Travailler assis ou debout ?

La sédentarité, plus particulièrement le temps assis, entraîne de fâcheuses conséquences sur la santé. Les avertissements sont clairs : être assis trop longtemps tue. Bien modestement, on commence à proposer de nouvelles façons de travailler, comme l’utilisation de stations de travail ajustables permettant un travail en position debout. Certains postes de travail dits « actifs » permettent même de compléter des activités physiques (pédaler, marcher, etc.) pendant que l’on continue notre boulot.

Intuitivement, nous sommes portés à croire que l’utilisation de tels outils sera grandement favorable à la réduction de la problématique de la sédentarité. Nous pourrions même croire à un impact potentiel sur le tour de taille, ces stations en mode debout ou actives pourraient jouer un rôle bénéfique dans la gestion du poidsen augmentant les calories que l’on dépense en travaillant.

Pourtant, les choses ne semblent pas aussi claires que notre intuition pourrait nous laisser croire.

On ne commence que récemment à s’intéresser à ces postes de travail et à leur impact sur la santé et la dépense énergétique. Dans l’ensemble, il n’y a rien de très spectaculaire en matière d’effets ou de résultats.

Mais, avons-nous besoin de résultats spectaculaires?

On observe une légère augmentation de la dépense énergétique entre le travail en position assise et le travail en position debout. Rien de bien surprenant, la principale différence entre les deux positions réside dans le nombre de muscles impliqués pour maintenir la posture et soutenir le poids. Rien de très violent comme contractions musculaires donc peu d’écart énergétique. Dans la littérature scientifique, on rapporte une différence de l’ordre d’une vingtaine de kilocalories (kcal) par heure en faveur du travail en position debout.

Je me suis amusé (à chacun ses plaisirs me direz-vous) à mesurer ma dépense énergétique lors d’activité de rédaction à l’ordinateur en position assise et en position debout à l’aide d’un poste de travail ajustable (pratique et en plus le poste de travail paraît mieux que mon ancien bureau). J’ai observé un écart de 8 kcal à l’heure soit passablement moins que ce qui est rapporté. Une explication possible pour cet écart se situe au niveau de la composition corporelle. On tend à observer une augmentation plus importante de la dépense énergétique entre les positions de travail assise et debout chez les personnes en surpoids ou obèses. Ne faisant pas partie d’une ou l’autre des ces catégories, il est possible que je ne puisse pas bénéficier d’un avantage énergétique notable à travailler debout.

Même si négligeable, il s’agit quand même d’une dépense énergétique plus importante qui, en s’accumulant, pourrait devenir quantitativement intéressante. En travaillant l’équivalent de 4 h par jour en position debout au lieu d’assise, 5 jours par semaine, j’accumulerais une dépense énergétique additionnelle de 160 kcal par semaine ou de 8000 kcal par année (si jamais je prends 2 semaines de vacances, sinon 8320 kcal…).

En comparaison, si je décide de marcher un 10 min additionnel 5 jours par semaine, j’accumulerai ~221 kcal supplémentaires par semaine ou ~11 500 kcal par année.

Il est donc peu probable que modifier ces habitudes de travail permette à une personne de perdre du poids.

On abandonne le projet alors ?

Pas forcément.

De plus en plus, on tente de réduire le temps assis afin d’en minimiser les impacts sur la santé. En effet, le temps assis est associé à des risques de décès prématurés plus importants que ce qu’on aurait pu croire, plus particulièrement le temps assis dans les loisirs. L’utilisation de station de travail ajustable (debout-assis au cas où vous ne l’auriez pas deviné), permet une réduction moyenne d’environ 1 h 30 par jour chez des employés de bureau. Cette réduction est intéressante, mais les effets sur la santé tardent à être observés.

Pourquoi ?

Probablement pas parce que la réduction du temps assis au travail n’est pas bénéfique, mais possiblement à cause des conséquences qui peuvent y être associées.

Travailler debout, ça demande des ajustements et des efforts. Si vous ne l’avez pas essayé, les journées sont un peu plus éprouvantes au début. Cette fatigue additionnelle peut avoir des répercussions sur l’ensemble du reste de la journée. Par exemple, une augmentation du temps assis à l’extérieur du travail entraînant une diminution de l’activité physique lors de cette période. L’augmentation du temps assis dans les loisirs pourrait s’avérer alors doublement problématique : 1) parce ces effets sont probablement pires sur la santé et 2) parce que cela pourrait modifier la condition physique ou la dépense énergétique journalière.

On pourrait moins bouger à l’extérieur du travail et compléter moins d’activité physique d’intensité vigoureuse (qui est directement associée à la condition physique).

La question se pose de nouveau : on abandonne le projet ?

Pas forcément.

En étant conscient (ou encore mieux en mesurant) de son temps sédentaire dans les loisirs, il est possible de mettre en place des stratégies et interventions qui permettent d’en réduire la quantité. Par exemple, on peut organiser son horaire de soirée pour minimiser les périodes de temps assises (planifier des tâches entrecoupées de pauses relativement courtes ne permettant pas de s’installer trop longtemps devant la télé). On veut éviter de passer plus de 60 min assises devant un écran pour « relaxer » (ça ne relaxe pas en passant).

Certains vont affirmer qu’ils ont besoin de passer plus de temps devant l’écran pour bien profiter de leurs soirées. Possible. Mais, c’est un choix qui n’est pas sans conséquence comme une augmentation des risques de mortalité précoce. C’est correct de le faire, comme c’est correct (dans le sens de légal) de fumer. Ça n’enlève pas les risques d’en mourir, mais l’important est d’être conscient de ces risques et de prendre la meilleure décision pour soi.

Mais, qu’en est-il des postes de travail « actifs » ?

On remarque une dépense énergétique plus importante lors de l’utilisation de ce type de poste de travail (mini tapis roulant sous le bureau ou petit pédalier) significative de ~30%. Si cela peut sembler une augmentation substentielle, dans les faits cela représente une quantité relativement mineure de calories. Une augmentation de 30% de pas-grand-chose nous donne un peu plus que pas-grand-chose. Pour vous situer, ça réprésente environ 0.5 kcal/min de plus ou encore 30 kcal de plus par heure. Il serait tentant de poursuivre le calcul et d’appliquer la hausse sur une journée de travail de 8h pour arriver à une augmentation de 240 kcal par jour. Ça deviendrait intéressant, mais ceux et celles qui ont utilisé ou qui utilisent encore ces postes de travail vous confirmeront qu’il est très difficile de les utiliser pendant des périodes prolongées. On rapporte une utilisation moyenne variant de ~30 à ~60 min par jour, nous sommes donc loin du 8h par jour, 5 jours par semaine…

Côté productivité, les résultats sont variés. Parfois il est question d’une faible baisse de la productivité (certaines composantes de la mémoire) pour les stations actives compartivement aux postes assis, d’autres études ne rapportent pas d’effet notable sur la productivité. Les stations actives ayant recours à un tapis roulant comportent des difficultés supplémentaires pour l’exécution de certaines tâches comme l’utilisation d’un souris, difficultés absentes pour les autres postes actifs de type ergocycle.

Alors, on utilise ou non ?

Définitivement.

On migre vers un poste de travail plus dynamique, que ce soit une station de travail ajustable avec une option en mode debout ou encore une station active permettant un travail hybride (combinée avec un mode assis ou debout sans travail actif). Toutefois, il ne faut pas s’attendre à des changements majeurs au niveau de la dépense énergétique, de la perte de poids, de la posture, du bien-être, de la santé mentale, de la santé financière, du système immunitaire, de la génétique, du déneigement, des rénovations, de la belle-famille, etc. Bref, ce n’est pas un changement qui modifiera à jamais votre vie à lui seul, mais ça ne veut pas dire qu’il est inutile pour autant.

Pour avoir fait la transition vers ce mode de travail, je dois dire que j’apprécie beaucoup la possibilité de pouvoir rapidement modifier ma position de travail en combinant un mode assis à un mode debout. Cela me permet de conserver une plus grande attention à ce que je fais et éviter de tomber en mode zombie devant mon écran croyant que je suis productif. Toutefois, l’impact le plus important n’est pas dans ma position ni ma posture, mais bien dans les bénéfices collatéraux qui en découlent. Ce choix en a entraîné d’autres, toujours dans une perspective d’augmenter mon niveau d’activité physique. Avec le bureau ajustable est venue les pauses actives, l’organisation de mon horaire en fonction de séances d’entraînement, du recours à la méditation sur une base régulière, etc.

J’observe également cet effet dans les entreprises où progressivement on permet l’utilisation de ce type de poste de travail. Un bureau ajustable arrive et attire l’attention des autres qui souhaitent « l’essayer ». Puis, on songe à instaurer des pauses actives au bureau pour bouger un peu. Puis, pourquoi pas un club de marche/course. Ensuite, des activités organisées autour de l’activité physique plutôt que d’un 5 à 7 de chips et boissons, etc.

Travailler debout ne changera pas le monde, mais ça peut s’inscrire dans quelque chose de bien plus grand qui aura assurément un impact notable sur la qualité de vie au travail et sur la santé de ses adeptes.

Références

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  7. Ojo SO, Bailey DP, Chater AM, et al. The Impact of Active Workstations on Workplace Productivity and Performance: A Systematic Review. International journal of environmental research and public health. 2018;15(3).
  8. Josaphat KJ, Kugathasan TA, R ERR, et al. Use of Active Workstations in Individuals with Overweight or Obesity: A Systematic Review. Obesity (Silver Spring). 2019;27(3):362-379.
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