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Quel est votre type corporel ?

Quel est votre type corporel

Les somatotypes (plus souvent nommé type corporel) reviennent périodiquement à la mode, généralement de façon conjointe avec une nouvelle diète ou un nouvel entraînement populaire. Mangez selon votre somatotype ou entraînez-vous selon votre somatotype résument bien le phénomène. Et on aime ça, car le tout semble avoir du sens. Mais attendez un peu, qu’est-ce que les somatotypes? En réalité, bien peu de gens savent ce que représentent l’ectomorphie, l’endomorphie, la mésomorphie et encore moins comment on les détermine.

L’évaluation du profil anthropométrique à l’aide des somatotypes ne date pas d’hier. On peut remonter jusqu’à 400 BC alors qu’Hypocrate décrivait 2 types de physiques; l’un fort, imposant et musculaire et l’autre svelte, élancé et physiquement faible. Cependant, l’envol des somatotypes a réellement débuté avec les travaux de Heath et Carter au début des années 90. Les auteurs souhaitaient évaluer la forme et la composition du physique humain à l’aide de marqueurs de référence et d’algorithmes. On peut obtenir les somatotypes de trois façons (anthropométrie, photoscopie, anthropométrie et photoscopie), la plus populaire étant par anthropométrie où l’on utilise des mesures afin de chiffrer les somatotypes (la photoscopie utilise des photos standardisées pour déterminer les somatotypes). Les auteurs ont identifié 3 somatotypes maîtres dont chaque humain est composé en proportions différentes. On attribue une valeur numérique à chaque somatotype en fonction des mesures et d’algorithme. Habituellement, des valeurs allant de 0.5 à 2.5 sont considérées comme faibles, 2.6 à 5 modérées, 5.1 à 7 élevées et plus de 7.1 très élevées (voir plus bas pour savoir comment faire les calculs).

On utilise les somatotypes principalement dans l’univers du sport d’élite où l’on tente de déterminer les physiques les plus adéquats pour la performance dans une discipline sportive. On compare les valeurs d’un athlète avec des valeurs de références afin de déterminer son « potentiel » pour une discipline sportive. Jusque là, les choses sont basées sur de la science et les somatotypes peuvent procurer des informations intéressantes (pour le dépistage de talents par exemple). Mais, il fallait que l’industrie du conditionnement physique, plus particulièrement pour la perte de poids et le gain de masse musculaire, tente de s’emparer de ce concept. Here we go!

Au lieu de déterminer les somatotypes afin d’évaluer une partie du potentiel d’un individu, on inverse la relation et on affirme que le somatotype dicte le mode de conduite à suivre pour perdre du poids ou gagner de la masse musculaire. Vous êtes un ectomorphe? Vous devez faire ceci pour prendre de la masse musculaire. Vous êtes un endomorphe? Votre métabolisme de repos est bas et vous devez faire ceci et manger cela pour perdre du poids. Vous êtes un mésomorphe? Vous prenez du muscle facilement. Voyons voir les caractéristiques et recommandations associées aux somatotypes en version « commerciale ». Le tableau 1 présente les affirmations que l’industrie associe aux somatotypes.

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Tableau 1: Caractéristiques "populaires" et solutions pour les somatotypes
Tableau 1: Caractéristiques “populaires” et solutions pour les somatotypes

Tout semble avoir du sens à première vue. Mais, il s’agit tout simplement d’une illusion de mise en vente inversant la réalité des somatotypes. Les somatotypes ne dictent pas la physiologie, une panoplie de facteurs intrinsèques (génétique) et extrinsèques (environnement) influencent la composition corporelle. Cependant, pour vendre un concept, on inverse la réalité en misant sur des stéréotypes sociaux faciles à accepter. Votre somatotype fait en sorte que vous êtes ainsi et non l’inverse. Par exemple…

On dit que l’endormorphe prend facilement du gras, mais on ne présente aucune donnée comparative sur la vitesse de prise de poids. On leur recommande de manger moins que les autres. Quelle idée de génie! Si nous prenons un mésomorphe, un ectomorphe et un endormorphe et que nous les exposons au même surplus calorique en les forçant à l’inactivité totale (leur dépense énergétique + 1000 kcal par jour), est-ce que les 3 prendront du poids de façon similaire? Fort probablement. On oublie de déterminer pourquoi l’individu répond à un profil endomorphe, est-ce possible qu’il soit sédentaire et bon mangeur? Non, sûrement pas il faut que son physique soit dicté par son somatotype et rien ne pourra y changer quoi que ce soit. On naît gros et on le reste (sic!)

On dit que l’endomorphe gagne facilement du muscle, sans se poser la question d’où peut bien provenir cette masse musculaire. Les gens en surpoids doivent traîner leur poids et ce stress mécanique entraîne de l’hypertrophie musculaire. Rares sont les personnes obèses présentant une faible masse musculaire. Est-ce que les endormorphes gagnent facilement du muscle ou bien leur poids est-il un puissant stimulant pour l’hypertrophie en induisant un stress mécanique quotidien? Sûrement pas…

On dit que l’endomorphe est résistant à l’insuline. Quelle surprise, un individu avec une masse grasse trop importante risque fortement de démontrer une certaine résistance à l’insuline! On leurs recommande de consommer moins de glucides (~100g par jour de glucides). En réduisant leurs apports en glucides à environ le tiers de ce qu’une personne sédentaire utilise pendant une journée, on court la chance d’induire un déficit calorique qui occasionnera potentiellement une perte de poids. Encore une fois, rien de révolutionnaire ou rien de spécifique à l’endomorphe : réduire les apports caloriques pour perdre du poids… Si seulement j’avais pu y penser avant…

Pour le mésomorphe, le musclé naturel, tout est au beau fixe. La nature lui a tout donné. Il faudrait possiblement se poser la question à savoir ce que les mésomorphes font au quotidien. Tiens donc, ils s’entraînent? Mais pourquoi faire, leur masse musculaire est un cadeau des cieux et non issue de leurs rigoureux entraînements. Ben voyons…

Pour les ectomorphes, on leur conseille de manger beaucoup de calories (à volonté et même plus) et beaucoup de protéines pour gagner de la masse musculaire (wow! Si je mange plus de calories que j’en dépense, je vais prendre du poids?). Encore une fois, on ne se pose pas la question à savoir qu’est-ce que l’ectomorphe fait au quotidien. Tiens donc, il est programmeur analyste au gouvernement fédéral et s’entraîne sporadiquement une fois ou deux par mois. Surprenant. Un autre exemple, il s’entraîne beaucoup, travail très fort à chaque entraînement, mais ne gagne jamais de masse musculaire. Cependant, il n’a jamais évalué sa force afin de déterminer ses charges d’entraînement et n’a jamais fait évaluer ses apports nutritionnels. Mais bon, ça ne doit sûrement pas être ça…

On parle aussi du fameux métabolisme de repos des chacun des somatotypes. Ce dernier point m’intéresse tout particulièrement et j’ai exploré un peu plus le tout. Sans rien trouver. On cite dans un article obscur un auteur ayant déterminé que les endomorphes ont un métabolisme de repos lent. Je n’ai jamais été capable de trouver l’étude en question pour y inspecter la méthodologie. Comment peut-on établir qu’un somatotype ou un autre « programme » son métabolisme? Le métabolisme sera fonction majoritairement de la composition corporelle, à poids égal, un mésomorphe (masse maigre importante, masse grasse plus faible) aura un métabolisme de repos plus élevé qu’un endormorphe (masse maigre moins importante, masse grasse plus importante). Ce n’est pas le métabolisme de repos qui induit le somatotype, le métabolisme de repos est le reflet de processus métaboliques, un point c’est tout.

En terminant, votre somatotype ne dicte pas qui vous êtes, il s’agit simplement d’une mesure de la composition corporelle et donc, une observation indirecte de votre génétique en relation avec l’environnement. Certes, votre somatotype est en partie déterminé par votre génétique, mais la plus grande influence demeure vos interactions avec votre environnement (activité physique, nutrition). Vous en doutez? Regardez les mesures qui sont utilisées afin de déterminer les valeurs de somatotypes, vous remarquerez qu’une minorité est constituée de facteur non modifiable (grandeur, largeurs) et que la majorité est composée de facteurs modifiables (plis cutanés, circonférences, poids). Cependant, il est beaucoup plus facile d’accepter que l’on ne perd pas de gras et que l’on ne gagne pas de muscle à cause de facteurs dont nous ne sommes pas responsables. On blâme son somatotype et non ses choix pour nos échecs…

Endomorphie

La valeur d’endomorphie représente la rondeur ou la masse grasse. On calcule la valeur d’endomorphie à l’aide des mesures suivantes :

– Grandeur (cm)

– Plis cutanés (tricipital, sous-scapulaire, supraspinale)

On utilise l’algorithme suivant pour obtenir la valeur d’endomorphie :

Endomorphie = -0.7182 + 0.1451 x (A) – 0.00068 x (A2) + 0.0000014 x (A3)

où A = Somme des plis cutanés ([tricipital, sous-scapulaire, supraspinale] multipliée par 170.18)/grandeur [cm].

Mésomorphie

La valeur de mésomorphie représente la robustesse d’un physique, la musculature. On calcule la valeur de mésomorphie à l’aide des mesures suivantes :

– Grandeur [cm]

– Pli cutané [mollet]

– Largeur humérale [largeur de l’humérus au coude, en cm]

– Largeur fémorale [largeur du fémur au genou, en cm]

– Circonférence du bras corrigée

[convertir le pli cutané tricipital en cm – diviser par 10 —, soustraire la valeur de la circonférence bicipitale pour obtenir la valeur corrigée]

– Circonférence du mollet corrigée

[convertir le pli cutané du mollet en cm – diviser par 10 —, soustraire la valeur de la circonférence du mollet pour obtenir la valeur corrigée]

On utilise l’algorithme suivant pour obtenir la valeur de mésomorphie :

0.858 x Largeur humérale [cm] + 0.601 x Largeur fémorale [cm] + 0.188 x circonférence du bras corrigée + 0.161 x circonférence du mollet corrigée – 0.131 x grandeur [cm] +4.5

Ectomorphie

La valeur d’ectomorphie représente l’élément longiligne ou minceur d’un physique. On calcul la valeur d’ectomorphie à l’aide des mesures suivantes :

– Ratio grandeur-poids [grandeur/√3poids]

On utilise le procédé suivant pour obtenir la valeur d’ectomorphie :

Si le ratio grandeur-poids >= à 40.75 :

– 0.732 x ratio grandeur-poids -28.58

Si le ratio grandeur-poids entre 38.25 et 40.75 :

– 0.463 x ratio grandeur-poids -17.63

Si le ratio grandeur-poids =< que 38.25 :

– Ectomorphie = 0.1

 

Références

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