvez utiliser ce code promotionnel « sup » afin d’obtenir une réduction de 60 % sur le prix affiché.

Références

  1. Akabas SR, Vannice G, Atwater JB, et al. Quality Certification Programs for Dietary Supplements. J Acad Nutr Diet. 2016; 116 (9):1370–1379.
  2. Eichner AK, Coyles J, Fedoruk M, et al. Essential Features of Third-Party Certification Programs for Dietary Supplements: A Consensus Statement. Curr Sports Med Rep. 2019; 18 (5):178–182.
  3. Larimore WL, O’Mathuna DP. Quality assessment programs for dietary supplements. The Annals of pharmacotherapy. 2003; 37 (6):893–898.
  4. Melin K. Nutritional Supplements: Certification programs to ensure quality dietary supplements. J Am Pharm Assoc (2003). 2016 ; 56 (3) : 222-223.
  5. Petroczi A, Taylor G, Naughton DP. Mission impossible ? Regulatory and enforcement issues to ensure safety of dietary supplements. Food and Chemical Toxicology. 2011; 49 (2):393–402.
  6. Rocha T, Amaral JS, Oliveira MBPP. Adulteration of Dietary Supplements by the Illegal Addition of Synthetic Drugs: A Review. Comprehensive Reviews in Food Science and Food Safety. 2016; 15 (1):43–62.